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mercredi 15 avril 2009

Monnaie complémentaire et Revenu Minimum de Dignité

Le principe du RMD.

Rappelons tout d'abord le principe de ce Revenu Minimum de Dignité, ou R.M.D.

Nous avions proposé [cf aussi http://www.blemaire.org/PDF] l'instauration d'un Revenu Minimum de Dignité – que l'on pourrait aussi appeler Revenu d'Appartenance Communautaire – qui attribuerait à chaque adulte de notre communauté nationale l'équivalent du ¼ du PIB national moyen, soit environ 625 euros mensuels, nets d'impôts ou d'autres déductions.

L'objectif de cette allocation universelle est double et signifie que toute collectivité est constituée d'individus, hommes ou femmes, aux talents et aux compétences diverses, mais qui partagent tous le même statut, celui d'appartenance à une même communauté, ce que l'on peut traduire par le principe de non-exclusion.

D'où le premier objectif: démontrer concrètement que tout membre de cette collectivité doit être reconnu en tant que tel, et avoir donc 'droit' à cette reconnaissance. Ce droit, dans une économie essentiellement marchande dans laquelle le travail est de plus en plus spécialisé, et où les individus sont de plus en plus interdépendants, ne peut se concrétiser que par un revenu 'monétaire'. Nous reviendrons sur ce point à l'occasion de notre proposition d'une "monnaie RMD".

Le deuxième objectif, relativement indépendant du premier, est d'améliorer, en cette période de crise, le pouvoir d'achat de tous, et en particulier des plus faibles et des plus démunis, en tentant, de plus, d'orienter ce renouveau de consommation vers des produits 'éthiques', 'bio', respectueux de l'environnement, des conditions sociales de production. Cette orientation va donc plus généralement vers ce qu'il est convenu d'appeler 'développement soutenable', et humaniste.

C'est sur ce point que l'introduction d'une monnaie ad hoc, la "monnaie RMD" va, elle aussi, remplir un double objectif:
a) le financement, partiel ou total, du R.M.D.,
b) et la ré-orientation de la demane 'solvable', et donc de la production, vers cette économie de développement soutenable.

Comment financer le Revenu Minimum de Dignité.
Sans revenir sur les chiffres déjà évoqués,- se reporter aux billets précédents – rappelons que le surcroît net de ressources nécessaires est de l'ordre de 15 milliards d'euros mensuels. Ce chiffre est obtenu en partant de 31 milliards bruts mensuels, desquels on enlève environ 16 milliards de prestations qui n'auraient plus lieu d'être, comme expliqué par ailleurs.

Si l'on considère que la relance de la consommation peut nous faire passer d'une prévision (OCDE) de décroissance de 3% à une croissance de 1% (soit une variation du PIB de 72 milliards – 6 milliards mensuels), on serait ainsi ramené à 9 milliards mensuels.

Mais, plus important encore, - à côté de ce besoin de financement, important certes, mais non insurmontable (puisque de l'ordre de 6 à 10% du PIB, montant déjà annonçé pour le plan Sarkozy, beaucoup plus 'classique' – et qui ne s'attaque pas vraiment au fond du problème- voir un précédent billet – se pose la question de la méthode utilisée pour diffuser ce RMD, ainsi que la façon d'orienter son utilisation.

Une monnaie complémentaire pour financer le RMD
.

Pur ceux qui veulent approfondir le sujet des monnaies complémentaires, je ne peux que conseiller les livres de J. Blanc et de B. Lietaer sur le sujet, ou encore un certain nombre de discussions qui se sont tenues sur le blog de Paul Jorion.
Je me contenterai ici de dire que la monnaie 'RMD' (on peut lui donner tout autre nom, bien sûr) sera une monnaie complémentaire à notre Euro européen. Un 'Euro RMD' aura la même valeur qu'un Euro 'classique', mais aura deux propriétés bien particulières.

Tout d'abord, la quantité émise sera connue à l'avance. Si on finance l'ensemble du RMD (brut ou n et) avec cette monnaie en « Euros RMD », on émettra (le « On » étant l'Etat, ou les collectivités territoriales, déjà chargées du RMI – c'est un point à débattre) 31 milliard (ou 15 milliards) d'Euros RMD par mois. Si on décide que c'est plus commode de procéder par quinzaine, ou par semaine, on ajustera les quantités en conséquence.

