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mercredi 30 novembre 2011

ArgentDette_NosDettes_NosBanques

L’argent-dette des banques... Peut-on changer le rôle de nos banques

Q. Quel est vraiment le rôle actuel des banques dans la création de monnaie ?

Supposons que vous vouliez emprunter dix mille euros à votre banque. Celle-ci va vous avancer cet argent, vous « prêter » cet argent, en écrivant ce montant de 10 000€ sur votre compte courant, votre DAV (dépôt à vue), en contrepartie de la reconnaissance de dettes que vous lui signerez. En fait elle vous prête de l’argent maintenant, contre votre promesse de remboursement « plus tard ».

Q. Mais d’où sort cet argent ?


Votre banque, comme toute autre banque commerciale, dite à tort de dépôts, crée cet argent, à partir de rien, car elle anticipe que vous pourrez la rembourser, avec des intérêts bien sûr…

On peut dire, d’une certaine façon, que cette pratique correspond à une avance de trésorerie, que tout entrepreneur, commerçant ou artisan connaît bien. La banque ‘escompte’ – dans tous les sens du terme – que vous lui rembourserez ce prêt.

Q. Mais y a-t-il une limite à cette création monétaire ? Et quels sont les risques éventuels pris par la banque ?

Une banque doit avoir au moins, en monnaie centrale garantie par la banque centrale (Banque de France ou BCE), 2% de réserves ‘gelées’ à la banque centrale. Par ailleurs, elle est censée avoir en fonds ou capitaux propres, un certain pourcentage de son passif.

Deux risques peuvent se produire : tout d’abord un risque de liquidité, ou plutôt d’illiquidité, si chacun veut convertir en billets, en « argent liquide », le montant total de ses dépôts à vue.

Ce risque est lié au fait que l’on vous prête immédiatement de l’argent, que vous ne rembourserez que plus tard, voire beaucoup plus tard. Tant que vous vous contentez de faire des chèques (monnaie scripturale), qui circulent donc de compte en compte, d’une banque à une autre, il n’y a évidemment aucun problème, sauf entre les banques elles-mêmes, si certaines banques prêtent relativement plus que d’autres.

Mais si vous utilisez ‘trop’ de billets relativement à cette monnaie scripturale, votre banque va devoir se réapprovisionner auprès de la banque centrale, seule capable d’émettre des billets et de les mettre en circulation. Pour cela, elle va s’endetter elle aussi auprès de la banque centrale, en déposant en garantie soit ses propres obligations, ses propres « reconnaissances » de dettes, soit des garanties venant de ses propres clients.

Q. Et si la banque centrale refuse cette création monétaire ?

Votre banque va essayer de trouver ces liquidités auprès d‘une banque concurrente – marché interbancaire – ou sur le marché monétaire. Mais ce risque d’illiquidité est beaucoup moins grave, même s’il peut être ennuyeux, que le risque d’insolvabilité, qui, comme pour une entreprise normale, correspond au fait que trop de clients de la banque se trouvent dans l’impossibilité de rembourser leurs prêts.

Si une banque a prêté 100 milliards d’euros – dont éventuellement en achetant pour 10 milliards d’euros de dettes publiques (donc en ayant prêté 10 milliards à un état) – avec seulement 6 milliards de fonds propres, et si le 1/5 de ces prêts, soit 20 milliards, se retrouvent avec une valeur diminuée de moitié, la banque va devoir encaisser sur son bilan cette différence de valorisation de 10 milliards, et passer d’une situation nette de 6 milliards de fonds propres à une situation d’une perte nette de 4 milliards, donc en situation de faillite.

Q. Mais y a-t-il une solution, pour éviter ce scénario catastrophe ?

Oui, et de nombreux économistes, parmi les plus prestigieux, dont plusieurs prix Nobel, ont soutenu que la seule solution serait de revenir à une seule banque émettrice, cette banque ayant seule le privilège – à encadrer soigneusement – de créer de la monnaie. Cette seule banque émettrice serait la banque centrale de la zone monétaire considérée, la BCE si la zone s’étend à l’Europe des 27, ou des 17, la Banque de France si, pour diverses raisons, la zone monétaire considérée se réduit à la France. Les banques commerciales actuelles n’auraient plus comme fonction que celle de gérer au mieux l’argent déjà existant, que cet argent soit utilisé comme moyen de paiement ou placée en épargne.

