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dimanche 28 novembre 2010

Monnaie-credit-financement_de_quoi_parle_t_on

Monnaie, crédit, financement : mais c’est très simple

J’avais jusqu’ici beaucoup hésité à me ranger derrière la bannière du Crédit Social, pour une raison purement technique – alors même que leurs arguments humanistes, sociologiques et économiques m’avaient toujours parus frappés au coin du bon sens. L’argument technique que je ‘ne sentais pas’ était le fameux escompte.

J’avais beau tenté de le comprendre, rien n’y faisait. J’ai même écrit un billet sur ce point, en me disant que si je tentais de l’expliquer à d’autres, j’y verrais plus clair. Rien n’y a fait, pour une raison que je crois maintenant bonne, c’est que cet « escompte compensé » n’a pas lieu d’être, il est tout à fait inutile, et, par ailleurs, compliqué à instaurer, si tant est qu’on veuille l’appliquer, au contraire des deux autres principes : une monnaie-crédit au service de la collectivité, et un dividende social.

Avant de reprendre la seule question qui importe, comment financer les dizaines de milliers, voire les millions, de process de production qui caractérisent toute économie moderne, je voudrais vous livrer une réflexion méthodologique que j’avais esquissée il y a bien longtemps, quand je planchais sur des problèmes d’intelligence artificielle et de systèmes experts. Je veux parler de la question du passage du concret à l’abstrait, de l’analyse inductive qui précède la synthèse déductive: avant de parler du modèle, commençons par s'intéresser au réel, avant de parler carte, mentionnons au moins le territoire.

Parmi les nombreux enseignants de maths qui ont tenté de m’inculquer quelques notions en ce domaine, il n’y en a guère que deux qui m’ont réellement marqué, pour une seule raison; avant d’expliquer ou de démontrer un théorème important, ils tentaient de partir d’un problème concret qui avait conduit à ce théorème.
Ainsi, le fameux théorème de Thalès, que l’on rencontre en troisième. Ce fut mon prof de terminale – un ancien X reconverti à l’enseignement – qui nous avait parlé d’un problème concret posé à Archimède (peu importe si c’est, ou non, une légende), celui de l’estimation de la hauteur d’une pyramide : la question des triangles semblables était là, en germe.

Il m’a fallu attendre la rencontre fortuite d’un enseignant – alors que je préparais l’agrégation de maths – pour que je puisse à nouveau discuter avec un pédagogue (même pas agrégé) qui abordait les problèmes et les théorèmes importants en partant de données expérimentales. J’étais bien loin de mes cours de fac ou les 'bourbakistes' de service se lançaient dans des définitions topologiques à priori sans même tenter d’expliquer le pourquoi de leurs définitions. C’est un peu comme si Riemann avait oublié de parler des espaces sphériques pour justifier sa géométrie non cartésienne.

Quel rapport avec le financement des entreprises et des process de production me diraient vous ? J’y viens.

Dans les diverses discussions sur la monnaie auxquelles j'ai pu participer, qui ont pour la plupart tourné à des arguties d’experts byzantins, les plus érudits d’entre nous ont plus ou moins réussi à faire comprendre aux profanes le cycle de vie d’un billet, sans toujours parvenir d’ailleurs à faire de même pour l’émission de monnaie scripturale – au moins pour la monnaie scripturale centrale.

Ce n’est évidemment pas leurs compétences – indiscutables – qu’il faut remettre en cause, mais le manque total – du moins qui m’apparaît tel maintenant – de support concret concernant la demande de monnaie, du moins la demande ‘économique’ de monnaie, et non la demande pour besoins de refinancement ou de spéculation.

Prenons un exemple, pour être le plus concret possible – exemple abordé par les tenants du Crédit Social mais traité incorrectement, à mon avis du moins.

Considérons donc une entreprise, parmi les centaines de milliers possibles, qui veut produire une certaine marchandise, un certain ‘bien’. Considérons qu’il y a quatre facteurs de ‘dépense’ possibles, les machines –dont l’amortissement sera appelé AMORtissement – les différents ‘consommables’ et autre produits intermédiaires – notés MAT – les salaires – notés SAL et enfin les profits et autres frais financiers – notés PROF. On pourrait bien sûr faire intervenir une décomposition beaucoup plus fine, mais l’idée est ici de montrer deux choses.

