Tweeter

Rechercher dans ce blog

vendredi 16 décembre 2011

Regle_dOr_Libre_Echange_Intelligent

Pour une nouvelle règle d’or : celle d’un libre échange intelligent.

La question des dettes publiques monopolise la plupart des débats économiques et politiques actuels. Et c’est sans doute à juste titre. Mais l’on parle beaucoup moins d’une question dont la portée, à la fois immédiate et à plus long terme, est sans doute plus importante encore : celle du déficit commercial accompagné, ou causé, par une délocalisation de plus en plus massive.

De fait, depuis 2003, la balance commerciale de la France n’a fait que se dégrader, pour dépasser aux dernières estimations 70 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 10 dernières années, le déficit cumulé entre les investissements français à l’étranger et les investissements étrangers en France a atteint plus de 450 milliards d’euros, soit une fuite annuelle de capitaux ‘utiles’ de 45 milliards d’euros. Combien de pertes d’emplois ont accompagné ce flux ?

En première approximation, on peut estimer dans un rapport de 3 ou 4 à 1 (estimations de M. Allais sur la proportion existant entre le capital et le revenu) la perte de revenus correspondante, et en déduire, à partir du revenu moyen d’un salarié, la perte d’emplois correspondante.

Le désastre de 10 ans d’une monnaie non adaptée au contexte international.

Les 45 milliards ‘délocalisés’ annuellement correspondraient ainsi, chaque année, à une perte d’environ 12 milliards de revenus, correspondant eux-même directement à plus de 200 000 emplois perdus chaque année, c'est-à-dire 2 millions d’emplois en 10 ans.
Douze milliards par an, c’est aussi plus d’un demi-point de croissance perdu annuellement, si l’on part d’un PIB de 1900 milliards. Bien sûr, l’accompagnement social du chômage, et diverses mesures dilatoires politiquement ont pu cacher ce désastre économique, et ramener ces 2 millions à un montant plus ‘acceptable’.
Il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut pas cacher indéfiniment sous le tapis de la démagogie et des promesses pré ou post-électorales cette perte dramatique d’emplois, industriels ou de service.

Signalons enfin que la seule période à ne pas avoir connu cette véritable descente aux enfers est la période 2002-2003, lorsque la parité de l’euro vis-à-vis du dollar était autour ou en dessous de 1.2 dollar pour un euro.

Une règle d’or de bon sens.

Il est sans doute difficile, faute d’accords internationaux, d’imaginer que l’on puisse facilement bloquer ces délocalisations, ou rééquilibrer automatiquement les échanges de biens et services entre des pays aux situations économiques, sociales, environnementales si dissemblables, même si cet équilibre ‘éthique’, de bon sens, avait été explicitement recherché par certains négociateurs – J.M. Keynes en tête – du feu système De Bretton Woods.

Nécessité faisant loi, et pragmatisme oblige, pourquoi ne pas proposer une règle toute simple, reposant sur la véritable parité que devrait avoir une monnaie par rapport à une autre, parité qui pourrait être calculée à partir d’un panier de biens et services correspondant au type de biens et services faisant l’objet des échanges les plus fréquents entre les 2 pays concernés.

Cette règle d’or traduirait donc simplement un vieux principe, un peu oublié, celui de la parité du pouvoir d’achat entre deux monnaies : si le panier chinois vaut 1000 yuans et le même panier vaut 500 euros en France, la parité devrait être de 1 euro pour 2 yuans. Voilà une règle d’or facile à comprendre, et que l’on pourrait recalculer tous les ans : des calculs analogues entre l’euro et le dollar montrerait que, pour la plupart des biens manufacturés, la parité correcte actuelle devrait être de 1.2 et non de 1.3, ou plus.

Cette règle d’or peut être utilisée de diverses façons, ou prendre divers aspects : une taxe de « libre échange », des accords entre entreprises importatrices et exportatrices pour équilibrer a priori, plutôt qu’a posteriori, importations et exportations venant d’un pays donné, ou concernant un secteur donné.
Dans le cas e la France et de l’Allemagne, on pourrait imaginer que des accords bi-latéraux reposant sur ce type de mesures pourraient permettre d’annuler très rapidement le déficit commercial de 30 milliards d’euros qui représente 40 % du déficit commercial global de la France. Entre partenaires, on ne peut demander moins …

L’éthique du libre-échange, et l’esprit de la charte de la Havane.

D’autant plus que cela serait pleinement conforme aux attendus éthiques et équitables de l’esprit de la charte de la Havane, qui a ouvert la voie à tous les accords de libre-échange dont tant de personnes, d’entreprises et d’organisations se réclament actuellement.

jeudi 15 décembre 2011

Une_Monnaie_Au_Service_Du_Bien_Commun

Pour une monnaie "100%" au service du bien commun.

Ce billet aurait aussi pu s'appeler: La crise - pourquoi tant d'aveuglement sur ses causes et ses effets, et donc ses solutions.

Cet aveuglement idéologique repose t-il sur une conception erronée du rôle exact que joue, ou devrait jouer, la monnaie ? Confondons-nous, par ignorance ou par malice, cet instrument - qui devrait être au service du bien commun, du bien public - avec le symbole tout puissant de la richesse, tels le roi Midas ? Peu importe à vrai dire. Le résultat est là.

On compare certes de plus en plus souvent la crise actuelle à la grande crise de 1929, mais sans vraiment aller au-delà d’une vague analogie reposant sur des comparaisons chiffrées portant sur la hausse du chômage et la baisse des valeurs boursières.

Tout se passe comme si les analyses qui ont été faites sur les causes profondes de la grande dépression n’avaient jamais existé.

C’est ainsi qu’à grands renforts de slogans – ou « d’éléments de langage » - slogans qui reposent le plus souvent sur la recherche de boucs émissaires dont l’identité dépend de l’idéologie du dernier ‘expert’ qui parle, on s’efforce de traiter l’un ou l’autre des symptômes d’une crise globale, systémique, et qui ne peut donc se traiter qu’en s’attaquant aux racines du mal, à savoir au système lui-même et à son fonctionnement actuel.

La crise actuelle, dont les préliminaires datent de la crise asiatique des années 1998 – dont le Japon n’est toujours pas sorti – n’est que la continuation de la crise de 2006-2008, dite des ‘sub-primes’. Celle-ci s’est révélée au grand public avec la chute de Lehman Brothers, qui a permis à son grand concurrent Goldman Sachs d’apparaître depuis lors comme faiseuse de rois, ou de premiers ministres.

M. Allais, décédé en 2010, est l’un des premiers à avoir pronostiqué, dès 1998, la crise qui allait déstabiliser l’Europe, et peut être le monde dix années plus tard, en s’appuyant pour cela sur une analyse de la crise de 1929.

Pour M. Allais, comme pour I. Fisher d’ailleurs, l’origine de la grande dépression commencée en septembre-octobre 1929 aux Etats Unis –et qui s’est terminée comme on le sait, par les horreurs de la deuxième guerre mondiale - représente la meilleure, ou pire, illustration que l’on puisse donner des effets nocifs d’un mécanisme incontrôlé et intrinsèquement pervers du crédit reposant sur:

1. la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit,
2. le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme,
3. le développement d’un endettement gigantesque,
4. une spéculation massive sur les actions et les monnaies,
5. un système financier et monétaire fondamentalement instable.

En rappelant que cette crise de 1929 a vu le PIB américain diminuer en 4 ans de 29%, faut-il s’étonner de la comparaison ainsi faite entre deux crises distantes de près d’un siècle, alors même que le financier G. Soros, bien vivant lui – et spéculateur à ses heures- a pu écrire, dès 2007: « le système financier international tout entier repose sur des bases erronées » ?

Faut-il donc s’étonner que la Grèce ait déjà vu une diminution de son PIB de plus de 10% en 2 ans, que l’Espagne compte près de 20% de chômeurs, et que la récession est annoncée pour l’ensemble de la zone euro par la plupart des prévisionnistes ?

Est-ce dire qu’il n’y a rien à faire, et qu’on ne peut que tenter d’atténuer les effets désastreux de cette crise par un accompagnement social, quand ce n’est pas uniquement par de simples vœux pieux à connotation fortement électoraliste?

Oui, si l’on refuse de tirer les leçons du passé en s’attaquant aux fondements même du système, tout en répétant à l’envi « il faut sauver l’euro, il faut sauver l’euro », en fermant les yeux devant les conséquences inéluctables, économiques, sociales et politiques, d’un tel aveuglement. Dans ce cadre là, il n’y a effectivement pas grand-chose à espérer pour la grande majorité des peuples et des nations qui composent la zone euro ou l’Union européenne actuelle.

Il y a pourtant une autre solution, celle que Fisher et Allais, encore eux, ont proposée, l’un depuis près d’un siècle, l’autre depuis des décennies. Cette solution, défendue par une poignée d’économistes plus ou moins hétérodoxes et de toute sensibilité politique (la fameuse union nationale dont on parle tant) revient à trois propositions qui changeraient de fond en comble le fonctionnement du système banco-financier, et qui se résument à une seule, la nationalisation de la monnaie, mais pas des banques :
1. Les actuelles banques de dépôts deviendraient de simples Sociétés de Services Monétaires (S.S.M) assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, la garde et la gestion des moyens de paiement de leurs clients, et les comptes de ces derniers ne pouvant comporter aucun découvert ;
2. Des Sociétés d’Epargne et de Financement (S.E.F), ou « banques de prêts » emprunteraient et prêteraient ces fonds, la « vraie épargne », le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés.
3. Des Sociétés ou Banques de Marchés et d’Investissement (B.M.I ou S.M.I) chargées de mettre en place des solutions de financement direct et de vendre, structurer et gérer des instruments financiers.

Une monnaie « 100 pour cent au service du bien commun ».

Cette triple proposition – parfois connue sous le nom de « 100% monnaie centrale » (qu’il faudrait mieux traduire par une monnaie 100% au service du bien commun) aurait pour conséquence de redonner une souveraineté monétaire pleine et entière à la nation, ou au groupe de nations, qui déciderait de l’appliquer.

Des calculs ont été faits à ce sujet pour l’Europe et pour la France.

Dans ce dernier cas, il a été calculé que, sans la moindre modification de la masse monétaire actuellement en circulation (que ‘on se réfère aux agrégats M1, M2, voire M3), les mécanismes en jeu dans la transition entre le système financier actuel et celui du « 100% » pourraient conduire à une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalent aux obligations d'état détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme.

Cette neutralisation correspondrait ‘simplement’ – si l’on peut dire - à la remontée progressive des obligations publiques françaises à l’actif de la banque centrale, les intérêts éventuels restant à courir apparaissant alors comme des rentrées supplémentaires pour le Trésor Public, et non comme une dépense supplémentaire.

Cela éviterait de ce fait de continuer les opérations de cavalerie actuelle, consistant à ce que la Banque Centrale rachète sur le marché secondaire, le marché d’occasion, des obligations publiques, tout en permettant aux banques secondaires, elles, d’acheter directement, au prix du neuf, de nouvelles obligations publiques permettant de rembourser de vieilles obligations venant à échéance.

Alors oui, nous pouvons sortir par le haut de la crise actuelle, mais cela ne peut se faire qu’en modifiant complètement la façon de gérer notre système monétaire, en interdisant dorénavant aux banques de second rang, qu’elles s’appellent SG, UBS, CA, BNP ou autres de « battre monnaie ». On comprend pourquoi certains de leurs experts voient cela d’un très mauvais œil.

mardi 13 décembre 2011

Euro&Ideologie

La sortie de l’euro : quand l’idéologie remplace l’argumentation.

La 'science économique' n’est vraiment pas une science exacte. Ceux qui n’en seraient pas encore convaincus n’auraient qu’à lire le journal Les Echos de ce jour, et l’article consacré à une éventuelle sortie de l’euro. Dans cet article, la journaliste - Lucie ROBEQUAIN - dit s’appuyer sur un modèle économétrique – et ses jolis graphiques - pour « prouver » que si la France sortait de l’euro, ce serait la catastrophe.