Q. Et ce n’est pas déjà le cas ?

Hélas non. Près de 90% de l’argent actuellement en circulation est de l’argent qui a été émis – contre reconnaissances de dettes prenant diverses formes – par les banques commerciales. Avec cette banque unique d’émission, 100% de la monnaie devenant centrale, au lieu de moins de 10% actuels , le risque d’illiquidité n’existerait évidemment plus. Le risque d’insolvabilité, lui, serait diminué très fortement, et, de plus, n’aurait pas comme conséquence potentielle d’entraîner le système bancaire tout entier dans sa chute.

Q. Mais si c’est tellement efficace, pourquoi cela n’a-t-il jamais été expérimenté ?

Il est clair que ce sera moins rentable, mais beaucoup plus sûr, pour les banques commerciales, qui perdront ainsi de nombreuses possibilités de spéculer.

Par ailleurs, jusqu’à maintenant, de nombreuses banques se croyaient « trop grosses pour tomber » (too big to fall). Ainsi l’actif de la BNP est du même ordre de grandeur que le PIB de la France, les 2 plus grandes banques suisses ont un bilan global supérieur à 7 fois le PIB suisse. Mais l’exemple de Lehman Brothers et de Dexia va sûrement les inciter à réfléchir. Et la situation économique actuelle, avec des obligations souveraines (les dettes publiques) qui ont perdu entre le 1/3 et les 2/3 de leurs valeurs, va évidemment dans le sens d’une reprise en mains totale du système bancaire et financier.

lundi 28 novembre 2011

MonnaieCommune_MonnaieUnique

De la monnaie unique à la monnaie commune …

On parle de plus en plus de la faillite de l’euro, monnaie unique de la zone euro et de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que le sauvetage de cette monnaie unique va coûter de plus en plus cher, sans pour autant garantir sa survie.

L’économiste Saint Etienne déclarait, il y a quelques mois, que l’obstination des gouvernants de la zone euro – et de ce que M. Allais appelait « l’organisation de Bruxelles » - à « sauver l’euro allait continuer jusqu’à la mort … du dernier grec. Il est à craindre que cette obstination à « sauver l’euro » aille encore plus loin, et que cela risque d’être sinon la mort, du moins un coup très dur porté aux principales économies « latines » de la zone euro, en commençant par l’Espagne, l’Italie, et peut être même la France.

Les causes de ces turbulences – pour ne pas dire la faillite annoncée – de la zone euro sont multiples, même si la cause la plus souvent citée concerne la question des dettes publiques « himalayennes », qui concernent d’ailleurs l’ensemble des pays de la zone euro, quoique à des degrés divers. Pour l’instant, le seul remède proposé à la montée inexorable de ces dettes « souveraines » se ramène à un slogan, ou « élément de langage », dont la stupidité n’échappera à personne, à l’exception de certains économistes patentés : « produire moins pour rembourser plus ».

Produire moins pour rembourser plus

Bien sûr, ce n’est pas tout à fait ainsi que nos grands ‘argentiers’ présentent la question du remboursement des dettes publiques. On va plutôt déclarer « il ne faut pas vivre au dessus de ses moyens », ou encore « il faut consommer moins, pour épargner davantage ».

Mais il suffit de regarder les chiffres. Depuis 2 ans, la Grèce a continué à s’endetter, alors même que son PIB, qui mesure, certes imparfaitement, sa production de richesses, a diminué de 5% : produire moins n’a même pas suffi à rembourser plus – ce que toute personne douée du plus élémentaire bon sens comprend aisément. Et c’est pourtant sur cette (mauvaise) fable que reposent tous les plans de rigueur et d’austérité qu’on essaye de nous vendre depuis quelques mois.

En fait, la véritable cause – en sus de la question des dettes publiques - de cette faillite annoncée, non pas de l’euro – ce serait un moindre mal – mais de la majorité des pays de la zone euro, c’est le déficit commercial, lui aussi himalayen, de cette majorité de pays, pourtant fort différents entre eux.
Leur caractéristique commune est simple à définir : c’est leur monnaie, monnaie unique qui empêche tout ajustement de leur compétitivité relative vis-à-vis de pays comme l’Allemagne, en interne, et comme la Chine, en externe.