1)le besoin de financement de ce process, (ce que l'on pourrait appeler, un peu abusivement, la demande de monnaie) existe dès lors qu’il n’est pas instantané (auquel cas dépenses et recettes seraient, ou pourraient être- simultanées : c’est la grande critique que l’on peut faire aux modèles faisant apparaître simultanément des courbes d’Offre et des courbes de Demande, en prétendant que l’ajustement de la production et de la demande réagit instantanément aux informations sur les prix).
Ce (besoin de) financement peut prendre diverses formes, et n’a aucune raison, en particulier, d’être identique pour les quatre grands ‘facteurs de dépense’ AMOR, MAT, SAL et PROF

2) le fait, indiscutable, que la somme SAL + PROF (et c’est encore plus vrai pour SAL tout seul) est inférieure au besoin de financement total de la production, à savoir PRODb = AMORb + MATb + SALb + PROFb.
C’est face à cette évidence que l’escompte compensé à été introduit, à tort, par les tenants du Credit Social, imprudence inutile qui a pu jeter le discrédit sur les théories, par ailleurs sans failles, du Major Douglas et de ses successeurs. On ne peut certes pas reprocher au major Douglas de ne pas avoir utilisé les tableaux d’entrée-sortie de Leontieff prenant en compte les échanges inter-entreprises pour expliquer cette différence entre le revenu national – c’est-à-dire la somme de tous les salaires et profits distribués au cours des divers process – et la somme de l’ensemble des chiffres d’affaires (c’est-à-dire des besoins bruts de financement) réalisés, ou espérés, comme conséquences de ces mêmes process. Mais cette faiblesse théorique est cependant indiscutable.

Voilà donc notre problème concret, mis sous la forme d’un simple problème de financement de quatre facteurs de dépenses :
PRODb = AMORb + MATb + SALb +PROFb

Pour être le plus général possible, nous allons imaginer que chaque facteur de dépense peut avoir une ‘source de financement’ différente, sachant que, si la ‘confiance’ règne, ou régnait, on pourrait se contenter d’une simple écriture comptable, du genre :

Le producteur PRODUCTEURb doit AMORb (à ses fournisseurs de machines) – il l’inscrit quelque part – ainsi que MATb (à ses fournisseurs de consommables et biens intermédiaires)– il l’inscrit quelque part – ainsi que SALb(à ses salariés) – autre inscription – et enfin PROFb(pour ses actionnaires et ses banquiers- dernière inscription comptable. Lorsque PRODUCTEURb aura vendu sa production aux prix espérés, il recevra de ses acheteurs la contre partie (qui pourrait n’être que comptable) de ses inscriptions initiales de ‘facteurs de dépense’, les différentes écritures seront ainsi entièrement compensées.
Il n’y a nul besoin de circulation monétaire ‘réelle’, de simples écritures (comptables) ont fait l’affaire.

On peut évidemment compliquer, et dire que le process de production s’est accompagné d’une émission monétaire, et que la vente correspond à une destruction monétaire équivalente, mais cela ne me semble rien apporter de neuf. Je reviendrais cependant sur ce point à propos de la notion de monnaie complémentaire, ou locale, ou régionale, ou privée – peu importe le terme.

Passons maintenant à la situation réelle, concrète, contexte dans lequel la ‘confiance, le ‘crédit’ ne va pas de soi. Au lieu de ne faire appel qu’à un comptable sérieux et honnête – il en existe sûrement – on va faire appel à 4 sources de financement différentes.