Où l’on fait dire à un modèle ce qu’on veut lui faire dire.

Ayant enseigné pendant plus de 30 ans la modélisation à HEC, j’ai toujours tenté de faire comprendre deux choses à mes étudiants. Tout d’abord que le modèle n’était pas la réalité, et que la « carte n’était pas le territoire ». Ensuite que les conditions d’application du dit modèle devraient être respectées. En d’autres termes, qu’il ne fallait pas demander à un modèle, construit pour répondre à certains objectifs (la carte du métro de Paris ne nous dit pas grand-chose sur les films qu’on joue dans cette ville), plus qu’il ne pouvait donner.

Le modèle, utilisé par l’Institut Montaigne – joli nom au demeurant – ne répond à aucune de ces deux conditions de bon sens. Il est pourtant dit que ce type de modèle ne devrait être utilisé que pour de petites fluctuations monétaires – ce qui ne serait pas le cas si le franc était prétendument dévalorisé de 20% par rapport à sa valeur actuelle – et que son degré de validité (comme on dit pour la meteo) n’est que de 1 sur 5. Et, plus fort encore, si l’on peut dire, ce modèle – dont la cohérence externe est donc tout à fait discutable – ‘prédirait’ une baisse du PIB allant de 6 à 19%. Bonjour la précision.

Bien entendu la rédactrice de l’article, qui pense sans doute avoir commis un brulot contre ceux, assez peu nombreux encore mais dont le nombre va grandissant, qui contestent que la sortie de l’Euro serait une catastrophe pour la France, pour l’Europe, voire pour le monde entier, ne retient que l’estimation haute de la fourchette : 19% de baisse pour le PIB, et un million d’emplois perdus.

L’idéologie comme argumentaire principal.

Mais laissons tomber là les modèles dont l’on sait, depuis l’affaire des subprimes et de la titrisation d’actifs ‘pourris’, qu’ils ne sont souvent élaborés que pour paraître justifier les résultats que l’on veut obtenir, et abordons les deux autres points de l’article, encore plus clairement ‘manipulatoires’.

Le postulat de base de la journaliste des Echos serait que le franc2012 serait dévalué de 20%. Même si cette estimation est plausible par rapport à l’euro-mark (que l’Allemagne reste dans l’euro, ou en sorte, d’où l’expression ‘euro-mark’), ce n’est sûrement pas le cas vis-à-vis de l’euro-lire ou l’euro-peseta, puisque, au niveau des valeurs intrinsèques des différentes monnaies nationales, la plupart des experts s’entendent sur l’échelle minimaliste suivante proposée par la banque d’affaires Nomura, échelle qui correspond à leur puissance et compétitivité économique respectives :
drachme :0.47, peseta :0.71, lire :0.86, franc :1.0 mark : 1.13. Le « 20% » énoncé par L. Robequain n’a donc aucune réalité économique, même par rapport à l’Allemagne.

Il est donc difficile d’accepter, là encore, les chiffres extravagants qui semblent arranger Lucie Robequain , en particulier quand on en vient à la question des dettes publiques, passées en moins de 5 ans de 1200 à 1700 milliards.

Notre experte des Echos prétend qu’une dévaluation de 20% du franc par rapport à l’euro augmenterait cette dette d’autant. Ceci est manifestement faux, puisque si la parité initiale retenue pour le franc2012 vis-à-vis de l’euro est de 1 – ce qui correspondrait, nous l’avons dit, à sa parité ‘normale’ relativement au panier des autres monnaies constitutives de l’euro actuel – il n’y aurait aucun changement au moment du passage à l’euro.

Non, les dettes publiques n’augmenteraient pas du seul fait qu’elles seraient exprimées en franc, bien au contraire.

Ce ne serait que si, par la suite, la dévaluation postulée par L. Robequain s’avérait exacte que cela impacterait le niveau des dettes publiques, mais pas dans le sens annoncé. De fait, pour les détenteurs de la dette publique française, résidant en France, cela ne changerait évidemment rien, puisque nous sommes dans l’hypothèse que le franc2012 serait notre nouvelle monnaie nationale, et que l’euro n’aurait une valeur que sur les marchés extérieurs.

Par contre, pour les détenteurs non résidents de cette dette, cela constituerait une perte, qui n’aurait aucune conséquence sur le niveau des dettes publiques françaises, exprimées en francs2012.

Un dernier point, qui paraît plus sérieux celui là, porte sur les intérêts que les marchés financiers imposeraient à la France pour la ‘punir’ d’avoir ainsi osé quitter la zone euro, avant même qu’elle ne se désagrège toute seule.

Il est clair que la France n’aura pas, à elle seule, le pouvoir d’influencer les marchés – même si l’on peut se demander si la zone Euro a encore le moindre pouvoir en ce domaine. Le plus sûr moyen pour la France d’échapper à cet éventuel diktat extérieur serait … de pouvoir se passer d’y avoir recours. Ceci est évidemment possible, à la condition que le déficit commercial de la France – qui ne s’est véritablement creusé que depuis la naissance de l’euro, faut-il le rappeler – ne soit fortement réduite.

Mais cela est justement attendu de plusieurs mesures, en sus ou à côté de l’éventuelle dévaluation postulée par notre journaliste experte, mesures qui constituent ce que le regretté Maurice Allais appelait du protectionnisme intelligent et raisonné : il aurait pu se faire au niveau de l’Europe, il peut se faire au niveau de la France. Sans déficit commercial, l’influence, bonne ou mauvaise, des marchés financiers sur la politique économique et monétaire de la France serait très fortement diminuée, voire annihilée, et la question des taux d’intérêt aurait perdu une bonne partie de son importance, surtout si la France retrouve tout ou partie de la souveraineté monétaire qu’elle a perdue depuis 1973.

Raisonnons par l’absurde, et comparons.

Allons cependant encore plus loin, et supposons que les conclusions de L.Robequain soient partiellement vraies : nous allons prendre des chiffres intermédiaires, 12% de diminution de PIB, 500 000 emplois perdus, même si je n’y crois absolument pas, ces ‘conclusions’ me paraissant beaucoup plus idéologiques, voire dogmatiques, que scientifiques. Et demandons-nous ce que les plans de rigueur et d’austérité – dont nous n’avons pour le moment subi que les premiers effets – amèneront comme conséquences pour la France.

500 000 emplois perdus, c’est déjà moins que ce qui ont disparu les cinq dernières années, et il est à craindre que le fait de rester 5 ans de plus dans la zone euro n’ait des conséquences plus graves encore. Il suffit de regarder ce qui s’est produit pour la Grèce (moins 10% en 2 ans, et ce n’est pas fini). La croissance prévue en France a déjà été rajustée à la baisse de plusieurs points, et, là encore, ce n’est sûrement pas fini, du moins si l’on continue à élaborer notre politique économique à la seule aune de ce que semblent penser les marchés financiers et leurs armes de destruction sociale massive, les fameuses agences de notations. Alors, vaut-il mieux ne rien faire, tel un mouton que l’on conduit à l’abattoir, ou tenter une sortie ?

A chacun de choisir, mais aucun argument scientifique ne permet d’affirmer que sortir – à temps de l’euro – est plus dangereux que d’y rester, bien au contraire, même si la pensée dominante, sinon unique, nous l’affirme. Idéologie, quand tu nous tiens …

jeudi 8 décembre 2011

Le_Double_Et_Triste_Jeu_Derriere_Les_Dettes_Souveraines

Souveraineté des états et dettes souveraines : pourquoi veut-on faire croire qu’on peut et qu’on va rembourser les dettes publiques ?

Les dettes publiques des 3 plus grandes puissances à la base du vénérable et historique marché commun varient entre 85 et 120% de leur PIB. Si on ajoute aux dettes publiques les dettes privées, et si l’on se limite au cas de la France, on arrive, selon les estimations, à 3 ou 4 fois (300 ou 400%) le PIB.

En supposant que l’encours des dettes publiques a une maturité moyenne de 6 ans (on empruntera à 10 ans en 20122 pour rembourser les emprunts faits en 2003), pour une maturité standard de 10 ans, et que l’encours des dettes privées (entreprises et ménages) une maturité moyenne de 10 ans (les prêts au logement ayant une durée pouvant atteindre 25 ans) on arrive ainsi, très grossièrement, à une nécessité de rembourser chaque année environ 40% du PIB, 280 milliards (16% du PIB) pour la dette publique, 400 milliards (24%) pour les dettes privées.

D’autres calculs indépendants estiment entre 35 et 40% la valeur des frais financiers intégrés aux prix de production des biens et services produits en France, ce qui est cohérent avec notre propre estimation.

Le défaut des débiteurs, public ou privé, est donc inscrit dans les faits.

Laisser croire que l’on peut rembourser, que l’on va rembourser, c’est dire que l’on peut et que l’on va amputer la richesse réelle des français de 40% pour rembourser les créanciers, que ces derniers soient des nationaux ou des étrangers.

Nul besoin d’être un grand expert, auto-proclamé ou non, pour dire que c’est impossible : le simple bon sens nous le dit. Par ailleurs, même si on le pouvait ‘physiquement’ – en travaillant donc à 40% pour les seuls créanciers – ce serait impossible du seul point de vue monétaire. De fait, étant donné que la monnaie que l’on utilise en France est l’euro, et que l’euro a été créé en contrepartie de ces dettes, le remboursement annuel, très éventuel des 680 milliards dus en 2012 contribuerait à diminuer la masse monétaire d’une quantité égale (supérieure à toutes les liquidités disponibles, telles qu’elles sont recensées dans l’agrégat monétaire M1). Rappelons que l’agrégat monétaire M3, qui recense la monnaie, mais aussi l’épargne liquide et semi-liquide est de l’ordre de 1750 milliards d’euros.

Les créanciers se payent sur … les intérêts.

Ainsi, à la fois d’un point de vue purement monétaire et d’un point de vue purement économique, de tels remboursements sont impossibles. La seule chose que peuvent réellement attendre les créanciers de leurs débiteurs, c’est le paiement des intérêts. D’où le jeu ‘vicieux’ que jouent actuellement les agences de notation, complices conscients ou non des marchés financiers. Si le principal de la dette n’est pas remboursable, autant se payer sur les intérêts…

Une opération de cavalerie connue et admise de tous … jusqu’à maintenant.

Ce n’est évidemment pas une découverte que l’Etat français, comme la plupart des Etats européens, rembourse ses dettes par de nouvelles dettes, en empruntant en 2011 à 10 ans pour rembourser ses dettes de 2002, en 2012 pour ses dettes de 2003, etc. Cette opération de cavalerie dure depuis des décennies, mais s’est compliquée du fait qu’en sus du principal, il lui faut rembourser les intérêts, qui vont croissants avec une dette croissante, un des à-côtés - scandaleux pour certains, normal pour d’autres - de la loi Pompidou-Giscard de 1973 : 1400 milliards d’intérêts, sur les 1700 milliards de la dette actuelle de la France.

Mais pourquoi tant de bruit et de fureur maintenant ?

Que les banquiers, principaux bénéficiaires de la loi susdite et donc des obligations publiques, s’enrichissent, après tout, qui peut leur reprocher? Quand l’économie va à peu près bien, ils s’enrichissent plus vite que les autres, c’est tout. Mais quand l’économie réelle stagne, et qu’éclate la crise des subprimes, cet enrichissement sans cause, ces « faux droits » suivant l’expression de M. Allais, cela devient plus problématique. Et ce d’autant plus qu’avec la crise des subprimes les banques sont venues demander aux états de les aider, en remettant en valeur le slogan, privatisation des profits, collectivisation des dettes.