Si l’on voulait vraiment sauver l’euro, il n’y aurait donc que deux solutions. Exiger que l’euro subsiste en tant que monnaie unique, cela voudrait dire que les pays en excédent commercial permanent soit financent gracieusement les déficits des pays durablement importateurs nets (30 milliards de déficit de la France vis-à-vis de l’Allemagne) soit décident de limiter leurs exportations et d’augmenter leurs importations pour rééquilibrer le commerce international intra-européen – un peu à la façon des attendus de la Charte de la Havane. Solution bien utopique, on en conviendra.

La deuxième solution consiste à abandonner l’euro, au moins en tant que monnaie unique, et de revenir à des monnaies nationales, l’euro – que l’on garde sa dénomination actuelle ou qu’on le remplace par l’ECU – n’ayant plus qu’un double rôle, celui de monnaie de compte et celui de monnaie internationale, c'est-à-dire de monnaie réservée aux paiements internationaux. Voilà ce que pourrait être une nouvelle monnaie européenne, une monnaie commune. Les monnaies nationales, qui auraient toutes une parité fixe – ajustable à certaines échéances ou en fonction de certaines données macro-économiques clairement définies – seraient les seules à être utilisées dans leurs espaces nationaux respectifs.

La monnaie commune, Ecu ou euro, serait émise par une nouvelle Banque Centrale, pour l’ensemble des pays ayant décidé d’agir internationalement en commun, tout en conservant leur souveraineté monétaire propre. Ce n’est qu’ainsi que l’on pourra renforcer la solidarité et la coopération entre pays européens, et donner ainsi tout son sens à la locution « monnaie commune », le choix initial des diverses parités nationales prenant en compte la puissance économique relative de chacun des pays désireux d’entrer dans cette nouvelle ère de coopération, plus transparente et donc plus démocratique.

L’euro ou l’écu monnaie commune : oui. L’euro, monnaie unique, qui réclamerait de s’aligner sur les conditions sociales des moins-disant, un peu comme ce que Angela Merkel semble proposer à Nicolas Sarkozy et à l’ex-banquier Monti, non …

mercredi 23 novembre 2011

Vraie_et_fausse_monnaie

Vraie et fausse monnaie : de quoi parle t-on vraiment ?

Q. On parle beaucoup en ce moment de la valeur de la monnaie, et en particulier de celle de l’euro. Peut-on comparer des monnaies différentes, et y a-t-il des monnaies plus ‘fiables’, plus ‘vraies’ que d’autres ?

Humm, questions délicates. Je vais commencer par répondre à une question que vous ne m’avez pas posée explicitement, en parlant d’abord de ce que l’on pourrait donner comme exemple de ‘fausse’ monnaie.

Q. Je vous en prie…

Chacun comprendra que si je sors un billet de Monopoly de ma poche, et que j’essaye d’acheter un CD ou un bouquet de fleurs avec, il sera refusé.

Q. Certes, mais ce n’est pas vraiment de la monnaie. Tout le monde c’est bien que ce billet n’a aucune valeur … Sauf dans le contexte bien particulier du jeu de Monopoly.

Vous avez raison. On ne peut qualifier ce billet de Monopoly de « fausse monnaie », au moins dans la vie normale, puisque chacun sait qu’il ne vaut rien. Mais supposons maintenant que j’ai réussi à fabriquer un billet qui ressemble à un ‘vrai’ billet de 50 euros, et que j’essaye de m’en servir pour acheter des fleurs à la fleuriste de mon village….

Q. Elle l’acceptera peut être, si elle a mauvaise vue, ou si elle a confiance en vous…

Là encore, vous avez raison. Supposons donc que ce « faux billet » soit fabriqué par un faussaire spécialement habile, et qu’il soit presque impossible de voir la différence avec un ‘vrai’ billet. Ma fleuriste, ou tout autre commerçant, n’aura aucune raison de le refuser, et ce d’autant moins qu’elle a confiance en celui qui lui remet le billet.