PRODUCTEURb va faire appel au crédit mutuel inter-entreprises pour financer AMORb, pour cela il signera éventuellement une traite commerciale d’une durée équivalente à la durée de son process de production. Les intérêts éventuels, s’il y en a, affecteront le facteur de dépense PROFb
PRODUCTEURb peut faire appel à sa banque locale pour financer ses MATb – ce que l’on appelle parfois crédits de campagne – là encore, les intérêts, s’il y en a, affecteront le poste PROFb.
PRODUCTEURb peut aussi demander à ses salariés d’attendre la fin du mois de production (et la vente de PRODb) pour être payés. Mais il peut aussi demander à sa banque une avance de trésorerie couvrant ces dépenses salariales : là encore, les frais éventuels vont pouvoir augment PROFb.
PRODUCTEURb, enfin, demandera à sa banque une avance pour payer à la fois les dividendes de ses actionnaires, et pour rembourser les intérêts dus par le simple fait du financement bancaire éventuel de ses autres ‘facteurs de dépenses’ – appelés aussi coûts de production.

Ainsi, au lieu que le PRODUCTEURb soit sa propre banque (c’est aussi vrai pour l’Etat), le manque de confiance – ou le pouvoir absolu obtenu de nos jours par le système bancaire (la sphère bancaire et financière ayant ainsi pris le dessus, peut être définitivement, sur la sphère réelle, la seule pourtant à produire de véritables richesses), PRODUCTEURb doit – au moins dans le contexte contemporain – demander des avances (sur lesquelles il paiera des frais financiers) à des banques. CEs banques n'ont pourtant comme seul mérite, si l’on peut dire, que celui d’apparaître des « tiers de confiance » garantissant la valeur à la fois de « AMOR » de "MAT » de « PROF » et de « SAL3, alors que, bien entendu, si l’entreprise n’est pas « de confiance », toute la monnaie gagée sur la véritable valeur de PRODb ne vaut pas grand-chose.
Tout se passe comme si, pour garantir la valeur d’une entreprise – qui produit des biens ou services ‘réels’ – on préférait s’en remettre à des banques qui ne garantissent, en fait , que du ‘vent’ (avec la garantie de l’Etat, il est vrai, du moins jusqu’à ce que la crise éclate).

Revenons maintenant à la monnaie complémentaire, ou locale, ou privée. Un des objectifs du raisonnement précédent est de montrer qu’une entreprise, ou un ensemble d’entreprise, ou un département, ou un lander, ou une région, peut être suffisamment puissante (et 'de confiance') pour émettre sa propre monnaie, sans nécessairement créer des morceaux (et monceaux) de papier labellisés ‘billets de banque’ – il paraît que c’est interdit.
La simple tenue de comptes peut y suffire, que ces comptes soient dans des livres, des bases de données informatiques ou sur des puces électroniques.

Appel donc aux bonne volontés politiques: quel est le maire, le député, le président de conseil général ou régional qui osera sauter le pas? Ou alors, préfèrera t-on continuer à subir les diktats du fonds monétaire international et de la banque mondiale, ou de ses féaux de la commission européenne et de la BCE? L’exemple de l’Irlande ne suffira t-il pas pour remettre en cause le rôle des banques ?

samedi 27 novembre 2010

Face a une dette publique abyssale, la rigueur n’est pas la solution

Le scandale des dettes et des intérêts publics, cause principale d'une catastrophe annoncée…

Comme l’écrit fort justement A.J. Holbecq, on ne peut contester le fait que l’état français – et la plupart des états fortement endettés de la zone euro – doit aux intérêts payés depuis 1973 sa dette publique abyssale (1500 milliards, fin 2009 soit plus des ¾ du PIB, et à peine moins de 1600 milliards fin 2010).
Rappelons que ce point est directement issu de la fameuse réforme 'Giscard d’Estaing', article 25 de la loi de 1973 interdisant à l’État de présenter ses propres effets à l’escompte de la Banque de France – ‘innovation’ avalisée ensuite dans le traité de Maastricht comme directive européenne.

Notons que ce principe « pas de financement direct des états » allait dans le sens de l’histoire de la « dérégulation financière » dite ‘libérale’ – alors même qu’un économiste prétendument libéral, le regretté M. Allais, s’est toujours élevé contre cette directive, au contraire d’un autre économiste français considéré, lui, comme de gauche, D.Strauss-Kahn, directeur actuel du FMI.

Les intérêts accumulés en trente cinq ans sont tels que la dette publique actuelle aurait même été nulle, voire négative s’il n’y avait pas eu ces intérêts (d’un montant moyen annuel de plus de 45 milliards) à payer aux créanciers, le plus souvent privés.