Il est donc de bon ton d’essayer de trouver des boucs émissaires, pour les marchés financiers, comme pour les banques, et même pour les gouvernements en place. Le bouc émissaire, c’est toujours l’autre, bien sûr, et, dans le cas présent, le cas des dettes ‘souveraines’, l’autre est tout trouvé « ce sont les dépenses somptuaires de l’état », nous vivrions au dessus de nos moyens.
Il faudra cependant expliquer au contribuable et à l’électeur comment, avec du chômage et des capacités de production inutilisées, la France peut vivre au dessus de ses moyens. Il faudra aussi expliquer comment il peut être normal que 40% de la richesse d’un pays soit aux mains d’un secteur ‘improductif’, le secteur banco-financier, dont la tâche principale devrait être de gérer des moyens de paiement adaptés à l’économie réelle, celle des biens et services tangibles, non de spéculer sur des dérivés de dérivés de produits financiers.

Serait-ce pour faire oublier que la zone euro repose sur une construction artificielle, l’euro, qui ne peut s’avérer viable vu l’hétérogénéité économique et sociale de la zone concernée ? Serait-ce pour faire oublier que l’Europe a existé avant l’euro et l’explosion des marchés financiers, et qu’elle peut très bien survivre à sa disparition ?

mardi 6 décembre 2011

MonnaieUniqueCommune_Kesaco

Monnaie unique, monnaie commune, monnaie nationale : de quoi parle t-on ?

Q. Pourquoi tous ces nouveaux mots ? Que veut-on dire par là ?

En soi, toute monnaie qui est utilisée dans une zone géographique donnée, et qui est validée comme moyen de paiement exclusif, est une monnaie ‘unique’. Le dollar, aux USA, est une monnaie unique, le franc suisse, en … Suisse, est une monnaie unique. L’euro est, pour le moment, une monnaie unique dans la zone euro.

Q. Pourquoi parle t-on alors d’une monnaie qui ne serait pas unique ?

Tout simplement parce que l’euro est une création artificielle, que les ‘prescripteurs’ ont voulu imposer à des pays qui n’étaient pas prêts, ni économiquement, ni socialement, ni politiquement, à la recevoir.
C’est un peu comme si les USA avaient voulu imposer – c’est d’ailleurs ce qu’ils ont tenté de faire – imposer donc le dollar à l’ensemble du continent nord-américain, voire à l’ensemble des deux Amériques, et, encore plus loin, à l’ensemble du monde.

Q. Et quand est-il d’une monnaie commune ?

Il y a plusieurs définitions ou conceptions possibles d’une « monnaie commune ». Mais ce qui est important à savoir, c’est que la première propriété d’une monnaie commune, c’est que … ce n’est pas une monnaie, au sens où elle ne peut être utilisée directement pour des paiements.

Une « monnaie commune »- qui n’est donc pas une monnaie- est une unité de compte, qui va permettre de comparer entre eux diverses monnaies nationales. C’était le cas anciennement pour l’ECU (European Currency Unit), qui permettait de comparer entre elles les valeurs du franc1998, de la peseta1998, du mark1998, etc.

Q. Si je comprends bien, une monnaie commune européenne permettrait de relier entre elles différentes monnaies nationales européennes, afin de permettre plus facilement des échanges internationaux dans la zone concernée.

C’est tout à fait cela. L’étendue de cette zone, et donc de la validité géographique de cette nouvelle zone monétaire, dépendra évidemment du nombre et de la superficie des pays qui voudront, ou devront, sortir de la zone euro actuelle, zone artificielle pour laquelle on a voulu forcer le passage d’une « unité de compte » - l’ECU ancien – à une monnaie (unique) l’euro2002.

Q. Mais comment comparer la valeur des monnaies nationales à la valeur actuelle de l’euro ?

Si la zone euro éclate, je ne sais pas si l’on pourra encore vraiment parler de la valeur de l’euro.

Mais, au niveau du pouvoir d’achat, c'est ce qui intéresse le plus les différentes populations concernées, c’est très facile de répondre : le terme savant pour cela est la ‘parité’, la parité d’une monnaie par rapport à une autre.

La valeur d’une monnaie n’existe pas dans l’absolu, elle est toujours relative, relative dans le temps – comment va-t-elle évoluer – relative dans l’espace – que vaut-elle par rapport à une autre monnaie – relative en tant que pouvoir d’achat ? Combien de sandwiches, de baguettes, de bonbons, de CD vais-je pouvoir acheter avec une somme donnée, maintenant et plus tard ?

Q. Plus précisément, comment cela pourrait-il se passer dans le cas du franc ?

Si l’on compare la puissance économique relative des pays tels que l’Espagne, l’Italie, la France ou l’Allemagne, on pourrait imaginer, en donnant la valeur 1 à un franc2012 – à un franc « libéré » (de la tutelle de l’euro)- l’échelle suivante :
1.2 pour le mark, 1 pour le franc2012, 0.9 pour la lire2012, 0.8 pour la peseta 2012.

Q. Ce qui veut dire ?

Cela veut dire que la valeur relative du franc2012 ne changerait pas vraiment par rapport au « panier pondéré » des diverses monnaies nationales, mais que le mark est sous-évalué par rapport à sa vraie valeur – ce qui explique que l’Allemagne ne veut surtout pas sortir de l’Euro, si, du moins, elle n’est pas obligée de payer pour les dettes des autres. Cela signifie aussi que la peseta et la lire sont sur-évaluées.
Le prix de la baguette, exprimée en euro ou en franc2012 ne devrait donc pas changer, il devrait diminuer de 20% pour l’Allemagne, augmenter un peu en Italie et en Espagne, à conditions de production constantes.

Q. Et pour les loyers, ou d’autres dépenses plus importantes ?


Là encore, un loyer de 600 euros correspondrait à un loyer de 600 franc2012, une voiture de 10000 euros serait achetée à 10000franc2012, une dette de 100 000 euros correspondrait à une dette de 100 000franc2012.

Q. Alors, pourquoi tout ce raffut autour des propositions de Marine sur la monnaie?

Certains ont intérêt au statu quo, bien sûr. Mais d’un point de vue purement national, et sans doute même européen, nous avons tout intérêt à redevenir maitre de notre monnaie, condition nécessaire à la reprise en mains de notre avenir industriel, et donc social et politique.

mercredi 30 novembre 2011

ArgentDette_NosDettes_NosBanques

L’argent-dette des banques... Peut-on changer le rôle de nos banques

Q. Quel est vraiment le rôle actuel des banques dans la création de monnaie ?

Supposons que vous vouliez emprunter dix mille euros à votre banque. Celle-ci va vous avancer cet argent, vous « prêter » cet argent, en écrivant ce montant de 10 000€ sur votre compte courant, votre DAV (dépôt à vue), en contrepartie de la reconnaissance de dettes que vous lui signerez. En fait elle vous prête de l’argent maintenant, contre votre promesse de remboursement « plus tard ».

Q. Mais d’où sort cet argent ?


Votre banque, comme toute autre banque commerciale, dite à tort de dépôts, crée cet argent, à partir de rien, car elle anticipe que vous pourrez la rembourser, avec des intérêts bien sûr…

On peut dire, d’une certaine façon, que cette pratique correspond à une avance de trésorerie, que tout entrepreneur, commerçant ou artisan connaît bien. La banque ‘escompte’ – dans tous les sens du terme – que vous lui rembourserez ce prêt.

Q. Mais y a-t-il une limite à cette création monétaire ? Et quels sont les risques éventuels pris par la banque ?

Une banque doit avoir au moins, en monnaie centrale garantie par la banque centrale (Banque de France ou BCE), 2% de réserves ‘gelées’ à la banque centrale. Par ailleurs, elle est censée avoir en fonds ou capitaux propres, un certain pourcentage de son passif.

Deux risques peuvent se produire : tout d’abord un risque de liquidité, ou plutôt d’illiquidité, si chacun veut convertir en billets, en « argent liquide », le montant total de ses dépôts à vue.

Ce risque est lié au fait que l’on vous prête immédiatement de l’argent, que vous ne rembourserez que plus tard, voire beaucoup plus tard. Tant que vous vous contentez de faire des chèques (monnaie scripturale), qui circulent donc de compte en compte, d’une banque à une autre, il n’y a évidemment aucun problème, sauf entre les banques elles-mêmes, si certaines banques prêtent relativement plus que d’autres.

Mais si vous utilisez ‘trop’ de billets relativement à cette monnaie scripturale, votre banque va devoir se réapprovisionner auprès de la banque centrale, seule capable d’émettre des billets et de les mettre en circulation. Pour cela, elle va s’endetter elle aussi auprès de la banque centrale, en déposant en garantie soit ses propres obligations, ses propres « reconnaissances » de dettes, soit des garanties venant de ses propres clients.

Q. Et si la banque centrale refuse cette création monétaire ?

Votre banque va essayer de trouver ces liquidités auprès d‘une banque concurrente – marché interbancaire – ou sur le marché monétaire. Mais ce risque d’illiquidité est beaucoup moins grave, même s’il peut être ennuyeux, que le risque d’insolvabilité, qui, comme pour une entreprise normale, correspond au fait que trop de clients de la banque se trouvent dans l’impossibilité de rembourser leurs prêts.

Si une banque a prêté 100 milliards d’euros – dont éventuellement en achetant pour 10 milliards d’euros de dettes publiques (donc en ayant prêté 10 milliards à un état) – avec seulement 6 milliards de fonds propres, et si le 1/5 de ces prêts, soit 20 milliards, se retrouvent avec une valeur diminuée de moitié, la banque va devoir encaisser sur son bilan cette différence de valorisation de 10 milliards, et passer d’une situation nette de 6 milliards de fonds propres à une situation d’une perte nette de 4 milliards, donc en situation de faillite.

Q. Mais y a-t-il une solution, pour éviter ce scénario catastrophe ?

Oui, et de nombreux économistes, parmi les plus prestigieux, dont plusieurs prix Nobel, ont soutenu que la seule solution serait de revenir à une seule banque émettrice, cette banque ayant seule le privilège – à encadrer soigneusement – de créer de la monnaie. Cette seule banque émettrice serait la banque centrale de la zone monétaire considérée, la BCE si la zone s’étend à l’Europe des 27, ou des 17, la Banque de France si, pour diverses raisons, la zone monétaire considérée se réduit à la France. Les banques commerciales actuelles n’auraient plus comme fonction que celle de gérer au mieux l’argent déjà existant, que cet argent soit utilisé comme moyen de paiement ou placée en épargne.

Q. Et ce n’est pas déjà le cas ?

Hélas non. Près de 90% de l’argent actuellement en circulation est de l’argent qui a été émis – contre reconnaissances de dettes prenant diverses formes – par les banques commerciales. Avec cette banque unique d’émission, 100% de la monnaie devenant centrale, au lieu de moins de 10% actuels , le risque d’illiquidité n’existerait évidemment plus. Le risque d’insolvabilité, lui, serait diminué très fortement, et, de plus, n’aurait pas comme conséquence potentielle d’entraîner le système bancaire tout entier dans sa chute.

Q. Mais si c’est tellement efficace, pourquoi cela n’a-t-il jamais été expérimenté ?

Il est clair que ce sera moins rentable, mais beaucoup plus sûr, pour les banques commerciales, qui perdront ainsi de nombreuses possibilités de spéculer.

Par ailleurs, jusqu’à maintenant, de nombreuses banques se croyaient « trop grosses pour tomber » (too big to fall). Ainsi l’actif de la BNP est du même ordre de grandeur que le PIB de la France, les 2 plus grandes banques suisses ont un bilan global supérieur à 7 fois le PIB suisse. Mais l’exemple de Lehman Brothers et de Dexia va sûrement les inciter à réfléchir. Et la situation économique actuelle, avec des obligations souveraines (les dettes publiques) qui ont perdu entre le 1/3 et les 2/3 de leurs valeurs, va évidemment dans le sens d’une reprise en mains totale du système bancaire et financier.

lundi 28 novembre 2011

MonnaieCommune_MonnaieUnique

De la monnaie unique à la monnaie commune …

On parle de plus en plus de la faillite de l’euro, monnaie unique de la zone euro et de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que le sauvetage de cette monnaie unique va coûter de plus en plus cher, sans pour autant garantir sa survie.