Comment distribuer cette monnaie RMD.
Le plus simple me paraît de distribuer à chaque adulte une carte RMD (qui peut ressembler à une carte Vitale, voir être une carte Vitale modifiée, les possibilités techniques sont nombreuses), carte RMD qui serait donc abondée chaque mois, ou chaque quinzaine, ou chaque semaine – suivant la solution retenue – du montant de 'monnaie RMD' prévu.

Pour les enfants, soit on passe par l'intermédiaire des adultes 'tuteurs' de ces enfants, soit on utilise une méthode voisine: là encore, c'est à débattre.

Quelle est la durée de vie de cette monnaie? Là encore, on peut en débattre. On peut ne mettre aucune restriction sur la durée de vie de la monnaie distribuée, soit on peut décider que cette monnaie a une durée de vie limitée, par exemple à quelques mois. Mais ce n'est pas le plus important.

De l'utilisation éthique et 'sociétale' de la monnaie 'RMD'.

De fait, la deuxième propriété de cette monnaie est d'être 'spécialisée', dans le sens suivant.
L'idée de base d'une monnaie spécifique (dans le cas contraire on aurait pu distribuer une carte 'Vitale RMD' libellée directement en euros 'classiques' – au fronçement de sourcil de la BCE et de Bruxelles près) est de permettre d'orienter les dépenses vers ce que la collectivité juge souhaitable.

D'où l'idée complémentaire suivante. Demander aux distributeurs, grossistes, importateurs, producteurs, commerçants d'indiquer, en supplément des codes bar classiques, la 'provenance' des produits (provenance géographique ou 'sociétale' ou 'éthique' ou 'écologique' ou …), par un label 'RMD compatible'.
Les détenteurs de monnaie RMD auraient ainsi un bonus – qui peut être très important -, voire seraient les seuls à pouvoir acheter ces produits 'RMD'.

Quelques exemples pour illustrer ce point.
Supposons qu'un produit quelconque, un jouet par exemple, provienne d'un pays aux conditions sociales jugées contraires à la dignité humaine, mais à un prix de vente affiché très bas. Ce produit n'aurait évidemment pas le label 'RMD'. Un jouet, à l'utilité comparable, mais labellisé RMD – et sans doute proposé plus cher – pourra être acheté au m^me prix, ou à un prix voisin en 'monnaie RMD'. Pour d'autres produits de consommation courante, mais importés, et donc sans concurrence locale possible, comme le café, on peut là encore lablliser 'RMD' les produits dont les conditions de production seraient jugées acceptables sur le plan de la dignité humaine.
Deux autres exemples, orientés 'investissement' ou 'biens durables'. Pour financer l'achat d'une automobile 'écologique', il n'y aurait aucune prime pour les achats en monnaie normale (euro), mais, par exemple, une remise de 30% si le véhicule était payé uniquement en « monnaie RMD ». Même idée pour des travaux d'économie d'énergie, au lieu de faire intervenir des crédits d'impôts toujours délicats à gérer. (ce ne sont que des exemples, bien sûr).

La monnaie RMD est une vraie monnaie.

Pour ceux qui penseraient que la monnaie RMD ne serait pas une vraie monnaie, si elle ne recevait pas l'aval de la BCE ou d''autres autorités internationales, rappelons la définition fondamentale de toute monnaie.
Une monnaie est un « moyen de paiement possédé par X et reconnu comme tel par la communauté à laquelle appartient X »

On peut, de plus, définir les 5 points essentiels pour garantir le bon fonctionnement d'une telle monnaie RMD:
a) Qui émet (Les collectivités territoriales, missionnées par l'Etat)
b) Combien on émet (chaque mois, 9 ou 15 milliards d'euros, ou plutôt d'"euros-RMD", à parité avec l'euro pour faciliter les calculs)
c) Comment on émet (par le biais d'une carte de type 'VITAL' ou 'Moneo', lisible par tout terminal bancaire et toute caisse d'hyper marché, et tout lecteur de carte de commerçant)
d) Pour quoi, pour qui: pour financer le RMD, pour chaque membre de la communauté
e) Qui contrôle: la collectivité, lors de l'émission et le 'renflouement' de chaque carte, au début de chaque mois.