Q. Voilà donc une première caractéristique de la monnaie, la confiance que l’on peut avoir en sa valeur, en son utilité.

Mais cela ne nous dit encore rien sur sa valeur intrinsèque.

Q. A savoir ?

Que vais-je pouvoir acheter avec … Quel est le pouvoir d’achat de ce billet de 50 euros… Voilà ce qui compte pour chacun d’entre nous. Cela, et, bien sûr, le nombre de billets que l’on a en sa possession.

Q. Mais qu’est ce qui détermine cette valeur ? En effet, ce que je peux acheter en novembre 2011 avec 50 euros est différent de ce que je pourrais acheter dans un an avec cette même somme, différent aussi de ce que je pouvais acheter en novembre 2010…

En fait, ‘normalement’, la valeur d’une monnaie, son pouvoir d’achat, ‘devrait’ correspondre à, être en adéquation avec, les capacités de production nationale qui fondent la véritable richesse d’une nation.

Q. Je ne suis pas sûr de comprendre …

Si les conditions de fabrication d’une voiture ne changent pas d’une année sur l’autre, cette même voiture devrait coûter toujours le même prix. Mais s’il faut moins de temps – meilleure organisation du travail, ou machines plus efficaces – pour fabriquer cette voiture, son coût devrait diminuer.

Q. Vous parlez de temps de travail. Que faites vous du fait que l’on paye ces heures de travail en monnaie, qu’il faut rajouter au coût du travail des taxes diverses, le coût des matières premières, l’usure des machines, les éventuels incidents dans la chaîne de fabrication ?


C’est bien pour cela que la valeur d’une monnaie dépend du contexte économique dans lequel cette monnaie est émise, et circule de mains en mains ou , plous souvent, de compte en compte, puisque 95% des échanges utilisent comme moyens de paiement de simples transferts ou jeux d’écriture, pas de ‘vrais’ billets.

Q. Voulez vous dire par là que le « vrai argent », la vraie monnaie, ce serait uniquement les billets, et que la monnaie ‘bancaire’, la monnaie ‘scripturale’, cela n’en serait pas ?

Pas du tout. Ce que je dis simplement, c’est que la valeur d’une monnaie, nationale ou internationale, est, ou devrait être, reliée aux capacités de production de la nation ou de la zone géographique dans laquelle elle circule, à la vraie richesse en somme. C’est vrai pour les billets comme pour la monnaie scripturale.

Q. Et ce n’est pas le cas ?

Non, ce n’est vrai ni pour le dollar, qui a été émis en quantités bien plus importantes que ce que l’économie réelle des USA aurait exigé. C’est faux aussi pour l’Euro, dont les quantités émises, soit en billets, soit sous forme de monnaie bancaire, ont connu depuis 2002 une croissance bien plus importante que celle du PIB de la zone euro, même en tenant compte de l’inflation.

Q. Croissance qui ne respecte pas non plus la diversité de la croissance économique et des capacités exportatrices de ses divers constituants …

Tout à fait, d’où les problèmes actuels de la zone euro, et de l’Euro monnaie unique, alors que la monnaie commune que représentait l’Ecu aurait pu, et du, être conservée en tant que monnaie de compte permettant les échanges internationaux intérieurs et extérieurs à Union Européenne. Mais revenons à la question de la valeur d’une monnaie, que ce soit l’euro ou autre.

Q. J’ai compris que cette valeur est fonction de la richesse, de la capacité de production des biens et services d’un pays donné.

De fait, ce n’est pas la valeur absolue d’une certaine somme monétaire qui est importante, mais sa valeur relative, et son évolution. Il est certes important de savoir que vous pouvez acheter une certaine voiture 10 000 euros, mais il est aussi important de savoir quel est votre propre pouvoir d’achat, à un moment donné …

Q. Combien de voitures, ou de hamburgers, je vais pouvoir acheter ?

Oui, et surtout comment la valeur relative de ces 10 000 euros va évoluer dans le futur. Ce même montant va-t-il pouvoir acheter plus ou moins de hamburgers, de fleurs, de voitures, etc…

Q. Donc une double question, portant sur le pouvoir d’achat de la monnaie, et sur mon propre pouvoir d’achat ? Mais qui peut déterminer tout cela ?