De nombreuses voix se sont élevées depuis des années – trop souvent en essayant de se raccrocher à des querelles byzantines portant sur les bienfaits ou avantages supposés du 'banking principle' ou du 'currency principle', dont une des meilleures synthèses figure chez C. Gomez, disciple et ami de M. Allais - pour réclamer une réforme du système monétaire.

Inversant l’adage, trop souvent à l’œuvre chez les princes qui nous gouvernent « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » - je ne pousserai pas la malice jusqu’à penser que cette complication n’est qu’un rideau de fumée pour faire avaler au petit peuple des couleuvres de plus en plus forte – pourquoi ne pas s’interroger sur une autre façon de procéder, et tenter de faire simple ?

Pour une suppression des intérêts de la dette publique :
Puisque le mécanisme des intérêts est la principale cause de l’augmentation de ces dettes, tant publiques que privés, pourquoi ne pas supprimer ces intérêts – au moins celles qui concernent les dettes des 'APU'(État, Administrations diverses, et Administrations de Sécurité Sociale)

Cela ne demanderait qu’un « petit » ajustement technique (réformer l’article concerné dans le traité de Lisbonne).

Il est vrai que c’est aussi un acte politique, puisque nos partenaires de la zone euro, et au-delà de l’Union Européenne pourraient s’y opposer. Il m’étonnerait fort cependant qu’après l’exemple inquiétant de la Grèce et de l’Irlande face à des déficits publics et des dettes dépassant toute possibilité raisonnable de les résorber à court moyen terme – même avec des mesures de rigueur extrêmes et insupportables socialement (et stupides économiquement) – on puisse rejeter cette proposition d’un revers de main.

D’autant plus qu’il est fort possible que le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, voire même la France se retrouvent bientôt dans une situation analogue : on pourrait donc espérer une certaine compréhension de la part de nombreux gouvernements – même si leurs « partenaires » ou conseillers financiers ne l’entendront sans doute pas de la même oreille.

Mais même s’il faut rejeter ce traité, voire menacer de sortir de l’U.E. pour cela, pourquoi pas? Si Paris a bien valu une messe pour Henri de Navarre, sortir de l’euro, voire de l’U.E. pour sortir de la crise financière et de ses milliers ou millions ou milliards de dommages collatéraux et d’une spirale mortifère peut valoir le coup – et le coût.

Dit plus précisément, redonnons à l’état le pouvoir d’auto-financer ses propres dépenses, plutôt que d’emprunter à 3% auprès de banques ou autres ‘partenaires’ financiers à qui la banque centrale européenne – censée être l’émanation d’états souverains – prête à moins de 1%, quand ce n’est pas par l’intermédiaire de recapitalisations implicites ou occultes.

Pour une suspension des dettes :
Si cette première mesure de bons sens ne suffit pas (même si cela ferait gagner 45 à 50 milliards par an à l’état, c’est-à-dire à nous tous, soit deux fois et demi le déficit de la sécurité sociale - et largement le trou des 'retraites') on peut aller beaucoup plus loin.
Là aussi très simplement, il 'suffirait' de décréter un moratoire soit sur l’ensemble des dettes publiques, soit sur les dettes détenues par nos concitoyens (si on ne veut pas fâcher l’étranger, même si l’éventualité de blindés chinois ou russes venant se payer sur leurs débiteurs semble assez peu probable).

Je suis convaincu que l’Irlande, comme le Portugal, et de nombreux autres pays ne verraient pas d’un mauvais œil ce moratoire sur les dettes publiques, en lieu et place de la cure d’austérité sans précédent qui leur est, ou qui va leur être, imposée.

Proposition naïve pourra t-on rétorquer. La France ne trouvera plus, ou ne trouverait plus, de prêteurs à l’extérieur de ses propres frontières, voire même à l’intérieur ? Et même chose pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal...

La belle affaire… Même si l’on peut penser que l’argent mène le monde, ce n’est pas l’argent que l’on mange, que l’on consomme, qui produit de véritables richesses.