Toujours pour montrer l'impact du RMD et d'une monnaie RMD pour une économie 'humaniste', respectueuse de l'homme et de son environnement, citons enfin une remarque de Philippe Derudder: « [une telle monnaie peut aussi permettre ]l' ouverture simultanée de chantiers d'activités à vocation sociétale permettant la mutation écologique.
[...Ainsi] Ouvrir un vaste champ d'activités sociétales (avec formation rémunérée pour permettre l'utilisation prioritaire de toutes les personnes actuellement exclues, ou marginalisées) conduisant à restaurer "le plein emploi", activités rémunérées en monnaie complémentaire ayant cours légal... 
»

Dans l'attente de suggestions, observations, critiques, B.L.

mardi 7 avril 2009

Petit modèle explicatif des variations monétaires

Ce petit modèle explicatif des variations monétaires 'hors spéculation' peut être vu comme un complément, une annexe, au billet précédent portant sur les soubresauts du système monétaire et les fausses solutions prises au cours du sommet du G20 du 2 avril 2009

La plupart des livres sur la monnaie ne s'intéressent pas vraiment à la question de la croissance de la production, ni d'ailleurs à celle de la production elle-même. Leurs auteurs se contentent le plus souvent soit de rester à un niveau très global, en mentionnant la théorie quantitative de la monnaie, soit de montrer comment la modification du bilan de la banque prêteuse et du bilan de l'emprunteur correspond aux émissions ou aux retraits de la monnaie-argent.

Bien qu'étant un tantinet 'comptablophobe', je n'ai jamais mis en doute que le bilan devait être équilibré, par nature même de la comptabilité en partie double, et le fait que actif et passif soient égaux ne me surprend pas vraiment.

Il est certes très intéressant de savoir que face aux créances, portées à l'actif de la banque, il y a le dépôt à vue correspondant, au passif de la dite banque: mais le problème que je veux soulever n'est pas là. Il est à la fois plus 'simple' et plus fondamental.

L'idée sous-jacente à mon interrogation, et donc à l'élaboration du modèle qui va suivre, porte sur le besoin de monnaie supplémentaire en cas de croissance de la production. Je vais essayer de montrer que si la monnaie ne croît pas à la même vitesse que la production, c'est soit qu'il y a des 'fuites', soit qu'il y a des modifications de comportement intéressants à analyser.

Les emprunteurs empruntent par 'nécessité' (ce peut être pour spéculer, mais même en dehors de cela, je vais tout d'abord supposer que cet emprunt est lié à l'économie 'réelle', production, consommation, épargne, investissement) En cas de croissance de la production, on peut déjà subodorer que c'est parce qu'il y a croissance: dans le cas contraire, une production supplémentaire conduirait à une baisse des prix.

De plus, comme nous allons nous intéresser à des variations dans le temps, à la fois de la production, des échanges, et de la masse monétaire, il peut sembler logique d'introduire le temps – que nous allons supposer ici 'discret' (non continu).

Je précise, par ailleurs, deux hypothèses supplémentaires, pour éviter de lancer le visiteur sur une fausse piste, la question portant essentiellement, je le rappelle, sur le problème de l'augmentation éventuelle des demandes de monnaie (donc aussi de l'offre de la dite monnaie, puisque les banquiers sont censés être au service des emprunteurs potentiels).
 
1)La population est stable (autant de décès que de naissances, si vous préférez)
2)On ne paye pas d'intérêts sur les emprunts (je sais, c'est pas vrai, mais cela le sera peut être un jour ;-) )
 
De fait, dans la plupart des nombreuses discussions que j'ai eu ces derniers mois avec diverses personnalités ou experts de la question monétaire, nous avons essentiellement échangé sur le type de monnaie souhaitable, voire sur la question de la création, ex nihilo ou pas, de la monnaie scripturale. Mais je dois reconnaître que, ce faisant, nous n'avons sans doute pas évoqué suffisamment un autre problème crucial – et sans doute prioritaire - celui des raisons de cette émission monétaire.
 
De fait, les rares modèles qui parlent à la fois de monnaie et de croissance sont essentiellement statiques, ou 'tangents' à des modèles statiques.

Venons en donc à notre modèle, très simple, et quasiment qualitatif, à l'arithmétique rudimentaire, en introduisant deux hypothèses simplificatrices supplémentaires.

3) les agents économiques sont au nombre de 10 (afin de faciliter les calculs, en système décimal)
4) Ces agents ne font des échanges (ils vendent, achètent, consomment) qu'à la fin de la période de production.