Les économistes qui se sont penchés sur la question monétaire ont longtemps soutenu qu’il fallait que la monnaie soit ‘neutre’, et que ce qu’il fallait c’est que le pouvoir d’achat d’une somme monétaire reflète le plus exactement possible la réalité de la richesse sous-jacente, la richesse de « l’économie réelle ».

Q. Cela semble une bonne idée. Et ce n’est pas le cas ?

Pour que ce soit le cas – ce qui pourrait être une définition d’une vraie monnaie (au contraire d’une fausse monnaie quels qu’en soient les véritables émetteurs) - il faudrait que les quantités émises de « nouvelle monnaie » correspondent le plus exactement possible à la croissance industrielle et commerciale d’une zone monétaire donnée.

Mais les faits récents (croissance monétaire en zone euro de plus de 8% entre 2000 et 2007, avec une pointe de 12% en 2008, pour une croissance moyenne inférieure à 2,5%, et une inflation elle aussi de l’ordre de 2%) montrent qu’il y a eu trop de monnaie émise.

Q. Mais les prix auraient du monter plus encore, l’inflation moyenne aurait dû être plus proche de 6% que de 2%, si je comprends bien l’influence de la monnaie ?

Là encore, vous avez raison. Cela signifie simplement que certaines hausses de prix n’ont pas été intégrées aux indices mesurant la hausse des prix. Certains ‘actifs’, comme l’immobilier ou les actions d’entreprises ont fortement augmenté, au moins jusqu’en 2008, de même sans doute que l’argent détenu par certaines couches de la population, au détriment des plus démunis.

Q. Dans certains cas, les moyennes et les indices cachent ce qui est important. Mais que faudrait-il faire pour que de tels phénomènes ne se produisent pas …

Vous voulez dire : comment éviter d’émettre, sinon de la fausse monnaie, au moins de la monnaie plus fiable, plus juste. Les ‘recettes’ sont simples, mais les faire respecter est beaucoup plus difficile, au moins dans le contexte monétaire actuel.

Q. Je suppose que vous allez évoquer la tristement fameuse loi de 1973 ?

Oui et non. L’État, comme les banques privées, peut malheureusement émettre, lui aussi, de la « fausse monnaie », mais cela lui est plus difficile, et il devrait aussi être plus facile de contrôler toute émission intempestive de monnaie.

Q. Pourquoi cela ?

Lorsque les banques émettent de nouvelles quantités de monnaie, elles ‘achètent’ en contrepartie soit des reconnaissances de dettes, soit d’autres actifs financiers, soit même des actifs physiques. La justification économique de ces émissions de monnaie est donc, en définitive, ce qui va faire la véritable ‘valeur’ de la monnaie émise. Si la banque concernée émet 1 milliard d’euros pour financer des investissements durables, ce n’est évidemment pas la même chose que si elle prête cette même somme à une compagnie aérienne chinoise qui souhaite acheter des Airbus à crédit.

Q. Et si cette même somme est consacrée à une OPA boursière, ce serait encore très différent. Mais qu’est ce qui empêcherait l’État de faire de même, et prêter à tort et à travers, et donc émettre de la ‘mauvaise’ monnaie, pour ne pas dire de la ‘fausse’ monnaie ?

Nous avons vu plus haut que la valeur d’une monnaie reposait sur la confiance qu’on attribuait à son émetteur, et aussi au contexte économique dans laquelle cette monnaie était utilisée. Par ailleurs, comme le dit un vieil adage, « la confiance n’exclut pas le contrôle ».

Sans entrer dans le vieux débat, essentiellement idéologique, entre le privé et le public, il semble plus facile de contrôler l’émanation de l’État que pourrait être la banque centrale – ou du moins ce devrait être le cas – que de contrôler ce qui se passe au fin fond des banques privées lorsque celles-ci décident d’accorder de nouveaux crédits.

Par ailleurs, on peut penser que la détermination du « bien public » peut être soumis à discussion publique, puis à contrôle, plus facilement si l’on passe par un Office National du Crédit, adossé éventuellement à un commissariat au plan et à la cour des comptes, que si l’on remet ces choix à des banques privées, qui n’ont ni les mêmes objectifs, ni les mêmes priorités.