L’économiste Saint Etienne déclarait, il y a quelques mois, que l’obstination des gouvernants de la zone euro – et de ce que M. Allais appelait « l’organisation de Bruxelles » - à « sauver l’euro allait continuer jusqu’à la mort … du dernier grec. Il est à craindre que cette obstination à « sauver l’euro » aille encore plus loin, et que cela risque d’être sinon la mort, du moins un coup très dur porté aux principales économies « latines » de la zone euro, en commençant par l’Espagne, l’Italie, et peut être même la France.

Les causes de ces turbulences – pour ne pas dire la faillite annoncée – de la zone euro sont multiples, même si la cause la plus souvent citée concerne la question des dettes publiques « himalayennes », qui concernent d’ailleurs l’ensemble des pays de la zone euro, quoique à des degrés divers. Pour l’instant, le seul remède proposé à la montée inexorable de ces dettes « souveraines » se ramène à un slogan, ou « élément de langage », dont la stupidité n’échappera à personne, à l’exception de certains économistes patentés : « produire moins pour rembourser plus ».

Produire moins pour rembourser plus

Bien sûr, ce n’est pas tout à fait ainsi que nos grands ‘argentiers’ présentent la question du remboursement des dettes publiques. On va plutôt déclarer « il ne faut pas vivre au dessus de ses moyens », ou encore « il faut consommer moins, pour épargner davantage ».

Mais il suffit de regarder les chiffres. Depuis 2 ans, la Grèce a continué à s’endetter, alors même que son PIB, qui mesure, certes imparfaitement, sa production de richesses, a diminué de 5% : produire moins n’a même pas suffi à rembourser plus – ce que toute personne douée du plus élémentaire bon sens comprend aisément. Et c’est pourtant sur cette (mauvaise) fable que reposent tous les plans de rigueur et d’austérité qu’on essaye de nous vendre depuis quelques mois.

En fait, la véritable cause – en sus de la question des dettes publiques - de cette faillite annoncée, non pas de l’euro – ce serait un moindre mal – mais de la majorité des pays de la zone euro, c’est le déficit commercial, lui aussi himalayen, de cette majorité de pays, pourtant fort différents entre eux.
Leur caractéristique commune est simple à définir : c’est leur monnaie, monnaie unique qui empêche tout ajustement de leur compétitivité relative vis-à-vis de pays comme l’Allemagne, en interne, et comme la Chine, en externe.

Si l’on voulait vraiment sauver l’euro, il n’y aurait donc que deux solutions. Exiger que l’euro subsiste en tant que monnaie unique, cela voudrait dire que les pays en excédent commercial permanent soit financent gracieusement les déficits des pays durablement importateurs nets (30 milliards de déficit de la France vis-à-vis de l’Allemagne) soit décident de limiter leurs exportations et d’augmenter leurs importations pour rééquilibrer le commerce international intra-européen – un peu à la façon des attendus de la Charte de la Havane. Solution bien utopique, on en conviendra.

La deuxième solution consiste à abandonner l’euro, au moins en tant que monnaie unique, et de revenir à des monnaies nationales, l’euro – que l’on garde sa dénomination actuelle ou qu’on le remplace par l’ECU – n’ayant plus qu’un double rôle, celui de monnaie de compte et celui de monnaie internationale, c'est-à-dire de monnaie réservée aux paiements internationaux. Voilà ce que pourrait être une nouvelle monnaie européenne, une monnaie commune. Les monnaies nationales, qui auraient toutes une parité fixe – ajustable à certaines échéances ou en fonction de certaines données macro-économiques clairement définies – seraient les seules à être utilisées dans leurs espaces nationaux respectifs.

La monnaie commune, Ecu ou euro, serait émise par une nouvelle Banque Centrale, pour l’ensemble des pays ayant décidé d’agir internationalement en commun, tout en conservant leur souveraineté monétaire propre. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra renforcer la solidarité et la coopération entre pays européens, et donner ainsi tout son sens à la locution « monnaie commune », le choix initial des diverses parités nationales prenant en compte la puissance économique relative de chacun des pays désireux d’entrer dans cette nouvelle ère de coopération, plus transparente et donc plus démocratique.

L’euro ou l’écu monnaie commune : oui. L’euro, monnaie unique, qui réclamerait de s’aligner sur les conditions sociales des moins-disant, un peu comme ce que Angela Merkel semble proposer à Nicolas Sarkozy et à l’ex-banquier Monti, non …

mercredi 23 novembre 2011

Vraie_et_fausse_monnaie

Vraie et fausse monnaie : de quoi parle t-on vraiment ?

Q. On parle beaucoup en ce moment de la valeur de la monnaie, et en particulier de celle de l’euro. Peut-on comparer des monnaies différentes, et y a-t-il des monnaies plus ‘fiables’, plus ‘vraies’ que d’autres ?

Humm, questions délicates. Je vais commencer par répondre à une question que vous ne m’avez pas posée explicitement, en parlant d’abord de ce que l’on pourrait donner comme exemple de ‘fausse’ monnaie.

Q. Je vous en prie…

Chacun comprendra que si je sors un billet de Monopoly de ma poche, et que j’essaye d’acheter un CD ou un bouquet de fleurs avec, il sera refusé.

Q. Certes, mais ce n’est pas vraiment de la monnaie. Tout le monde c’est bien que ce billet n’a aucune valeur … Sauf dans le contexte bien particulier du jeu de Monopoly.

Vous avez raison. On ne peut qualifier ce billet de Monopoly de « fausse monnaie », au moins dans la vie normale, puisque chacun sait qu’il ne vaut rien. Mais supposons maintenant que j’ai réussi à fabriquer un billet qui ressemble à un ‘vrai’ billet de 50 euros, et que j’essaye de m’en servir pour acheter des fleurs à la fleuriste de mon village….

Q. Elle l’acceptera peut être, si elle a mauvaise vue, ou si elle a confiance en vous…

Là encore, vous avez raison. Supposons donc que ce « faux billet » soit fabriqué par un faussaire spécialement habile, et qu’il soit presque impossible de voir la différence avec un ‘vrai’ billet. Ma fleuriste, ou tout autre commerçant, n’aura aucune raison de le refuser, et ce d’autant moins qu’elle a confiance en celui qui lui remet le billet.

Q. Voilà donc une première caractéristique de la monnaie, la confiance que l’on peut avoir en sa valeur, en son utilité.

Mais cela ne nous dit encore rien sur sa valeur intrinsèque.

Q. A savoir ?

Que vais-je pouvoir acheter avec … Quel est le pouvoir d’achat de ce billet de 50 euros… Voilà ce qui compte pour chacun d’entre nous. Cela, et, bien sûr, le nombre de billets que l’on a en sa possession.

Q. Mais qu’est ce qui détermine cette valeur ? En effet, ce que je peux acheter en novembre 2011 avec 50 euros est différent de ce que je pourrais acheter dans un an avec cette même somme, différent aussi de ce que je pouvais acheter en novembre 2010…

En fait, ‘normalement’, la valeur d’une monnaie, son pouvoir d’achat, ‘devrait’ correspondre à, être en adéquation avec, les capacités de production nationale qui fondent la véritable richesse d’une nation.

Q. Je ne suis pas sûr de comprendre …

Si les conditions de fabrication d’une voiture ne changent pas d’une année sur l’autre, cette même voiture devrait coûter toujours le même prix. Mais s’il faut moins de temps – meilleure organisation du travail, ou machines plus efficaces – pour fabriquer cette voiture, son coût devrait diminuer.

Q. Vous parlez de temps de travail. Que faites vous du fait que l’on paye ces heures de travail en monnaie, qu’il faut rajouter au coût du travail des taxes diverses, le coût des matières premières, l’usure des machines, les éventuels incidents dans la chaîne de fabrication ?


C’est bien pour cela que la valeur d’une monnaie dépend du contexte économique dans lequel cette monnaie est émise, et circule de mains en mains ou , plous souvent, de compte en compte, puisque 95% des échanges utilisent comme moyens de paiement de simples transferts ou jeux d’écriture, pas de ‘vrais’ billets.

Q. Voulez vous dire par là que le « vrai argent », la vraie monnaie, ce serait uniquement les billets, et que la monnaie ‘bancaire’, la monnaie ‘scripturale’, cela n’en serait pas ?

Pas du tout. Ce que je dis simplement, c’est que la valeur d’une monnaie, nationale ou internationale, est, ou devrait être, reliée aux capacités de production de la nation ou de la zone géographique dans laquelle elle circule, à la vraie richesse en somme. C’est vrai pour les billets comme pour la monnaie scripturale.

Q. Et ce n’est pas le cas ?

Non, ce n’est vrai ni pour le dollar, qui a été émis en quantités bien plus importantes que ce que l’économie réelle des USA aurait exigé. C’est faux aussi pour l’Euro, dont les quantités émises, soit en billets, soit sous forme de monnaie bancaire, ont connu depuis 2002 une croissance bien plus importante que celle du PIB de la zone euro, même en tenant compte de l’inflation.

Q. Croissance qui ne respecte pas non plus la diversité de la croissance économique et des capacités exportatrices de ses divers constituants …

Tout à fait, d’où les problèmes actuels de la zone euro, et de l’Euro monnaie unique, alors que la monnaie commune que représentait l’Ecu aurait pu, et du, être conservée en tant que monnaie de compte permettant les échanges internationaux intérieurs et extérieurs à Union Européenne. Mais revenons à la question de la valeur d’une monnaie, que ce soit l’euro ou autre.

Q. J’ai compris que cette valeur est fonction de la richesse, de la capacité de production des biens et services d’un pays donné.

De fait, ce n’est pas la valeur absolue d’une certaine somme monétaire qui est importante, mais sa valeur relative, et son évolution. Il est certes important de savoir que vous pouvez acheter une certaine voiture 10 000 euros, mais il est aussi important de savoir quel est votre propre pouvoir d’achat, à un moment donné …

Q. Combien de voitures, ou de hamburgers, je vais pouvoir acheter ?

Oui, et surtout comment la valeur relative de ces 10 000 euros va évoluer dans le futur. Ce même montant va-t-il pouvoir acheter plus ou moins de hamburgers, de fleurs, de voitures, etc…

Q. Donc une double question, portant sur le pouvoir d’achat de la monnaie, et sur mon propre pouvoir d’achat ? Mais qui peut déterminer tout cela ?

Les économistes qui se sont penchés sur la question monétaire ont longtemps soutenu qu’il fallait que la monnaie soit ‘neutre’, et que ce qu’il fallait c’est que le pouvoir d’achat d’une somme monétaire reflète le plus exactement possible la réalité de la richesse sous-jacente, la richesse de « l’économie réelle ».

Q. Cela semble une bonne idée. Et ce n’est pas le cas ?

Pour que ce soit le cas – ce qui pourrait être une définition d’une vraie monnaie (au contraire d’une fausse monnaie quels qu’en soient les véritables émetteurs) - il faudrait que les quantités émises de « nouvelle monnaie » correspondent le plus exactement possible à la croissance industrielle et commerciale d’une zone monétaire donnée.

Mais les faits récents (croissance monétaire en zone euro de plus de 8% entre 2000 et 2007, avec une pointe de 12% en 2008, pour une croissance moyenne inférieure à 2,5%, et une inflation elle aussi de l’ordre de 2%) montrent qu’il y a eu trop de monnaie émise.

Q. Mais les prix auraient du monter plus encore, l’inflation moyenne aurait dû être plus proche de 6% que de 2%, si je comprends bien l’influence de la monnaie ?

Là encore, vous avez raison. Cela signifie simplement que certaines hausses de prix n’ont pas été intégrées aux indices mesurant la hausse des prix. Certains ‘actifs’, comme l’immobilier ou les actions d’entreprises ont fortement augmenté, au moins jusqu’en 2008, de même sans doute que l’argent détenu par certaines couches de la population, au détriment des plus démunis.