Supposons enfin, dans une première approche, que cette période est de 1 mois, et que les 'agents économiques' produisent chacun l'équivalent de 1000 unités de compte (pour faire plaisir aux tenants de la valeur-travail, je peux même supposer qu'ils travaillent le même nombre d'heures dans le mois).

Le dernier jour est consacré à la vente de leur production respective, à l'achat des biens qui vont servir à leur consommation (la dite consommation peut s'effectuer ce même jour - peu crédible - ou tout au long du mois suivant, peu importe ici, si l'on suppose que les biens sont uniquement des biens de consommation, extraits de la nature sans investissements, pour ne pas trop compliquer. On pourrait certes le faire, l'économiste Solow, avant d'être sacré prix Nobel, s'y ait essayé avec ses générations d'équipements, ses 'vintages').

Le PIB mensuel, en unité de compte, est donc égal, par hypothèse, à 10000. Je vais supposer qu'un comptable philanthrope (autre nom pour un banquier) va émettre 10 000 unités de compte, va les prêter pour la journée, à raison d'un paquet de 1000 par agent économique.

La création monétaire (pendant une journée) est donc égale à 10000, la destruction monétaire, à la fin de la journée, est aussi de 10000 (rappelons que le comptable étant philanthrope, il ne demande rien). Donc plus de monnaie pendant le reste du temps. La monnaie n'a existé que le temps du marché.
 
Supposons maintenant qu'il y a une modification des habitudes de consommation et d'échange: les conditions de production restent les mêmes, mais maintenant les échanges - le marché - ont lieu deux fois par mois.

Le PIB bi-mensuel est maintenant de 5000, les besoins monétaires (deux jours par mois) vont être de 5000 (au lieu des 10000), même s'ils disparaissent à la fin de chacun de ces 2 jours de marché. La monnaie n'existe toujours que le temps du marché.

Pour ceux qui aiment les modèles concrets, on pourrait supposer que chaque échangiste arrive le matin avec sa monnaie-argent (correspondant à l'évaluation de sa production) autour du cou (ce peut même être un collier genre ClubMed qui lui aura été attaché le matin par notre comptable, gentil organisateur s'il en fut). Il rendra à ce gentil comptable un collier de même valeur (mais avec des perles venant des 9 autres producteurs) à la fin de la journée de marché. Les colliers seront alors détruits (si l'on veut qu'ils ne servent qu'une fois), ou garder dans le coffre du comptable, si l'on veut éviter le gâchis 'écologique'.

Bien sûr, chacun doit voir maintenant où je veux en venir...

Supposons donc, finalement, que les échanges aient lieu 10 fois par mois (tous les 3 jours: toujours pour faciliter les calculs).

Le PIB 'tri-days' va être de 1000, la masse monétaire nécessaire aux échanges sera elle-même de 1000, elle sera 'créée' tous les 3 jours, au début de chaque jour de marché, et sera détruite à la fin de chacun de ces jours (oui, oui, j'ai supposé qu'il n'y avait aucun Harpagon, que toute la monnaie émise était utilisée, et retournait donc au bercail, ou dans le coffre, de notre comptable philanthrope).

Quelle est la morale de cette fable?

Oh, elle est toute simple. Elle signifie que, à conditions technologiques égales, supposées constantes, une modification des conditions d'échange (le nombre de jours de marché dans le mois) modifie les besoins de monnaie.

Cela a donc nécessairement une influence, soit sur la vitesse de circulation de la monnaie, soit sur la quantité de monnaie elle-même (et je n'ai même pas introduit la question de la thésaurisation pour cela). C'était évident ?...Peut -être, mais vis à vis de mes quatre questions fondamentales de toute réforme monétaire, qui s'écrivent comme suit:
1) Qui émet,
2) Combien on émet
3) Pourquoi on émet
4) Qui contrôle,
ma petite fable impacte pour le moins les points 2 et 3.

Autre complication: à côté des besoins monétaires - satisfaits ici par notre comptable philanthrope - on pourrait imaginer qu'une partie des échanges se fait 'hors monnaie', par simple accord entre participants (Certains experts appellent cela du 'Crédit Mutuel' – on peut aussi appeler cela du 'crédit fournisseur' d'un point de vue purement entrepreneurial: cela se fait en Suisse, avec l'expérience WIR).