Q. Si je vous comprends bien, vous pensez que l’émission monétaire devrait revenir à l’État, mais sous surveillance

C’est du moins ma conception du pouvoir au peuple, pour le peuple, et par le peuple. Laissons aux entreprises ce qu’elles savent fort bien faire, à savoir produire et innover dans les meilleures conditions possibles, et laissons à l’État et aux représentants du peuple leurs pouvoirs régaliens, y compris le pouvoir monétaire.

Q. Et sur la loi de 1973 ?

Cette loi a été décidée pour de mauvaises raisons, en faisant croire que l’État était incapable d’émettre de la monnaie à bon escient. Faisons en sorte, si on doit l’abroger, qu’elle soit abrogée pour de bonnes raisons, mais pas sans un contrôle effectif de la nation. Ce sera la seule façon pour avoir une monnaie ‘fiable’, et pas de la ‘fausse’ monnaie au pouvoir d’achat incertain.

jeudi 3 novembre 2011

UnPlanBpourLes DettesGrecquesetSonAppelAuPeupleSouverain

Face à la perpétuelle fuite en avant de la nomenklatura européenne, y a-t-il un plan B ?

Q. Alors, un nouveau sommet pour rien ?

Il faudrait déjà préciser de quel sommet l'on parle, il y en a eu tellement…

Q. Celui de la fin Octobre, qui devait assurer définitivement l’avenir de la zone euro,…

Ah oui, celui là, déjà remis en question par l’annonce surprise d’un possible référendum grec, lequel, en quelques heures ne semble déjà, lui non plus, être encore d’actualité.

Q. Sa tenue serait, ou aurait été, un rude coup pour l’Europe, dit-on. Qu’en pensez-vous ?

On devrait se réjouir que face à des mesures extrêmement rigoureuses frappant l’ensemble d’un peuple, le peuple grec en l’occurrence, on puisse penser, pour une fois, à le consulter directement. Même si des tensions à l’intérieur du gouvernement grec semblent pouvoir bloquer cet éventuel ‘appel au peuple

Q. Comme autre aléa, il y a aussi – ou il y aurait eu si le référendum est annulé - la nature de la question qui serait éventuellement posée…

Oui, bien sûr. Mais il est instructif de voir que la première réaction de nos ‘élites’ a été de juger totalement incongrue, voire obscène, l’idée de demander à un peuple, censé être souverain, son opinion. Comme si le fédéralisme bureaucratique souhaité explicitement par les candidats, déclarés ou non, du PS et de l’UMP à l’élection présidentielle de 2012, était déjà en place, avec ses pratiques anti-démocratiques, voire totalitaires. Et la pression, voire le chantage, que M. Papandreou a du subir ces dernières 24 heures ne font qu’illustrer ce propos. Jusqu’au porte parole de la commission européenne qui affirme qu’on ne peut sortir de la zone euro sans sortir de l’Europe...

Q. Mais si la Grèce sort de l’Euro, il faut quand même bien faire quelque chose, non ?

Comme le dit fort justement L. Pinsolle, dans des accents ‘gaulliens’, « Il n’y a que dans les régimes autoritaires que le résultat est connu à l’avance ». Mais l’on peut, effectivement aborder les différents scénarios possibles, indépendamment de la tenue effective d’un referendum. La question qui reste posée – ou à poser - implicitement ou non, est bien la suivante: « acceptez vous, en tant que citoyen grec, le plan d’austérité tel qu’il a été formulé dans le dernier sommet européen du 27/28 octobre ».

Q. Et dans le cas où la réponse à cette très éventuelle question serait, ou aurait été, non ?

Si les grecs répondent non à une telle question, soit dans les urnes, soit dans la rue, la réaction des marchés est prévisible, et en simple continuité des nombreuses réactions précédentes : les taux d’intérêts que l’on pourrait éventuellement consentir à la Grèce s’envoleront encore plus, et il sera alors évident – mais c’est déjà le cas – que la Grèce ne pourra jamais rembourser, ne fut-ce que 25 ou 30% de sa dette actuelle.