Supprimer les dettes ne change strictement rien aux capacités de production de la France, de l’Irlande, du Portugal, ni ses éventuelles capacité d’exportation.

La France, comme tout pays moderne, a évidemment besoin d’utiliser une monnaie interne comme moyen de paiement interne. Mais, d’un point de vue extérieur, on en est toujours au système du troc, tant d’Airbus contre quelques millions de tonnes de textiles et quelques centaines de milliers de jouets venus d’Asie, ou d’ailleurs, et ce ne sont pas les variations intempestives du Yuan, du dollar ou de l’euro qui changent quoi que ce soit à ce problème de commerce international.

S’il n’y a plus de prêteurs étrangers, raison de plus pour que la France, et tout autre pays souverain, de recommencer à « battre » sa propre monnaie, plutôt que de confier ce soin à des banques, nationales ou internationales.

Peut-on sortir de la crise autrement ?
L’autre branche de l’alternative est simple, et terrifiante : continuer à discuter sur les vertus d’un système monétaire international composé d’un « panier » de monnaies régionales dont on ignore encore tout – et que ni les USA ni la Chine ne sont prêts d’accepter – et voir la vieille – ou la jeune – Europe s’enfoncer de plus en plus profondément dans la crise, en faisant d’un défaut de moyen de paiement un défaut de production de richesses.

Ne tombons pas dans le piège du roi Midas, mort de faim devant un tas d’or. Nous devons refuser que le système banco-financier – qui ne devrait être qu’un simple système de comptabilité facilitant les échanges – enfonce dans la misère de plus en plus de personnes. Il est vrai que, comme aurait dit Devos, depuis quand nos élites pensent-elles qu'une personne, c’est quelqu’un dont il faut s’occuper?

Le sceptre de la misère reviendrait-il hanter l’Europe, parce que l’on veut continuer à confondre sphère financière – ou bancaire – et sphère économique, banquiers et entrepreneurs, rentiers et producteurs. Continuera t-on à accepter que l’argent du monde financier mène le monde, et à penser que la connivence entre politiques, banquiers, promoteurs immobiliers ou d'autres "paradis fiscaux ou financiers" - dénoncée par un certain nombre de médias - est une réalité indépassable?

Entrepreneurs, producteurs, salariés de tous les pays, unissez-vous contre le diktat de la finance.

mardi 23 novembre 2010

Un modele d'imposition et de redistribution

Nous allons reprendre notre approche sectorielle initiale, en faisant intervenir 4 secteurs, le secteur1 de biens de production, le secteur2 de biens de consommation, le secteur3 'virtuel' de biens intermédiaires, et le secteur4, représentant la production de services publics.

Avec une notation évidente, nous aurons, pour i variant de 1 à 4 (ici SALi et PROFi sont 'nets', c'est à dire après 'fiscalisation' et taxation) :
PRODi =AMORi + MATi + SALi + PROFi + RMDi +GOUVi,
La seule spécificité retenue pour le secteur4 tiendra au fait que, traditionnellement, le secteur public ne fait pas de bénéfices, on aura donc PROF4 = 0 (mais cela ne changerait rien si PROF4 était supérieur à 0)

Dans les modèles bi et tri-sectoriels esquissés précédemment (qui ne représentent qu'une simplification des tableaux de comptabilité nationale, avec des notations personnelles, AMOR pour dépréciation du capital physique, MAT pour consommation intermédiaire, SAL pour revenus salariaux, et PROF pour profits) nous avions déjà noté, bien sûr, que la somme des CA des secteurs de production est évidemment très supérieure au PIB (du fait des différents échanges entre secteurs au cours de ces processus).

Le PIB sera égal, de la même façon que précédemment, à :
PROD1&2&3&4 - AMOR1&2&3&4 – MAT1&2&3&4
Et on retrouvera, bien sûr, que ce PIB est aussi égal à la Valeur Ajoutée, elle-même égale à :
SAL11&2&3&4 + PROF1&2&3 + RMD1&2&3&4 + GOUV1&2&3&4

Nous nous sommes simplement permis de considérer que les fonctionnaires, tous employés dans le secteur4, avaient des salaires, et non des ‘traitements’ (pour simplifier les notations), et supposé que les profits de ce même secteur4 étaient nuls.