Si nous supposons donc que la moitié des échanges se fait 'hors comptabilité philanthrope', les besoins monétaires vont être divisés par deux.

Là encore, j'insiste sûrement lourdement (c'est sans doute par candeur, ou en tant que nouvel initié tentant de dévoiler les 'mystères' de la monnaie), on voit ici que des pratiques nouvelles entre entreprises ont elles aussi une influence sur les besoins monétaires.

Là encore, cela affecte les questions 2) et 3), Combien et Pourquoi. Ne parlons même pas de la difficulté d'ajustement et de contrôle.

La morale de la morale?

Je ne sais pas vraiment, sinon que je pense que la régulation des émissions monétaires reste un point fort délicat, du moins dans un monde où les conditions de consommation, de production et d'échange peuvent changer fort rapidement, en fonction en particulier de l'état de l'opinion publique et de la confiance que la collectivité peut avoir dans le système dans lequel elle évolue. Et je n'ai même pas parlé ici des problèmes d'import-export, des actifs toxiques, du progrès technique, etc.

On peut cependant affirmer que certaines tendances lourdes doivent être combattues, comme celle du poids toujours grandissant, on peut même parler à cet effet de spoliation, de la sphère financière vis à vis de la sphère réelle, des revenus 'non gagnés' - suivant la terminologie de M. Allais -(et issus de la spéculation) vis à vis des 'revenus gagnés'.

Prenons, pour insister sur ce point un nouveau modèle, tout simple, un modèle de croissance homothétique.

Dans ce contexte, chaque secteur, chaque industrie, chaque entreprise croissent à la même vitesse SANS PROGRES TECHNIQUE, la masse monétaire croîtrait à la même vitesse, qu'elle soit émise par des banques privées ou par la banque centrale.(Oui, je sais, je suppose ici, pour le moment, que la vitesse de circulation de la monnaie est une constante, autre hypothèse -relativement crédible dans ce contexte-, mais là encore, ce n'est pas le problème).

La monnaie, simple voile monétaire?
Ce n'est que si cela se passait ici que la monnaie ne serait qu'un simple voile monétaire, sans importance réelle sur une économie qui ne serait que monétarisée. On pourrait quasiment s'en passer, sauf en comptabilité.
 
Mais, bien entendu, ce n'est pas ce que l'on constate, car la croissance n'est jamais homothétique.

On constate généralement:
a) la déformation des poids respectifs des secteurs
b) la déformation des prix relatifs
c) la déformation signalée au point b) est partiellement liée à l'évolution différente du progrès technique dans les différents secteurs.

Il faut cependant noter que:
d) en supposant qu'il n'y a pas de régression technique absolue dans un de ces secteurs (cela pourrait arriver dans le secteur agricole, du fait de mauvaises récoltes, mais le poids de ce secteur est si faible que cela n'expliquerait pas vraiment l'ampleur du phénomène) cette différence de progrès technique peut expliquer la modification des prix relatifs, mais pas une augmentation de la masse monétaire supérieure à la somme: taux (réel) de croissance plus taux d'inflation.
 
Mes seules explications vraiment 'innovantes' reposent donc dans ce qui va peut être aussi apparaître évident à certains, à savoir que de nouvelles 'rentes' se sont créées (rentes, ou revenus non gagnés) du fait:
e) des gains (ou pseudo-gains) boursiers, les indices, jusqu'à la crise de 2008, ayant cru en 25 ans 2 fois plus que l'économie réelle (d'où un glissement monétaire de la sphère réelle vers la sphère financière
f) des gains, ou un déséquilibre, dans l'immobilier, là encore les prix de l'immobilier ayant cru, comme si il y a avait régression technique (en fait les rentes foncières sont réapparues)
g) des déséquilibres, non permanents et très volatiles, dans le secteur énergétique (pétrolier et gazier), même si, en euros constants, sur les 20 dernières années je ne suis pas sûr que le prix relatif du pétrole ait beaucoup évolué.
 
Tout cela pour dire que les secteurs non productifs, ou non directement liés à la production, ont 'sucé' - ou 'siphonné' - la plus grande partie des émissions monétaires.

Qu'on appelle cette monnaie-argent de l'argent fictif, comme J.L. Mélenchon paraît-il, ou de l'argent réel, il est une des causes principales - je pense - du déséquilibre actuel.