Q. C’est peut être ce que recherche, ou recherchait, M. Papandreou ?

Effectivement. Plutôt que d’avoir 350 milliards d’euros à rembourser, ce qui est impossible, chacun le sait depuis des mois, mais personne ne veut le dire explicitement – le système des hypocrites et des faux … semblants – il lui a peut être paru souhaitable d’afficher clairement un défaut presque total. 20% de 350 milliards, voilà qui serait sans doute acceptable.

Q. Effectivement 70 milliards contre 350, c’est mieux. C’est peut être cela l’un des desseins secrets du premier ministre grec ? Mais quels en seraient les conséquences pour la zone Euro et pour les fameux ‘marchés financiers’ ?

Pour le moment, tout a été fait lors de la succession presque ininterrompue des différents sommets européens pour ne pas déclencher les fameux CDS, qui risqueraient d’augmenter dans un facteur conséquent, quoique inconnu, les pertes des banques et des détenteurs d’obligations souveraines grecques. Comme si le mensonge ou la dissimulation étaient les seules façons d’éviter un effet domino !

Q. Et ce n’est pas le cas ?

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Même si c’est ‘illégal’, pourquoi ne pas se mettre d’accord pour déclarer que les CDS souverains sont annulés, et que l’on va gérer dans la plus grande transparence les actifs grecs ‘toxiques’. Sur les 350 milliards de dettes publiques grecques, seuls 70 milliards seraient officiellement et ouvertement conservés. Un simple traitement au prorata diminuerait alors la valeur de chaque portefeuille obligataire de 80% (ou tout autre pourcentage raisonnable).

Si les chiffres annoncés par les banques françaises sont exacts, les pertes subies par ces dernières seraient facilement comblées par un an ou deux de non-versement de dividendes. Pour éviter que ces banques, dont la valeur boursière diminuerait encore, ne soient rachetées par des banques étrangères concurrentes, on pourrait décréter – là encore contre les traités internationaux actuels – la cessation des transactions boursières les concernant.

Q. Les grecs s’en sortiraient très bien, dans ce cas. N’est ce pas injuste, voire immoral ?

Il n’y a pas 36 solutions possibles. Soit on accepte officiellement cette décote de 75 à 80% sur les dettes grecques, soit la Grèce quitte l’euro. Que ce soit prévu ou non dans les traités européens est un faux problème, personne ne songe à envoyer des blindés ou des avions pour faire payer les grecs, s’ils ne peuvent le faire, que ce soit juste ou non. Personne non plus n’a envahi l’Argentine quand elle a pris une décision semblable.

Q. Mais si la Grèce quitte l’euro, cela ne résoudra pas pour autant ses problèmes…


C’est du moins ce que nos ‘experts’ – ceux de l’Alliance Hollande-Merkel-Sarkozy – déclarent à qui mieux mieux. Comme si la Grèce, si elle revenait à la drachme, allait changer de position sur le remboursement – impossible – de ses dettes. D’autant plus que le pseudo-raisonnement de ces experts est stupide.

Q. A savoir ?

Supposons que l’euro soit remplacé par la drachme, à une parité de 1 pour 1

Q. Est-ce possible ?

Bien sûr. On verra comment évaluera par la suite le cours de la drachme, mais, initialement, la Grèce peut décréter la parité qu’elle veut, en mettant éventuellement un « sticker » ‘drachme’ sur chaque billet ‘européen’. 350 milliards de dettes en euros, cela fera 350 milliards de dettes en drachmes.

Q. Mais si la drachme chute à 30% de sa valeur initiale ?


Cela ne changera rien pour les détenteurs internes, grecs, de la dette grecque. Mais, bien entendu, les créanciers extérieurs devront « prendre leurs pertes ».

Q. Finalement, l’annonce de ce référendum grec – qu’il ait lieu ou non - ce n’est pas si grave ?

Ce n’est grave que si l’on reste à l’intérieur du système actuel, qui consiste à faire payer les peuples - et non les spéculateurs - en temps de crise, alors que ces mêmes spéculateurs se sont enrichis quand les temps leur étaient plus favorables. Avec un plan B, qui consiste à rendre leur souveraineté aux nations et aux peuples, c’est plutôt une bonne chose.