Q. Dans certains cas, les moyennes et les indices cachent ce qui est important. Mais que faudrait-il faire pour que de tels phénomènes ne se produisent pas …

Vous voulez dire : comment éviter d’émettre, sinon de la fausse monnaie, au moins de la monnaie plus fiable, plus juste. Les ‘recettes’ sont simples, mais les faire respecter est beaucoup plus difficile, au moins dans le contexte monétaire actuel.

Q. Je suppose que vous allez évoquer la tristement fameuse loi de 1973 ?

Oui et non. L’État, comme les banques privées, peut malheureusement émettre, lui aussi, de la « fausse monnaie », mais cela lui est plus difficile, et il devrait aussi être plus facile de contrôler toute émission intempestive de monnaie.

Q. Pourquoi cela ?

Lorsque les banques émettent de nouvelles quantités de monnaie, elles ‘achètent’ en contrepartie soit des reconnaissances de dettes, soit d’autres actifs financiers, soit même des actifs physiques. La justification économique de ces émissions de monnaie est donc, en définitive, ce qui va faire la véritable ‘valeur’ de la monnaie émise. Si la banque concernée émet 1 milliard d’euros pour financer des investissements durables, ce n’est évidemment pas la même chose que si elle prête cette même somme à une compagnie aérienne chinoise qui souhaite acheter des Airbus à crédit.

Q. Et si cette même somme est consacrée à une OPA boursière, ce serait encore très différent. Mais qu’est ce qui empêcherait l’État de faire de même, et prêter à tort et à travers, et donc émettre de la ‘mauvaise’ monnaie, pour ne pas dire de la ‘fausse’ monnaie ?

Nous avons vu plus haut que la valeur d’une monnaie reposait sur la confiance qu’on attribuait à son émetteur, et aussi au contexte économique dans laquelle cette monnaie était utilisée. Par ailleurs, comme le dit un vieil adage, « la confiance n’exclut pas le contrôle ».

Sans entrer dans le vieux débat, essentiellement idéologique, entre le privé et le public, il semble plus facile de contrôler l’émanation de l’État que pourrait être la banque centrale – ou du moins ce devrait être le cas – que de contrôler ce qui se passe au fin fond des banques privées lorsque celles-ci décident d’accorder de nouveaux crédits.

Par ailleurs, on peut penser que la détermination du « bien public » peut être soumis à discussion publique, puis à contrôle, plus facilement si l’on passe par un Office National du Crédit, adossé éventuellement à un commissariat au plan et à la cour des comptes, que si l’on remet ces choix à des banques privées, qui n’ont ni les mêmes objectifs, ni les mêmes priorités.

Q. Si je vous comprends bien, vous pensez que l’émission monétaire devrait revenir à l’État, mais sous surveillance

C’est du moins ma conception du pouvoir au peuple, pour le peuple, et par le peuple. Laissons aux entreprises ce qu’elles savent fort bien faire, à savoir produire et innover dans les meilleures conditions possibles, et laissons à l’État et aux représentants du peuple leurs pouvoirs régaliens, y compris le pouvoir monétaire.

Q. Et sur la loi de 1973 ?

Cette loi a été décidée pour de mauvaises raisons, en faisant croire que l’État était incapable d’émettre de la monnaie à bon escient. Faisons en sorte, si on doit l’abroger, qu’elle soit abrogée pour de bonnes raisons, mais pas sans un contrôle effectif de la nation. Ce sera la seule façon pour avoir une monnaie ‘fiable’, et pas de la ‘fausse’ monnaie au pouvoir d’achat incertain.

jeudi 3 novembre 2011

UnPlanBpourLes DettesGrecquesetSonAppelAuPeupleSouverain

Face à la perpétuelle fuite en avant de la nomenklatura européenne, y a-t-il un plan B ?

Q. Alors, un nouveau sommet pour rien ?

Il faudrait déjà préciser de quel sommet l'on parle, il y en a eu tellement…

Q. Celui de la fin Octobre, qui devait assurer définitivement l’avenir de la zone euro,…

Ah oui, celui là, déjà remis en question par l’annonce surprise d’un possible référendum grec, lequel, en quelques heures ne semble déjà, lui non plus, être encore d’actualité.

Q. Sa tenue serait, ou aurait été, un rude coup pour l’Europe, dit-on. Qu’en pensez-vous ?

On devrait se réjouir que face à des mesures extrêmement rigoureuses frappant l’ensemble d’un peuple, le peuple grec en l’occurrence, on puisse penser, pour une fois, à le consulter directement. Même si des tensions à l’intérieur du gouvernement grec semblent pouvoir bloquer cet éventuel ‘appel au peuple

Q. Comme autre aléa, il y a aussi – ou il y aurait eu si le référendum est annulé - la nature de la question qui serait éventuellement posée…

Oui, bien sûr. Mais il est instructif de voir que la première réaction de nos ‘élites’ a été de juger totalement incongrue, voire obscène, l’idée de demander à un peuple, censé être souverain, son opinion. Comme si le fédéralisme bureaucratique souhaité explicitement par les candidats, déclarés ou non, du PS et de l’UMP à l’élection présidentielle de 2012, était déjà en place, avec ses pratiques anti-démocratiques, voire totalitaires. Et la pression, voire le chantage, que M. Papandreou a du subir ces dernières 24 heures ne font qu’illustrer ce propos. Jusqu’au porte parole de la commission européenne qui affirme qu’on ne peut sortir de la zone euro sans sortir de l’Europe...

Q. Mais si la Grèce sort de l’Euro, il faut quand même bien faire quelque chose, non ?

Comme le dit fort justement L. Pinsolle, dans des accents ‘gaulliens’, « Il n’y a que dans les régimes autoritaires que le résultat est connu à l’avance ». Mais l’on peut, effectivement aborder les différents scénarios possibles, indépendamment de la tenue effective d’un referendum. La question qui reste posée – ou à poser - implicitement ou non, est bien la suivante: « acceptez vous, en tant que citoyen grec, le plan d’austérité tel qu’il a été formulé dans le dernier sommet européen du 27/28 octobre ».

Q. Et dans le cas où la réponse à cette très éventuelle question serait, ou aurait été, non ?

Si les grecs répondent non à une telle question, soit dans les urnes, soit dans la rue, la réaction des marchés est prévisible, et en simple continuité des nombreuses réactions précédentes : les taux d’intérêts que l’on pourrait éventuellement consentir à la Grèce s’envoleront encore plus, et il sera alors évident – mais c’est déjà le cas – que la Grèce ne pourra jamais rembourser, ne fut-ce que 25 ou 30% de sa dette actuelle.

Q. C’est peut être ce que recherche, ou recherchait, M. Papandreou ?

Effectivement. Plutôt que d’avoir 350 milliards d’euros à rembourser, ce qui est impossible, chacun le sait depuis des mois, mais personne ne veut le dire explicitement – le système des hypocrites et des faux … semblants – il lui a peut être paru souhaitable d’afficher clairement un défaut presque total. 20% de 350 milliards, voilà qui serait sans doute acceptable.

Q. Effectivement 70 milliards contre 350, c’est mieux. C’est peut être cela l’un des desseins secrets du premier ministre grec ? Mais quels en seraient les conséquences pour la zone Euro et pour les fameux ‘marchés financiers’ ?

Pour le moment, tout a été fait lors de la succession presque ininterrompue des différents sommets européens pour ne pas déclencher les fameux CDS, qui risqueraient d’augmenter dans un facteur conséquent, quoique inconnu, les pertes des banques et des détenteurs d’obligations souveraines grecques. Comme si le mensonge ou la dissimulation étaient les seules façons d’éviter un effet domino !

Q. Et ce n’est pas le cas ?

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Même si c’est ‘illégal’, pourquoi ne pas se mettre d’accord pour déclarer que les CDS souverains sont annulés, et que l’on va gérer dans la plus grande transparence les actifs grecs ‘toxiques’. Sur les 350 milliards de dettes publiques grecques, seuls 70 milliards seraient officiellement et ouvertement conservés. Un simple traitement au prorata diminuerait alors la valeur de chaque portefeuille obligataire de 80% (ou tout autre pourcentage raisonnable).

Si les chiffres annoncés par les banques françaises sont exacts, les pertes subies par ces dernières seraient facilement comblées par un an ou deux de non-versement de dividendes. Pour éviter que ces banques, dont la valeur boursière diminuerait encore, ne soient rachetées par des banques étrangères concurrentes, on pourrait décréter – là encore contre les traités internationaux actuels – la cessation des transactions boursières les concernant.

Q. Les grecs s’en sortiraient très bien, dans ce cas. N’est ce pas injuste, voire immoral ?

Il n’y a pas 36 solutions possibles. Soit on accepte officiellement cette décote de 75 à 80% sur les dettes grecques, soit la Grèce quitte l’euro. Que ce soit prévu ou non dans les traités européens est un faux problème, personne ne songe à envoyer des blindés ou des avions pour faire payer les grecs, s’ils ne peuvent le faire, que ce soit juste ou non. Personne non plus n’a envahi l’Argentine quand elle a pris une décision semblable.

Q. Mais si la Grèce quitte l’euro, cela ne résoudra pas pour autant ses problèmes…


C’est du moins ce que nos ‘experts’ – ceux de l’Alliance Hollande-Merkel-Sarkozy – déclarent à qui mieux mieux. Comme si la Grèce, si elle revenait à la drachme, allait changer de position sur le remboursement – impossible – de ses dettes. D’autant plus que le pseudo-raisonnement de ces experts est stupide.

Q. A savoir ?

Supposons que l’euro soit remplacé par la drachme, à une parité de 1 pour 1

Q. Est-ce possible ?

Bien sûr. On verra comment évaluera par la suite le cours de la drachme, mais, initialement, la Grèce peut décréter la parité qu’elle veut, en mettant éventuellement un « sticker » ‘drachme’ sur chaque billet ‘européen’. 350 milliards de dettes en euros, cela fera 350 milliards de dettes en drachmes.

Q. Mais si la drachme chute à 30% de sa valeur initiale ?


Cela ne changera rien pour les détenteurs internes, grecs, de la dette grecque. Mais, bien entendu, les créanciers extérieurs devront « prendre leurs pertes ».

Q. Finalement, l’annonce de ce référendum grec – qu’il ait lieu ou non - ce n’est pas si grave ?

Ce n’est grave que si l’on reste à l’intérieur du système actuel, qui consiste à faire payer les peuples - et non les spéculateurs - en temps de crise, alors que ces mêmes spéculateurs se sont enrichis quand les temps leur étaient plus favorables. Avec un plan B, qui consiste à rendre leur souveraineté aux nations et aux peuples, c’est plutôt une bonne chose.

vendredi 28 octobre 2011

Planche_A_Billets

Planche à billets : intox, fantasme ou réalité ?

Q. On dit que le programme économique de Marine Le Pen consiste essentiellement à faire fonctionner la planche à billets. Est-ce vrai ?

C’est en tout cas un ‘slogan’ – un « élément de langage » – qui revient comme une ritournelle à partir des bancs de l’UMP et du PS, voire du MEDEF.

Q. Mais est-ce vrai ?

Actuellement, 93 % de l’argent utilisé dans nos différents achats de biens ou de services, ou pour payer nos différentes contributions sociales et taxes, est de l’argent scriptural, sans aucun support papier.

Q. Ce qui veut dire ?

Cela signifie que l’essentiel de cet argent ne provient pas de la « planche à billets », mais a été émis par les banques commerciales, BNP, Crédit Agricole ou autre.

Q. Mais pourquoi parle t-on encore de planche à billets ?


Nos billets, de 5 euros à 500 euros, sont effectivement fabriqués par les banques centrales, mais ne représentent, nous l’avons vu, qu’une partie minime de l’argent réellement utilisé. Au lieu de parler des euros ou des billets « banque centrale », on ferait donc mieux, en priorité, de parler d’euros BNP, d’euros Société Générale, d’euros DeutscheBank ou d’euros Banesto.