Ce n'est donc pas le fait que les transactions financières sont devenues 1000 fois plus importantes que les transactions liées à l'économie 'réelle' que je critique ici (même si une taxe Tobin aurait ralenti ce phénomène, ce n'est pas cela l'important, d'après moi), mais le fait que la monnaie n'est pas un 'voile monétaire', comme le pensait Ricardo, Marx, et sans doute Milton Friedman, mais que c'est un véritable édredon qui a caché au 'petit peuple' - dont je suis - ce véritable hold-up de la sphère financière sur la sphère réelle.
 
Les solutions, s'il y en a, ne sont donc sûrement pas en remonétisant les 'actifs toxiques' - c'est à dire en validant le vol et les voleurs - comme semble le faire le G20, en renforçant le poids de notre DSK national, véritable fantoche plus ou moins consentant, à qui on fait sans doute un cadeau royal, ou présidentiel, pour 2012 (du moins le croit-il).
 
La seule solution serait:
1) de déclarer sans valeur les actifs toxiques: valeur zéro
2) de (re?)mettre la monnaie au service de l'économie réelle, en 'nationalisant effectivement la monnaie'.

Derrière les soubresauts de l'argent-monnaie, une catastrophe annoncée.

Non les mesures annoncées par le G20 n'y changeront rien. La monnaie n'est pas 'neutre', ni économiquement, ni idéologiquement. C'est bien parce que la monnaie n'est pas 'neutre', que ce n'est pas un simple 'voile', qu'il ne faut pas laisser aux intérêts spéculatifs et privés le soin d'émettre cette monnaie, potentiellement si perturbatrice.

Quatre questions se posent en effet à toute personne voulant à la fois comprendre et éventuellement réformer le système monétaire actuel:

1)Qui émet (ou 'crée') cette monnaie-argent?
2)Combien (quelle quantité) faut-il émettre?
3)Pourquoi (et pour qui) émet-on cette monnaie?
4)Qui contrôle (et régule) cette émission?


Je ne vais pas revenir sur la première question, car chacun sait, plus ou moins précisément, que le système monétaire fait intervenir à la fois la banque centrale (pour la monnaie fiduciaire – les billets – proprement dits) et les institutions financières, qu'elles soient banques (de second rang) proprement dit, ou bien intermédiaires financiers.

Les banques émettent essentiellement de la monnaie scripturale (au delà de leurs propres réserves en monnaie fiduciaire) – dans le cadre de certaines règles prudentielles peu contraignantes - (ce point fera l'objet d'autres billets).

Les autres institutions financières non bancaires agissent comme de simples intermédiaires financiers, en prêtant à certains agents économiques l'épargne – de plus ou moins long terme – réalisée par d'autres agents.

(Pour approfondir le sujet de ces émetteurs de monnaie, on pourra consulter divers sites, dont celui des 'faux-monnayeurs', ou de l'association 'Societalisme', la référence de base restant le livre de M. Allais, « L'impôt sur le Capital », pp. 176 a 209)

Je vais plutôt m'interroger ici sur les raisons des variations de la monnaie, en me limitant ici à ce qui est appelé agrégat monétaire M1, qui inclut billets (et pièces) en circulation et dépôts à vue (définition Banque de France, 1999).

Cette question contient donc les points 2 (Combien) et 3 (Pourquoi), je montrerai ensuite que le point 4, celui du contrôle et de la régulation, n'est pas vraiment traité par le G20, faute de s'être attaqué clairement – et non idéologiquement – aux questions 'Combien' et 'Pourquoi'.

Pourquoi des variations monétaires?

Cette question, souvent effleurée, mais rarement approfondie, peut s'écrire ainsi:

Pourquoi la masse monétaire en circulation a t-elle besoin d'être augmentée (ou diminuée) d'une période à l'autre?

Dit encore autrement, pourquoi le système économique pris dans sa globalité a t-il besoin de plus (ou de moins) de monnaie-argent que précédemment?

Ces questions sont évidemment indépendantes de l'agrégat monétaire choisi pour le raisonnement. J'ai pris ici M1, considéré traditionnellement comme correspondant à l'ensemble des moyens de paiement (fiduciaire et scripturaux), on aurait pu, dans un système où il n'y aurait que de la monnaie fiduciaire, se poser les mêmes questions.

Pour le lecteur pressé, je donne tout de suite des éléments de réponse, avant de justifier cette position un peu plus loin.

L'augmentation monétaire a servi essentiellement au secteur financier.