RMD1&2&3&4 ou REX1&2&3&4 représentent ce qui est aussi appelé par certains Dividende Social, GOUVi étant l’impôt payé par chaque secteur (nous l'avons intégré au 'process de production', c’est l’un des nombreux choix possibles). RMD et GOUV correspondent ainsi aux « ayant droits », à des « revenus non gagnés » au cours des différents 'process de production'.
Avec un budget en équilibre, on aurait GOUV11&2&3&4 = PROD4 (les impôts équilibrant juste la production du secteur4, le secteur public) mais ceci n’est pas indispensable au fonctionnement cohérent du modèle.

Nous allons maintenant prendre un exemple chiffré, pour fixer les idées, en faisant l’hypothèse (beaucoup d’autres pourraient être choisies) que REXi et GOUVi sont tous deux des taxes sur la valeur ajoutée, un taux identique étant pris par secteur (mais on peut choisir tout à fait autre chose, si 'politiquement' on le décide ainsi).
Donc, pour i entre 1 et 4, on va prendre :
REXi ou RMDi = (SAL_brut_i + PROF_brut_i)*taux RMD, et, de même
GOUVi = (SAL_brut_i + PROF_brut_i)*tauxGOUV

Le RMD (Revenu Minimum de Dignité) - ou REX - est distribué « hors process », alors que GOUV, les impôts 'traditionnels' sont uniquement destinés à payer la production du secteur4, le secteur public (y compris les traitements des fonctionnaires).
Si l’on veut prendre des chiffres plus ou moins réalistes, on pourrait imaginer que tauxRMD est de l’ordre de 20%, et taux GOUV de l’ordre de 30%.
PROD1 = 1920 = 600 + 400 + (690 + 230)*(1 – txRMD – txGOUV)
+ (690 + 230)*(txRMD + txGOUV) (Secteur « biens capitaux »)
PROD2 = 1200 = 150 + 250 + 600 + 200 (Secteur « biens de consommation »)
PROD3 = 1200 = 700 + 350 + 100 + 50 (secteur ‘virtuel’ de « biens intermédiaires »)
PROD4 = 1000 = 300 + 200 + 500 (pas de profits dans le secteur public)
Ou, en décomposant la valeur ajoutée en SAL + PROF + RMD + GOUV :
PROD1 = 1920 = 600 + 400 + 345 + 115 + 184 + 276
PROD2 = 1200 = 150 + 250 + 300 + 100 + 160 + 240
PROD3 = 1200 = 700 + 350 + 50 + 25 + 30 + 45
PROD4 = 1000 = 300 + 200 + 250 + 100 + 150

On a alors :
INV_N = 1920 – 1750 + 1200 – 1200 = 170
(= PROD1&3 – AMOR1&2&3&4 – MAT1&2&3&4)
SalairesNets = SAL1&2&3&4 = 945
ProfitsNets = PROF1&2&3 = 240
Dividende Social = RMD1&2&3&4 = 474 (Revenu Minimum de Dignité ou Revenu d'EXistence)
Impôts autres = GOUV1&2&3&4 = 711
Le PIB est égal à INV_N + PROD2 + PROD4 = 2370
Valeur ajoutée = SAL_nets + PROF_nets + RMD + GOUV = 2370 (= PIB, ce qui n’étonnera personne …)
[cette valeur ajoutée, si l'on ne prenait pas en compte la taxation et la fiscalisation des Salaires et profits, serait égale, bien sûr, à la somme SALbrut + PROFbrut, ce qui met à nouveau en valeur le fait qu'il y a plusieurs façons de "monétiser" les revenus sociaux, soit en imposant les autres revenus 'bruts', soit en injectant de la monnaie au cours du process de production, soit avec une combinaison de ces deux 'méthodes']

Cette production “nette” comptable, après ce qui a été “consommé” dans les différents process de production, prend la valeur de 2370, et se ventile en 170 d’Investissement net, 1200 de biens de consommation, et 1000 de service public.