Q. Et quel lien y a-t-il entre les euros ‘bancaires’ et les euros ‘billets’ ?

Au lieu de respecter un équilibre entre les euros ‘bancaires’ et les euros émis par les autorités bancaires nationales ou européennes, on a vu au cours du temps un pouvoir de plus en plus grand obtenu et exercé par les banques commerciales européennes. Au lieu d’avoir une politique monétaire centrale qui s’impose à tous, la réelle puissance monétaire, celle de « battre monnaie » est passée peu à peu – en France depuis 1973 – entre les mains des banques privées nationales ou européennes, dérive qui s’est d’ailleurs accompagnée d’un pouvoir lui aussi de plus en plus important des marchés financiers.

Q. Vous dites que les banques « battent monnaie ». Je croyais que c’était le rôle des banques centrales, et donc de la BCE, la Banque Centrale Européenne ?

En fait, la BCE, en dépit des rodomontades de son Directeur Général, a eu une politique de plus en plus suiveuse. Les banques dites de dépôts, au lieu d’émettre de la nouvelle monnaie, du nouvel argent, en fonction des seuls objectifs et nécessités économiques, ont pris des positions de plus en plus spéculatives. Ce ne sont plus les crédits à l’économie, les financements des projets d’investissement ou les aides ponctuelles aux PME et à l’artisanat qui les intéressaient, mais bien la ‘pure’ spéculation, si l’on peut qualifier de ‘pur’ ce genre de pratiques.

Q. Vous êtes sûr de cela. ? Cela paraît un peu gros quand même ?

Entre 2001 et 2009, la masse monétaire (monnaie ‘bancaire’ plus billets) a cru de 8 %, alors que le taux de croissance de l’économie a été proche de 2 %, avec une inflation de 2 %. Si la masse monétaire est censée accompagner l’économie, où sont passés les 4 % manquants ?

Q. C’est à vous de me le dire, non ?

J’imagine que l’argent non injecté dans l’économie réelle, celle des entreprises et des ménages, a du nourrir pour partie les spéculations boursières et immobilières, mais l’opacité des banques, et leurs opérations « hors-bilan » rendent difficile d’être beaucoup plus précis sur ce sujet.

Q. Et pourquoi la BCE ne s’y est-elle pas opposée ? Elle aurait pu cesser toute émission de nouveaux billets ?

La BCE n’a fait que suivre. Elle s’est contentée de gérer les taux d’intérêt pour que l’inflation reste voisine de 2 %. Le reste ne semblait pas la concerner. D’ailleurs la proportion de billets émis a plutôt diminué vis-à-vis des monnaies ‘bancaires’.

Ce n’est que depuis 6 mois que la BCE injecte de la monnaie ‘centrale’, du ‘vrai’ euro – en bafouant d’ailleurs les traités européens. Cette injection de monnaie centrale – destinée à rassurer les marchés (et les agences de notation, qui n’avaient absolument pas vu venir la crise dite des ‘subprimes’ en 2007-2008), et à tenter de ‘sauver les banques’, n’a absolument pas amélioré, bien au contraire, la situation économique de la zone euro. Notons enfin que la BCE n’a pas non plus eu besoin d’avoir recours à la « planche à billets », puisque l’essentiel de ces injections monétaires ne sont que des jeux d’écriture.

Q. Si je comprends bien, ce n’est pas une utilisation intempestive de la planche à billets qui serait responsable de la situation actuelle. Mais que faudrait-il faire, d’après vous ?

C’est une simple question de vases communicants. Pour une quantité donnée d’argent, disons 1500 milliards d’euros, que cet argent soit réparti en 100 milliards d’euros en billets, et 1400 milliards d’euros en écritures comptables privées, ou 100 milliards de billets, et 1400 milliards d’euros en écritures comptables publiques ne change strictement rien. Il n’y a ni création monétaire – potentiellement inflationniste – ni diminution monétaire – potentiellement déflationniste.
Ce n’est qu’ainsi que l’on peut retirer aux banques de ‘dépôts’ – très mal nommées – le pouvoir qu’elles se sont octroyées, à l’insu du grand public, celui de créer des euros en prêtant à d’autres clients, (dont des spéculateurs), les encaisses (revenus du travail) qui lui furent confiées en garde dans leurs coffres : du pur Madoff, en fait. Mais si Madoff est en prison, au ‘trou’, c’est sur le contribuable français que l’on compte pour combler les trous financiers.

Q. En fait, vous voulez nationaliser la monnaie , ‘déprivatiser’ son émission, sa création ?

On peut dire cela, effectivement. D’ailleurs, si l’on veut garantir l’épargne et les dépôts de nos concitoyens, mettre tous ces dépôts dans les caisses – c’est-à-dire dans les livres de compte – de la banque centrale, donc de la Banque de France dans notre cas – semble nettement plus sûr que de les conserver à la BNP ou à la société Générale. Je ne pense pas que nos concitoyens verraient cela d’un mauvais œil.
C’est un peu comme si chacun de nos concitoyens transférait la totalité de ses comptes à vue à la Banque de France. Les banques d’affaires, ou de financements, seraient, elles, complètement dissociées de ces banques de dépôts, (re-)devenues banques de stockage, de simples auxiliaires ‘comptables’ de la puissance monétaire publique.

Q. Effectivement. Mais peut-on faire cela, avec la menace qui pèse sur nos têtes, celle de la ‘dégradation’ de nos dettes publiques ?

Je crois que cela ne dépend que d’une volonté politique suffisamment affirmée. Les ‘marchés’ ont-ils le pouvoir d’empêcher que la Banque de France exige que les dépôts de nos concitoyens soient ‘rangés’, au moins par un jeu d’écriture, dans ses ‘coffres’ ? Cela peut se discuter.

Q. Mais les traités européens le permettent-ils ?

Apparemment, de plus en plus de ‘personnalités’ veulent changer ces traités, afin de permettre un plus grand assujettissement de la France à une tutelle supra-nationale. Pourquoi serait-il interdit de modifier ces traités pour recouvrer, au contraire, plus d’indépendance, surtout quand cette indépendance va dans le sens d’une amélioration de la situation économique et sociale de nos concitoyens ?

mardi 25 octobre 2011

Faisons-payer_les_pauvres_pour_sauver_nos_creanciers

Faisons payer les pauvres …Tel semble être le slogan dominant de nos jours !

Q. Que voulez vous dire ?


Je veux m’élever ici contre cette pensée sinon unique, du moins dominante, consistant à soutenir que la priorité des priorités est de payer nos dettes, quitte à diminuer pour cela notre production de richesses réelles, le signe – qui bénéficie essentiellement aux riches – étant ainsi préféré à la chose – au détriment de la majorité de nos compatriotes, en particulier des plus pauvres d’entre eux.

Q. On dit pourtant « qui paye ses dettes s’enrichit » ?

Tout dépend de la légitimité de ces dettes, question sur laquelle personne, ou presque, ne semble s’interroger. De plus, il y a temps pour tout, et si le remboursement de ces dettes, de cet argent – emprunté raisonnablement ou non – exige une diminution de la richesse réelle, on peut aussi se demander si un moratoire, partiel ou total, ne s’impose pas.

Quand est-ce que l'on osera dire à nos concitoyens que la priorité n'est pas d'emprunter encore et encore pour rembourser nos dettes, mais de permettre, bien au contraire, à nos entreprises de produire, à nos compatriotes de consommer, à nos administrations de fonctionner.

Nos gouvernants actuels, ou ceux qui s’imaginent déjà à leur place, nous demandent d’accepter une croissance nulle, voire négative, pour que nos financiers et nos banquiers, qui se 'goinfrent' depuis 35 ans, ne soient pas soumis à contribution, pour une fois, quand la situation apparaît complètement dégradée.

Q. On ne peut quand même pas laisser le système monétaire et financier actuel s’effondrer ?

Pourquoi pas? Si ce système conduit à la faillite de notre économie, à une récession « à la grecque » pourquoi faudrait-il le sauver ? S’il faut choisir entre sauver le monde financier, et sauver le monde réel, on peut au moins se poser la question.

Q. Mais si nos banques font faillite, que va devenir l’épargne de nos concitoyens ?

Depuis ce qui est arrivé, dit-on, au roi Midas, on sait que la véritable richesse n’est ni l’or, ni l’argent, mais les biens et services réels. Si l’économie réelle s’effondre, quelle sera la valeur de cette épargne, qui, en définitive, est nécessairement gagée sur du réel, pas sur du virtuel. Qu’est-ce qui est le plus important, les richesses réelles, ou le signe correspondant ?

Par ailleurs, qu’est ce qui empêcherait la banque centrale française - une nouvelle Banque de France, ou l’ancienne redevenue souveraine - de reprendre cette épargne à son compte. Que cette épargne soit inscrite directement dans les comptes de notre banque nationale au lieu d’être dans ceux de nos banques privées serait plutôt une bonne chose*. De ce point de vue, les épargnants ont tout à y gagner. Là encore, on tente de faire peur à nos compatriotes en leur faisant croire que, pour sauver leurs économies, il faut donner encore plus d'argent aux banques.

Q. Mais quelle serait la crédibilité de notre système financier et de notre monnaie, si nos créanciers actuels ne sont pas payés, plus personne ne voudra investir dans nos entreprises, plus personne ne voudra prêter à nos administrations et, plus généralement, à nos compatriotes ?

Il est évident que toute économie moderne a besoin d’un système monétaire, d’une monnaie. Mais aucune fatalité, aucune loi économique, ne nous obligent à avoir une monnaie émise par des banques privées, à un taux d’intérêt extravagant, ou empruntée sur des marchés financiers extérieurs, soumis de plus au diktat et aux manipulations des agences de notation.

Ce qui fait la richesse d’une nation, ce sont ses hommes, sa technologie, ses capacités d’innovation, son courage, l’efficacité de son service public, absolument pas la richesse de ses banques ou le montant des primes de ses traders.

Faisons en sorte que nos usines redémarrent, que nos administrations fonctionnent, que tous ceux qui sont susceptibles de travailler apportent leurs compétences à la relance de notre économie, les ajustements monétaires se feront alors naturellement, si tel est l’objectif fixé aux autorités monétaires de notre pays.

Q. Et pour les dettes publiques en cours ?

Deux solutions complémentaires semblent s’imposer.

Tout d'abord, il faut renégocier les contrats pour que le taux d’intérêt réel soit indexé sur le taux de croissance (et ce, d’autant plus que l’on annonce une croissance zéro, voire ‘négative’ pour les prochains semestres). Si la croissance est au rendez-vous, même les créanciers en seront satisfaits. Sinon, il n’y a aucune raison que ces mêmes créanciers s’enrichissent à nos dépens.
Sur les 1700 milliards de dettes publiques françaises, 1400 à 1500 milliards sont dus aux intérêts qui nous ont été facturés depuis 1973, et la tristement fameuse loi Pompidou-Giscard.

Q. Et la deuxième solution ?

Exiger un moratoire de un an ou deux sur nos dettes, ce qui permettra de remettre l’économie française sur de bons rails.

Q. Pourquoi pensez-vous que nos créanciers accepteront cela ?

Parce qu’il n’y a pas d’autre choix. Entre ne pas être remboursés du tout, ou être remboursés avec retard, même les plus avides de nos créanciers comprendront que la deuxième solution est moins mauvaise pour eux.

On soutient souvent que les impôts doivent plus pénaliser les "riches" que les "pauvres". C'est peut être discutable, mais, en tout cas, cela est complètement incohérent avec le fait de faire payer des intérêts de plus en plus élevés à ceux qui apparaissent le moins solvables.

Demande t-on à un cardiaque d'avoir un cœur qui monte à 190, alors qu'un sportif de même âge ne devrait pas dépasser 160?