L'augmentation de la masse monétaire constatée en Europe – et en France – depuis une douzaine d'années (avant et après le passage à l'euro), et on pourrait faire le même raisonnement au niveau mondial – même si les chiffres sont plus délicats à commenter est liée au phénomène suivant.

Indépendamment de tout problème lié à l'inflation, l'essentiel de cette augmentation monétaire (en moyenne, inflation décomptée, de 7 à 9%, pour une croissance moyenne de 2,5%) est dû aux besoins de financement d'actifs financiers, en d'autres termes aux spéculations boursières.

Plus précisément, au lieu que la masse monétaire, censée être un simple 'voile monétaire' au service de l'économie dans son ensemble, joue ce rôle 'normal', cette augmentation a essentiellement profité au secteur financier, au détriment de la sphère de l'économie réelle. Les 'rentiers' et les 'spéculateurs' (ceux qui perçoivent des 'revenus non gagnés' dirait M. Allais) se sont enrichis au détriment des producteurs (entrepreneurs et 'travailleurs').

Deux chiffres sont éloquents pour prouver cette 'spoliation' de l'économie 'réelle' au profit de ce qu'il convient d'appeler les 'capitalistes', les hommes aux écus dépeints par Karl Marx dans le livre 1 du Capital.

a) L'agrégat monétaire M1 (l'ensemble des moyens de paiement 'à vue') est passé en France, en 10 ans, sur la période 1997 à 2006, de 26% à 44% du PIB. Si M1 était un simple voile monétaire, cet agrégat aurait du conserver les mêmes proportions par rapport à la production nationale. A moins, bien sûr, de supposer que la vitesse de circulation de la monnaie ait baissé dans les mêmes proportions, ce qui, jusqu'en début 2008 au moins, n'a pas été constaté.

b) L'évolution du cours de la Bourse (supposé résumée par l'évolution du CAC 40) avait cru sur les 15 dernières années deux fois plus vite que le PIB, avec de fortes évolutions il est vrai, après l'écroulement de la bulle Internet, puis les attentats du 11 septembre, puis d'autres crises encore. Mais si on regarde le niveau atteint le 2 mai 2007, 6000 points, cette remarque reste vraie en tendance.

Il n'est donc pas surprenant:
c) que le CAC 40 évolue actuellement entre 2600 et 3000 points,qui représentent une correction 'normale' si l'on estime, du moins, que la valeur boursière des entreprises devrait correspondre à leur valeur économique, telle qu'elle est représentée par l'évolution du PIB et des profits 'normaux' réalisés à cette occasion – profits 'normaux' censés pouvoir financer les investissements futurs. Sans croissance, aucun profit n'est 'normal', il ne devrait y en avoir aucun.

d) que ceux qui s'étaient enrichis indument, en captant à leur profit l'essentiel de la masse monétaire émise (ou 'créée') par le système bancaire – en contrepartie de leurs actifs 'financiers' (créances douteuses reposant en partie sur des actifs 'toxiques')- réclament à corps et à cris une rallonge monétaire à leur seul profit, cette rallonge ne pouvant passer, évidemment, que par les banques.

Deux solutions se présentent donc, récompenser les voleurs-spolieurs, ou aider les producteurs:

Face au hold-up commis pendant 15 ans – bien plus longtemps sans doute – par les spéculateurs dont la part dans la richesse nationale (revenus non gagnés pourtant) n'est pas loin d'avoir doublé, on peut décider de valider cet hold-up.
C'est apparemment ce que le G20 a décidé.

Rappelons au sujet du 'hold-up' des spéculateurs que cette bascule de l'augmentation monétaire à leur seul bénéfice a amené une quasi stagnation du pouvoir d'achat des 'travailleurs' sur les dernières années, et à un sur-endettement de l'ensemble de l'économie (sur-endettement de la part des 'capitalistes' qui n'est apparu tel qu'après le début de la crise des sub-primes, et de la part des travailleurs, qui gageaient cet endettement sur des revenus futurs, qu'ils n'auront sans doute pas du fait de la dépression actuelle).

Une autre solution, la seule socialement correcte, serait bien sûr de considérer que les pertes (virtuelles) des capitalistes doivent rester des pertes, et de décréter que les créances douteuses accordées par les banques ne valent plus rien.