Si nous avions voulu équilibrer le budget de l’État, il aurait fallu augmenter le txGOUV et le rendre voisin de 42%, diminuant d’autant les salaires et les profits « marchands » et éventuellement le Dividende Social, ce qui ne changerait évidemment rien aux possibilités « comptables » d’achat de l’ensemble de la production, et à l’égalité comptable entre PIB et Valeur Ajoutée (ou Revenu National)
Bien entendu, ces égalités comptables ne résolvent pas la question des « points de financement » des divers process de production.

La première question concerne l’avance qui doit être consentie aux « producteurs » (ou aux entreprises correspondantes), le moment de cette avance, et le montant correspondant.
Plus précisément, faut-il financer entièrement les « coûts de production », ou s’arrêter au financement des dépenses en capital (AMOR) des consommations intermédiaires (MAT) des Salaires et profits nets, le financement de REX et de GOUV étant fait directement, en fin de périodes, aux ayant droits, ce qui poserait le problème du financement des traitements des fonctionnaires (considérés être égaux ici à 500)
Ce ne sont bien sûr que des pistes de financement que nous évoquons ici, les besoins de fonds de roulement « matériels » pouvant être avançés par les banques, sous contrôle d’un Office National du Credit (ou d’une autre autorité de tutelle), le financement des salaires et des profits pouvant être financé, ou non, différemment, l’ONC émettant directement la monnaie destinée à payer les REXi et les autres impôts, GOUVi.

Quelle que soit la méthode, ou les méthodes utilisées, le modèle fait apparaître clairement qu’un financement complet des process de production peut être entièrement opéré par une création monétaire initiale, création donnant lieu à une destruction identique à la fin des process. La question de l’investissement (et donc de l’épargne) est un faux problème, dès lors que la valeur ajoutée, autre nom du Revenu National, est « comptablement » équivalente au PIB.

La dernière question – mais elle est de taille bien sûr - est la nécessaire synchronisation et cohérence entre les possibilités d’achat (la demande ‘solvable’) et les offres (la ‘production’). Il faut que la monnaie soit disponible aux bons moments, et utilisables par les bonnes personnes, en supposant que ce sont les bons produits qui sont fabriqués pour les bons besoins.

Un modele de distribution d'un revenu de solidarite universel

Un exemple de "fiscalité solidaire" à partir d’un modèle « trisectoriel »
Dans les modèles bi et tri-sectoriels précédents (qui ne représentent qu'une simplification des tableaux de comptabilité nationale, avec des notations personnelles, AMOR pour dépréciation du capital physique, MAT pour consommation intermédiaire, SAL pour revenus salariaux, et PROF pour profits) il est facile - et essentiel - de noter que la somme des CA des secteurs de production est évidemment très supérieure au PIB (du fait des différents échanges entre secteurs au cours de ces processus).

On peut aussi remarquer que cette quasi évidence avait sans doute conduit le major Douglas (père du Crédit Social), et ce avant l’invention des Tableaux d’Entrée-Sortie de la Comptabilité Nationale, à suggérer l’utilisation d’escompte généralisé pour financer la différence entre CA et Valeur ajoutée.

La question du Dividende Social, ou du Revenu Minimum de Dignité.
Cela étant noté, ou rappelé, on peut maintenant se demander quelle est la meilleure façon de « distribuer » des moyens d’achat à des personnes non impliquées (comme salariés ou comme actionnaires) dans les process de production.

Plusieurs méthodes peuvent être envisagées, un « prélèvement » sur les prix (c’est-à-dire sur les CA), une taxe sur le capital engagé, un prélèvement sur la valeur ajoutée, ou encore un prélèvement sur les seuls bénéfices.