C'est pourtant ce que le diktat des agences de notation semble nous imposer. Vous pouvez rembourser? Alors on ne vous demande presque rien comme intérêts. Vous ne pouvez pas? Alors on va vous massacrer avec des taux de 10, 15 voire 20%.

Nos journalistes économistes envahissent les médias pour affirmer avec plus ou moins de grandiloquence qu'en dehors du sauvetage de l'euro et d'une rigueur renouvelée, il n'y a pas de solution.

Que faire contre cette pensée unique, et inique, que trop de nos concitoyens semblent encore accepter comme vérité révélée? Affirmer et montrer que, non, le remboursement des dettes n'est pas la priorité de l'économie française.


Q. Une dernière question. Que faut-il penser de l'accord survenu cette nuit (26au27/10/2011) sur la "crise de l'euro"?


Tous ceux qui s'expriment ce matin (27/10/2011) sur la "résolution (très provisoire) de la crise de l'Euro" disent 2 choses:
1) les 100 milliards de dettes disparues ne vont rassurer que les marchés financiers (les banques vont peut être y perdre un peu, mais beaucoup moins que les contribuables) Il est bien précisé, d'ailleurs que ce sont uniquement, d'ailleurs, 100 milliards de dettes publiques 'privées', si l'on peut dire, qui sont ainsi rabôtées. Est-ce pour éviter les défauts qui déclencheraient la bombe à retardement des tristement fameux CDS, peut-être ...

2) cela va impacter l'économie réelle (cf. le commentaire de L. Parisot) donc l'austérité sera renforcée. Ce cercle vicieux va continuer à impacter de ,plus en plus les plus fragiles de nos compatriotes. Comme si l'on pouvait rembourser davantage en produisant moins!

Nos brillants commentateurs ont tous 'oublié' de préciser que de crise en crise, tous les payse de la zone euro, y compris la France, se mettent toujours davantage entre les mains de cette gouvernance bureaucratique européenne - elle même aux mains des "hauts financiers" - en abandonnant, plus ou moins consciemment, le peu de souveraineté qui nous reste.

Je persiste donc à dire que nous n'avons qu'une alternative: soit l'on s'abandonne au diktat des marchés financiers, soit l'on reprend notre sort en mains, en privilégiant l'économie réelle, et les besoins de nos compatriotes, et non les spéculateurs. Il vaut mieux utiliser 55 milliards d'euros pour aider notre économie, et nos compatriotes, plutôt que de payer 55 milliards d'intérêts - pour la plupart illégitimes - à nos créanciers.

* PS Une coquille - un véritable contre-sens en fait - m'avait été signalée sur cette phrase (voir les commentaires de Raymond), merci à Raymond de me l'avoir signalée.

dimanche 23 octobre 2011

Ne_Dites_pas_que_je_suis_protectionniste

Ne dites pas à ma mère que je suis protectionniste …

Il suffit de nos jours de suggérer que le libre-échange à tout va n’est pas la panacée pour s’entendre traiter de tous les noms par quantité d’experts, ou prétendus tels. Alors, si l’on ose parler de protectionnisme …

Q. On dit souvent, pourtant, que le libre échange a favorisé la croissance et le développement d’un grand nombre de pays ?

C’est vrai dans certains cas, et à certaines conditions. Mais quand on regarde la situation dans laquelle certains bassins d’emplois, ou d’ex- emplois, se retrouvent, en France, en Espagne, et dans nombre de pays européens, il est difficile d'affirmer que libre-échange rime avec prospérité.

Q. Suggéreriez-vous que le ‘protectionnisme’ devrait commencer par nos régions, avant de l’étendre au niveau de la France ou de l’Europe ?

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, la France a ses particularités historiques. Même sans reprendre entièrement la thèse de la désertification industrielle, et même économique, de nombre de nos provinces ou régions, on ne peut que constater qu’en dehors de l’île de France, complètement hypertrophiée, et de 2 ou 3 autres métropoles régionales, les bassins d’emplois ne sont pas légion, et sont plutôt en situation de déclin.

Si nos élus déplorent, à juste titre, cet état de fait, et réclament plus de protection pour leurs administrés, on ne comprend pas bien la logique qui leur fait demander une protection locale, et refuser de réfléchir à une protection nationale.

Q. Quand ils ne poussent pas de grands cris, en dénonçant une démagogie populiste, lorsque l’on évoque cette possibilité...

On a parfois parlé d’une spécificité française, consistant à expliquer une partie du chômage national par le manque de mobilité de certains demandeurs d’emploi. Mais il suffit de constater que cette mobilité dont on parle tant n’a jamais réellement été accompagnée par une politique d’aménagement du territoire. Quitte à être chômeur, nos concitoyens préfèrent demeurer en majorité à proximité de leur terre natale, de leur racines.

Q. L’enracinement que vous décrivez n’est-il pas condamné à tout jamais par le contexte économique actuel ?

Il est clair que l’internationalisation des échanges et la mondialisation ont essentiellement profité aux personnes les plus mobiles. Entre le financier international et le viticulteur de Provence, entre le brasseur de fonds et le tourneur fraiseur de Poissy, il n’y a évidemment aucune comparaison possible. La première catégorie va là où elle peut faire le mieux fructifier son argent – quand ce n'est pas l'argent des autres - ceux de la seconde catégorie restent le plus souvent là où ils ont obtenu leur premier emploi. Lorsque Peugeot délocalise en Roumanie, lorsque EADS ouvre des chaînes de montage en Chine, ce n’est pas l’ouvrier français qui va s’expatrier, même si l’argent, lui, n’a ni patrie ni morale.

Q. Vous avez peut-être raison, mais que peut-on y faire ? La France, comme beaucoup d’autres pays dépend de plus en plus des échanges commerciaux internationaux ?

Là encore, les caricatures vont bon train. Il ne s’agit pas d’éliminer tout échange commercial avec l’extérieur, d’ailleurs notre dépendance énergétique aux ressources fossiles importées ne nous le permettrait pas.

Il s’agit simplement – si l’on peut dire - de mettre en service des écluses pour réguler au mieux les flux de biens et services entre la France, et ses divers constituants, et l’extérieur. Ce sont des échanges équitables qu’il faut rechercher, des échanges qui n’appauvriraient ni n’enrichiraient la France.

Q. Des écluses, pourquoi pas, mais comment faire pour que ces flux s’équilibrent ?

Il y a plusieurs pistes envisageables. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que cela ne peut se faire tout seul en laissant simplement agir le sacro-saint marché.

Q. Pourquoi cela ?

Les entreprises, françaises ou étrangères, se préoccupent fort peu – même si on peut le déplorer – de la balance commerciale du pays où elles ont établi leur siège social. Ainsi une entreprise américaine bien connue, Apple, réalise l’essentiel de sa production en Extrême Orient, notamment en Chine. Ses bénéfices annuels colossaux, plus de 25 milliards de dollars, sont essentiellement dus au faible coût de fabrication de ses différents baladeurs ou autres ‘smartphones’, tablettes ou micro-ordinateurs.

Q. Et ces pratiques contribuent, bien sûr, au déficit commercial des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine ...

Tout à fait. Et on pourrait dire la même chose d’entreprises ‘françaises’ comme Total – même si, dans ce cas, l’extraction de gaz ou de pétrole peut difficilement être faite en France.

Q. Mais les activités de raffinage et de transformation en produits chimiques pourraient être maintenues et développées en France …

Cela aurait un impact positif à la fois sur nos emplois et sur nos exportations. Les délocalisations dont notre tissu industriel, et social, souffre tant depuis des décennies sont dus essentiellement à ce genre de pratiques, qui conduisent à faire fabriquer (à l’étranger) par des esclaves pour faire acheter, en interne, par des chômeurs … Tant que l’on peut encore financer ces chômeurs.

Q. Cela étant dit, que peut-on faire ? Nombre de nos entreprises, ne fut-ce que pour rester compétitives, sont devenues multinationales ou transnationales. Comment voulez-vous les empêcher de faire cela, fabriquer à bas coûts, quitte à creuser ainsi notre déficit commercial, en rapatriant une partie de cette production ?

Aucun système économique ne peut survivre à long terme dans une telle situation de déséquilibres. Les rédacteurs de la charte de la Havane, en 1946-47, ainsi que Keynes lui-même, l’avaient bien compris. Aucun pays ne peut accepter un déséquilibre grandissant de son commerce international. Ce déséquilibre, même s’il est financé initialement par des créances de l’étranger – des dettes envers l’étranger – doit finir par être « épongé », d’une façon ou d’une autre, plus ou moins violemment.

Q. Ce n’est pas le rôle des marchés, d’équilibrer l’Offre et la Demande ?

Seuls les économistes les plus myopes peuvent imaginer cela, même si c’est cette pseudo théorie qui est répétée ‘ad nauseum’ sur la plupart des médias. Ce ne sont pas les sacro-saints marchés qui fabriquent et vendent, même si les marchés, hélas, spéculent de plus en plus sur les éventuelles déficiences de tel ou tel pays, de telle ou telle entreprise – spéculations qui deviennent de plus en plus « auto-réalisatrices », vu le montant des sommes engagées.

C’est donc en amont qu’il faut agir, au niveau des processus de production et de commercialisation. Les écluses, pour reprendre ce terme, doivent permettre d’équilibrer exportations et importations avant que d’éventuelles défaillances se produisent.

Q. Comment voulez vous vous ‘attaquer’ aux importations sans remettre en cause les exportations ? Ne craignez vous pas des mesures de rétorsion ?

Même s’il est de bon ton de dire que le freinage des importations aura nécessairement des conséquences sur les exportations, je ne le crois pas, pour au moins deux raisons.

Q. Lesquelles ?

La plupart des entreprises, nous l’avons vu, ne raisonnent pas de façon nationale, mais de leur strict point de vue « entrepreneurial ». Il s’agit donc de faire en sorte que les entreprises importatrices se sentent concernées en tant qu’entreprises, pas en tant que représentant telle ou telle nationalité.

Par ailleurs, même en adoptant un raisonnement national plutôt qu’entrepreneurial, en cas de fermeture totale de nos frontières – ce qui n’est absolument pas ce que je propose – les pays importateurs perdraient beaucoup plus que la France elle-même, puisque c’est notre balance commerciale qui est déficitaire, de près de 3.5% de notre PIB.

Q. Effectivement, les importateurs ont plus à perdre que les exportateurs. Mais je ne suis pas sûr de comprendre votre premier point ?

Ce que je suggère, en fait, est de répartir les produits importés par grandes catégories, ou secteurs, et de faire en sorte que les « écluses » fonctionnent elles-aussi relativement à ces grands secteurs: ainsi, pour les produits pétroliers raffinés, dont le flux d’importation représente 2 fois le flux d’exportation, ou encore le secteur « équipements ou machines », le flux d’importation étant, là encore supérieur au flux d’exportation.

Un premier mécanisme équilibrant serait ainsi de mettre les entreprises importatrices de ces secteurs en demeure, avec la coopération des entreprises exportatrices de ce même secteur – qui sont parfois les mêmes – d’équilibrer ces flux, le solde net étant aussi proche de zéro que possible. La même stratégie globale, le même ‘plan’, serait appliquée pour tous les grands secteurs structurellement déficitaires. Ce rééquilibrage, ou ce ‘troc’ macro-économique, ne nécessite aucun blocage particulier, puisque l’on se place à l’équilibre des échanges par grand secteur.

Voilà une autre façon de réhabiliter l'état stratège autrement qu'en le transformant en pompe fiscale plus ou moins sophistiquée et électoraliste.

Q. Ne croyez vous pas, s’il y a moins d’importations, que cela aura un impact négatif sur notre pouvoir d’achat, les produits importés étant selon toute vraisemblance moins chers que les produits ‘domestiques’ comparables ?

On peut effectivement se poser la question, mais plusieurs éléments laissent supposer que ce ne sera pas le cas.