Comme mesure complémentaire, en dehors de la 'nationalisation de la monnaie' (ce qui n'exige pas nécessairement celle des banques), c'est à dire de la reprise en main directe par l'Etat de toute émission monétaire (ce n'est évidemment pas la 'planche à billets' qui a causé – au moins pour la plus grande part – cette augmentation monétaire favorisant les spéculateurs, par l'intermédiaire d'un système financier où chacun, petit ou grand, croyait pouvoir devenir riche indument) il apparaît essentiel de transformer l'ensemble des dépôts à vue en monnaie fiduciaire, tout en interdisant dorénavant aux banques d'accorder des crédits non entièrement couverts par cette nouvelle monnaie fiduciaire.

Cela ne changerait pas la masse monétaire actuelle, M1, mais cela interdirait dorénavant aux banques commerciales – redevenues de simples intermédiaires financiers – d'émettre sans contrôle ('ex nihilo' diraient certains) de la nouvelle monnaie, indépendamment des besoins réels de l'économie réelle.

Et s'il faut créer de la monnaie nouvelle, cette monnaie doit aller directement aux entreprises et aux ménages, en aucun cas aux spéculateurs et aux banques( en dehors de la restriction précédente près: les banques peuvent et doivent agir en tant qu'intermédiaires financiers, en prêtant à des agents économiques l'épargne déjà réalisée par d'autres agents).

Mais, encore une fois, je ne crois pas, hélas, que le G20 prenne ce type de décisions. Il préfère sans doute amuser la galerie en déclarant faire la chasse aux paradis fiscaux. C'est sans doute une bonne chose, mais très marginale par rapport à ce qu'il faut faire. L'argent doit aller à l'économie réelle, pas à l'économie financière, ce n'est pas en taxant un peu plus les spéculateurs que le problème de fond sera traité.

Annexe: un petit modèle explicatif des variations monétaires 'hors spéculation'
(voir billet ci-joint, le billet actuel étant déjà fort long).

mercredi 11 mars 2009

Qu'est ce qu'un euro?

Vous pensez, peut être, tout savoir sur la monnaie.

Quelles réponses apporteriez vous aux deux questions suivantes:

1) Quelle est la valeur d'un euro?


2) Qu'est ce que c'est qu'un euro?

Si vous, ou vos connaissances, peuvent répondre en moins de 2 ou 3 lignes à chacune de ces questions, bravo.

Dans le cas contraire, il est urgent d'essayer de vous procurer le livre de S. Gesell, l'Ordre Economique Naturel (introuvable en français) ou de poster quelques questions, sous forme de commentaires, sur ce blog. J'essaierai d'y répondre.

mardi 10 mars 2009

Etablir un plan "d'argumentaire pedagogique"

Bonjour

Il me semble essentiel de pouvoir montrer a un large public l'enjeu énorme que représente la ré-appropriation par l'Etat du pouvoir régalien de créer (et de détruire) de la monnaie.

Le pouvoir de "battre monnaie", qui fut d'abord un droit féodal nommé "droit de seigneuriage", a été subrepticement privatisé, pendant la construction européenne. Plus précisement, l'Allemagne, qui avait de bonnes raisons de redouter les risques d'hyperinflation liés a la "planche à billets", a exigé que les statuts de la BCE soient identiques a ceux de la Bundesbank.

Ces derniers avaient été établis juste apres la défaite du régime nazi, (qui avait fait un large usage d'un mécanisme "semi public" de création monétaire lui permettant de contourner les conditions du Traité de Versailles) Cette empreinte historique qui, a travers la construction europeenne a relié les statuts de la BCE... au rejet du nazisme a constitué un véritable effet d'aubaine pour les banques privees, que les gouvernements sont obligés de solliciter pour financer les deficits publics ! (les banques peuvent de la sorte percevoir une "redevance" sur une partie de depenses publiques).

Or, ce n'est pas parce qu'un outil est dangereux que l'on doit renoncer a s'en servir; les explosifs sont a manipuler avec precaution, mais ils peuvent permettre d'ouvrir la route ! Il en va de meme pour "l'outil création monetaire" mis au au service de politiques publiques, par exemple pour limiter les pollutions et les émissions de gaz a effet de serre: il n'y a aucune raison pour que ces depenses, si jamais elles sont décidées... deviennent une source de revenus pour les banques c a d un cout supplémentaire venant gonfler ces dépenses absolument vitales !

A suiivrreee !

RZ