Reprenons notre modèle « amélioré » à partir du modèle
"AMOR SAL PROF" devenu:
"AMOR MAT SAL PROF", qui peut s’écrire :
PRODi = AMORi + MATi + SALi + PROFi, pour i variant de 1 à 3 ou, avec des données arbitraires :
PROD1 = 2100 = 700 + 400 + 750 + 250 (Secteur « biens capitaux »)
PROD2 = 1500 = 250 + 450 + 600 + 200 (Secteur « biens de consommation »)
PROD3 = 1400 = 800 + 450 + 100 + 50 (Ce « secteur 3 » virtuel correspond à la production de biens intermédiaires, la seule contrainte sur les MAT, ou les Consommations Intermédiaires, CI, du moins si on part d'un stock3 nul initialement, c'est que PROD3= MAT1&2&3)

On aurait AMOR1&2&3 = 1750, MAT1&2&3 = 1300 d’où STOCK3 = 100 (ce qui reste en "trop" de ces matériaux "consommables" non utilisés dans les process) et SAL1&2&3 + PROF1&2&3 = 1950 (une autre façon de définir la Valeur Ajoutée, ou encore le PIB)

La production “nette” comptable, après ce qui a été “consommé” dans les différents process de production, est donc PROD1 moins AMOR1&2&3 plus STOCK3 (= PROD3 - MAT1&2&3) plus PROD2, c’est-à-dire 2100 moins 1750 plus 100 plus 1500 = 1950
Dans ce premier contexte, aucun REX, ou RMD, ou Dividende social n’est disponible.

Comment donc le faire intervenir ?
Nous allons évoquer ici ce qui est le plus simple à concevoir, sinon à mettre en pratique, à savoir l’équivalent d’une CSG ou d’une TVA de solidarité, qui prendra donc l’aspect d’une Taxe sur la valeur ajoutée, c’est-à-dire sur les salaires distribués et les profits anticipés.

Dans d’autres billets consacrés depuis quelques années au Revenu Minimum de Dignité (RMD), j’avais émis l’idée que ce RMD pouvait correspondre à 25% de la valeur ajoutée, d’autres tenants du REX (Revenu d’existence) suggèrent que 15% serait « le » bon chiffre, mais peu importe ici.
Sans modifier le niveau actuel "comptable" des productions sectorielles, nous allons donc diminuer les salaires et les profits d’une certaine quantité, ce qui permettra de « financer » le REX, ou RMD, ou Dividende Social de la façon suivante :
En utilisant les données et notations précédentes, nous aurons donc :
PROD1 = 2100 = 700 + 400 + (750 + 250)*(1-tauxRMD) + (750 + 250)*tauxRMD
PROD1 = 2100 = 250 + 450 + (600 + 200)*(1-tauxRMD) + (600 + 200)*tauxRMD
PROD1 = 2100 = 800 + 450 + (100 + 50)*(1-tauxRMD) + (100 + 50)*tauxRMD
Le RMD ou le REX distribués seront donc égaux à :
(SAL1&2&3 + PROF1&2&3)*tauxRMD, soit, si nous prenons ici, pour simplifier les calculs, un tauxRMD de 20%, à 1950 fois 20%, soit 390, les salaires et les profits ayant été diminués de la même quantité.

La valeur ajoutée n'a évidemment pas été modifiée, elle reste égale à 1950 (on peut imaginer que ce sont les 1950 milliards d'euros du PIB français de 2011), mais le 1/5 de cette valeur ajoutée, ou PIB, est maintenant attribuée indépendamment d’éventuelles activités à des personnes "inactives", ou du moins non rémunérées pour cela dans les différents process de production.

Si l’on revient sur la question monétaire soulevée par les tenants du Crédit Social, les flux de production à financer deviennent simplement (avec tauxRMD = 20%) :
PROD1 = 2100 = 700 + 400 + (600 + 200) + (150 + 50) (d’où RMD1 = 200)
PROD1 = 2100 = 250 + 450 + (480 + 160) + (120 + 40) (d’où RMD2 = 160)
PROD1 = 2100 = 800 + 450 + (80 + 40) + (20 + 10) (d’où RMD3 = 30)
Dit autrement PIB est encore égal à 1950, avec (SAL+PROF) 1&2&3 = 1560 et :
DividendeSocial ou REX1&2&3 ou RMD1&2&3 = 360 = PIB*tauxRMD.

Ce Dividende Social peut être "financé" a priori, ou, ce qui est sans doute préférable, à la fin du process de production, au moment où les "moyens d'achat" doivent rencontrer l'offre de biens (et services).