Tout d’abord, rien ne dit que les importations vont nécessairement diminuer. Nos écluses peuvent permettre d’augmenter nos exportations, puisqu’il sera dans l’intérêt des importateurs, s’ils veulent continuer à importer les mêmes volumes de marchandises, de favoriser les exportations de leur secteur, ce qui aura une conséquence positive directe sur l’emploi, donc sur le pouvoir d’achat.

Par ailleurs, le déficit commercial représentant 3,5% de notre PIB, pour des importations de l’ordre de 23,5% du PIB, une remise à niveau de ce commerce ne sera pas nécessairement très sensible au niveau du panier de la ménagère. Enfin, d’autres mesures d’accompagnement peuvent éventuellement être associées à cette première mesure de contrôle de flux sectoriels, afin d’en effacer l’éventuel surcoût.

Q. Lesquelles ?

Parmi les mesures que l'on peut suggèrer, il y en a d’assez classiques, telles que le contingentement ou la taxation ‘sociale’ – pour les produits dont les conditions de fabrication ne respecteraient pas certaines normes éthiques ou écologiques – ou encore les droits de douane.

Q. Mais ces mesures peuvent avoir un effet contre-productif sur le pouvoir d’achat et inciter certains pays à faire ce qu’il ne faudrait pas faire, à savoir s’engager dans des mesures de rétorsion …

C’est bien pour cela que je suggère une autre mesure, plus facile à mettre en œuvre, et qui, elle aussi, s’appliquerait essentiellement à des catégories de marchandises, plus encore qu’à des pays, à savoir la récupération de la TVA.

Q. A savoir ?

Prenons un exemple, et supposons que le secteur « produits pétroliers raffinés », en dépit des mesures de rééquilibrage suggérées plus haut, ne soit pas à l’équilibre: les importateurs de ce secteur ne pourront récupérer alors qu’une partie de la TVA, cette partie étant d’autant plus réduite que le solde du secteur sera négatif. Et cela peut s’appliquer pour tout grand groupe de marchandises, indépendamment du pays d’origine – d’autant plus que les étiquettes d’origine ne veulent pas nécessairement dire grand chose.

Q. Merci de cet éclairage. Si je comprends bien, ce protectionnisme ‘raisonné’ n’est pas aussi stupide que ses détracteurs veulent bien le dire ?

Je crois effectivement que la mise en place d’écluses sectorielles, permettant de rééquilibrer en douceur et de façon positive notre balance commerciale, est une piste à creuser, piste qui respecte l’ensemble des acteurs concernés, entreprises, travailleurs, et pays.

Personne de raisonnable n’a véritablement intérêt à ce que les déséquilibres actuels finissent dans une explosion de violence aux conséquences imprévisibles. Mais nos élites sont-elles raisonnables, ou veulent-elles pratiquer la politique du pire et de la terre brûlée ?

vendredi 7 octobre 2011

UneMonnaieAuServiceDuBienPublic_UneRevolutionIndispensable

Au delà des propositions de Maurice Allais et du 100% monnaie, pour une réactualisation du Crédit Social.

Une Monnaie au service du plus grand nombre, et donc à celui de « l’économie réelle » et du bien public : Une Révolution Indispensable.

Certains pourront penser que ces titres et sous-titres sont bien grandiloquents. Et pourtant, pour sortir de la crise actuelle, crise financière, crise boursière, crise bancaire, et, plus encore, crise économique, crise sociale, voire crise morale, il faut plus qu’un simple replâtrage des pratiques financières et monétaires contemporaines. Il faut même aller au delà de ce que propose Maurice Allais avec son "100% monnaie", en approfondissant ce que proposaient les tenants du Crédit Social, il y a 3/4 de siècles. C'est vraiment d'une révolution dont il s'agit.

Cette révolution commence par un bouleversement total du système monétaire actuel. Il s’agit de « changer complètement de paradigme » (aurait dit Kuhn) et de comprendre que la monnaie disponible dans le contexte d’une communauté donnée, pour fonctionner correctement, doit être associée étroitement à la capacité de production et aux besoins de consommation de la dite communauté.

Dit autrement, supposer que la monnaie disponible doit faire référence à toute autre entité que le PIB est une erreur considérable. Comme le disent de façon un peu lapidaire les tenants canadiens du Crédit Social « l'argent nouveau [devrait être] émis au rythme de la production, et retiré de la circulation au rythme de la consommation », et non pas selon le bon vouloir de nos banquiers, ou en fonction d’un éventuel stock d’or ou d’autres matières précieuses plus ou moins rares.

Ce ne doit pas être la rareté de l’argent qui en fait son prix, ce doit être les richesses disponibles qui doivent commander les quantités d’argent disponibles.

C’est cela la véritable révolution pour laquelle même Maurice Allais n’est pas allé assez loin. Redonner la souveraineté monétaire à l’Etat est certes indispensable, mais cette monnaie doit être émise en fonction des nécessités de la production et des besoins de la consommation.

Pour cela, la création monétaire, c’est-à-dire l’émission de monnaie supplémentaire, doit être synchronisée avec la production de richesses – biens et services - sa destruction, elle, doit être synchronisée avec la consommation, c’est-à-dire la destruction de richesses.

Cette monnaie peut être uniquement ’scripturale’ (monnaie ‘de comptabilité’), sa production et sa destruction correspondant ainsi simplement à des jeux d’écriture comptable, à la seule condition que ces flux et reflux monétaires doivent rester en adéquation parfaite avec la production-consommation de richesses réelles.

C’est ce que les tenants canadiens du Crédit Social réclament depuis près de 80 ans – même si ce souhait a pu être pollué par des considérations morales ou religieuses, certes respectables mais qui ont pu donner des arguments aux adversaires ‘laïques’ de cette thèse.

C’est ainsi que la dépression de 1929 peut être expliquée par une insuffisance de la demande solvable – et donc de la quantité d’argent mise à la disposition des consommateurs potentiels. C’est aussi ainsi que les crises qui se succèdent depuis 2008 peuvent être expliquées, en sus de la mondialisation du commerce et de l’accumulation des dettes, privées et publiques, accumulation due elle aussi aux principes de fonctionnement insensés du système monétaire.

De fait, comme nous l’avons déjà montré à de nombreuses reprises, l’émission de l’argent-dette par les banques commerciales, associée à un taux d’intérêt toujours plus important que le taux de croissance de l’économie, rend impossible le remboursement des dettes ainsi contractées, tout en déséquilibrant de plus en plus l’économie ‘réelle’ vis-à-vis de l’économie financière, les activités financières et bancaires enflant de plus en plus aux dépens du secteur productif, de plus en plus réduit.

Généralisation de l’approche :

Ayant illustré les idées de base de Louis Even et du major Douglas, les ‘pères’ du Crédit Social, dans deux billets (principes de base et un modèle bi-sectoriel de Crédit Social) , je vais maintenant tenter de généraliser le modèle bi-sectoriel utilisé à cette occasion en introduisant d’autres secteurs que le seul secteur des biens de production et des biens de consommation.

On pourra ainsi envisager le secteur des biens intermédiaires, puis le secteur ‘public’ – ce qui nous permettra d’envisager diverses façons de financer les dépenses des administrations. Un autre billet nous avait déjà permis de revenir sur ce que Louis Even avait appelé Dividende Social, très proche de notre concept de Revenu Minimum de Dignité, ou du REX défendu par d’autres auteurs.

Notre modèle bi-sectoriel (imaginé avec d’autres dénominations par Marx dans le livre II du Capital, livre posthume) « DEP SAL PROF" devient, en ajoutant la consommation intermédiaires, MATi, dont le total sera CI (Consommation intermédiaire) :
"DEP MAT SAL PROF", qui peut s’écrire :
PRODi = DEPi + MATi + SALi + PROFi,

pour i variant de 1 à 3 ou, avec des données arbitraires :

PROD1 = 2100 = 700 + 400 + 750 + 250 (Secteur « biens capitaux »)
PROD2 = 1500 = 250 + 450 + 600 + 200 (Secteur « biens de consommation »)
PROD3 = 1400 = 800 + 450 + 100 + 50 (Ce « secteur 3 » virtuel correspond à la production de biens intermédiaires, la seule contrainte sur les MAT, ou les Consommations Intermédiaires, CI, du moins si on part d'un stock3 nul initialement, c'est que PROD3 >= MAT1&2&3)

On aurait DEP1&2&3 = 1750, MAT1&2&3 = 1300 d’où STOCK3 = 100 (ce qui reste en "trop" de ces matériaux "consommables" non utilisés dans les process).

De même, SAL1&2&3 + PROF1&2&3 = 1950 (une autre façon de définir la Valeur Ajoutée, ou encore le PIB).

La production “nette” comptable, après ce qui a été “consommé” dans les différents process de production, est donc PROD1 moins AMOR1&2&3 plus STOCK3 plus PROD2
(avec STOCK3 = PROD3 - MAT1&2&3), c’est-à-dire :
2100 moins 1750 plus 100 plus 1500 = 1950 , égalité qui ne devrait pas surprendre …

Venons en maintenant au « secteur public », noté ici secteur 4, dont la seule différence « comptable » - elle peut apparaitre de taille – consiste en la suppression des Profits, PROF4, dans la décomposition sectorielle:
« DEPi MATi SALi PROFi».

On aurait donc, pour ce secteur 4 ‘public’ :
PROD4= DEPi4+ MAT4 + SAL4

complétant les 3 secteurs (de biens de production, de consommation et intermédiaires), secteurs pour lesquels des Profits PROF1&2&3 peuvent exister.

Quid du financement du secteur public ?

Là encore, comme pour la mise en valeur d’un Dividende Social – notre Revenu Minimum de Dignité – nous pouvons procéder principalement de deux façons, pour financer la production du secteur public. Soit par création monétaire – comme pour les autres secteurs – soit par taxation des revenus. Je ne reviens pas ici sur la création monétaire, qui est tout à fait analogue à celle suggérée dans mes précédents billets.

En ce qui concerne la taxation, il suffit de mettre un coefficient correctif sur les salaires et les profits distribués (que je vais supposer, pour simplifier, être identique pour l’ensemble des salaires, avec un autre taux, là aussi unique, pour les profits – prendre une grande variété de taux n’apporterait strictement rien au résultat et, dans le monde réel, ne ferait que compliquer la tâche des fonctionnaires du Trésor).

Pour éviter tout déficit public, il sera juste nécessaire que les impôts ainsi ‘levés’ soient équivalents à la production du secteur 4, le secteur public. Je laisse au lecteur le soin de construire son propre modèle, avec ses propres données.

Disons simplement, que si nous intégrons le financement du RMD et des dépenses du secteur public à la décomposition sectorielle envisagée (ce qui n’est ni la solution la plus simple, ni la solution la meilleure), nous aurions, formellement :

Avec une notation évidente, pour i variant de 1 à 4 :

PRODi =DEPi + MATi + SALi + PROFi + RMDi +GOUVi,

Avec la seule restriction que PROF4 = 0, et les précisions :

GOUV1&2&3&4 = PROD4 (condition d’équilibre budgétaire) et
GOUVi = (SALi-RMD_SALi)* tauxIRPPi + (PROFi-RMD_PROFi)*tauxISi (condition ‘fiscale’)

On retrouve, là encore, que la fiscalité ou la création monétaire sont les deux grandes méthodes pour accompagner et financer la production de richesses d’une nation, que cette production soit « privée » ou « publique ».

Quand à choisir entre elles, faut-il rappeler que la création de l'impôt sur le revenu est contemporain, aux USA, de la création de la Federal Reserve et du rôle primordial donné aux banques privées, au détriment de la souveraineté monétaire des USA. Faut-il préciser que si les recettes fiscales françaises ont augmenté de 4,1 milliards en augmenté, en un an - chiffres d'août 2011 - les intérêts sur la dette publique ont augmenté, eux, de 4,5 milliards... A qui profite le crime, à savoir la création monétaire - chargée d'intérêts - par les banques commerciales...