Tweeter

Rechercher dans ce blog

vendredi 16 décembre 2011

Regle_dOr_Libre_Echange_Intelligent

Pour une nouvelle règle d’or : celle d’un libre échange intelligent.

La question des dettes publiques monopolise la plupart des débats économiques et politiques actuels. Et c’est sans doute à juste titre. Mais l’on parle beaucoup moins d’une question dont la portée, à la fois immédiate et à plus long terme, est sans doute plus importante encore : celle du déficit commercial accompagné, ou causé, par une délocalisation de plus en plus massive.

De fait, depuis 2003, la balance commerciale de la France n’a fait que se dégrader, pour dépasser aux dernières estimations 70 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 10 dernières années, le déficit cumulé entre les investissements français à l’étranger et les investissements étrangers en France a atteint plus de 450 milliards d’euros, soit une fuite annuelle de capitaux ‘utiles’ de 45 milliards d’euros. Combien de pertes d’emplois ont accompagné ce flux ?

En première approximation, on peut estimer dans un rapport de 3 ou 4 à 1 (estimations de M. Allais sur la proportion existant entre le capital et le revenu) la perte de revenus correspondante, et en déduire, à partir du revenu moyen d’un salarié, la perte d’emplois correspondante.

Le désastre de 10 ans d’une monnaie non adaptée au contexte international.

Les 45 milliards ‘délocalisés’ annuellement correspondraient ainsi, chaque année, à une perte d’environ 12 milliards de revenus, correspondant eux-même directement à plus de 200 000 emplois perdus chaque année, c'est-à-dire 2 millions d’emplois en 10 ans.
Douze milliards par an, c’est aussi plus d’un demi-point de croissance perdu annuellement, si l’on part d’un PIB de 1900 milliards. Bien sûr, l’accompagnement social du chômage, et diverses mesures dilatoires politiquement ont pu cacher ce désastre économique, et ramener ces 2 millions à un montant plus ‘acceptable’.
Il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut pas cacher indéfiniment sous le tapis de la démagogie et des promesses pré ou post-électorales cette perte dramatique d’emplois, industriels ou de service.

Signalons enfin que la seule période à ne pas avoir connu cette véritable descente aux enfers est la période 2002-2003, lorsque la parité de l’euro vis-à-vis du dollar était autour ou en dessous de 1.2 dollar pour un euro.

Une règle d’or de bon sens.

Il est sans doute difficile, faute d’accords internationaux, d’imaginer que l’on puisse facilement bloquer ces délocalisations, ou rééquilibrer automatiquement les échanges de biens et services entre des pays aux situations économiques, sociales, environnementales si dissemblables, même si cet équilibre ‘éthique’, de bon sens, avait été explicitement recherché par certains négociateurs – J.M. Keynes en tête – du feu système De Bretton Woods.

Nécessité faisant loi, et pragmatisme oblige, pourquoi ne pas proposer une règle toute simple, reposant sur la véritable parité que devrait avoir une monnaie par rapport à une autre, parité qui pourrait être calculée à partir d’un panier de biens et services correspondant au type de biens et services faisant l’objet des échanges les plus fréquents entre les 2 pays concernés.

Cette règle d’or traduirait donc simplement un vieux principe, un peu oublié, celui de la parité du pouvoir d’achat entre deux monnaies : si le panier chinois vaut 1000 yuans et le même panier vaut 500 euros en France, la parité devrait être de 1 euro pour 2 yuans. Voilà une règle d’or facile à comprendre, et que l’on pourrait recalculer tous les ans : des calculs analogues entre l’euro et le dollar montrerait que, pour la plupart des biens manufacturés, la parité correcte actuelle devrait être de 1.2 et non de 1.3, ou plus.

Cette règle d’or peut être utilisée de diverses façons, ou prendre divers aspects : une taxe de « libre échange », des accords entre entreprises importatrices et exportatrices pour équilibrer a priori, plutôt qu’a posteriori, importations et exportations venant d’un pays donné, ou concernant un secteur donné.
Dans le cas e la France et de l’Allemagne, on pourrait imaginer que des accords bi-latéraux reposant sur ce type de mesures pourraient permettre d’annuler très rapidement le déficit commercial de 30 milliards d’euros qui représente 40 % du déficit commercial global de la France. Entre partenaires, on ne peut demander moins …

L’éthique du libre-échange, et l’esprit de la charte de la Havane.

D’autant plus que cela serait pleinement conforme aux attendus éthiques et équitables de l’esprit de la charte de la Havane, qui a ouvert la voie à tous les accords de libre-échange dont tant de personnes, d’entreprises et d’organisations se réclament actuellement.

jeudi 15 décembre 2011

Une_Monnaie_Au_Service_Du_Bien_Commun

Pour une monnaie "100%" au service du bien commun.

Ce billet aurait aussi pu s'appeler: La crise - pourquoi tant d'aveuglement sur ses causes et ses effets, et donc ses solutions.

Cet aveuglement idéologique repose t-il sur une conception erronée du rôle exact que joue, ou devrait jouer, la monnaie ? Confondons-nous, par ignorance ou par malice, cet instrument - qui devrait être au service du bien commun, du bien public - avec le symbole tout puissant de la richesse, tels le roi Midas ? Peu importe à vrai dire. Le résultat est là.

On compare certes de plus en plus souvent la crise actuelle à la grande crise de 1929, mais sans vraiment aller au-delà d’une vague analogie reposant sur des comparaisons chiffrées portant sur la hausse du chômage et la baisse des valeurs boursières.

Tout se passe comme si les analyses qui ont été faites sur les causes profondes de la grande dépression n’avaient jamais existé.

C’est ainsi qu’à grands renforts de slogans – ou « d’éléments de langage » - slogans qui reposent le plus souvent sur la recherche de boucs émissaires dont l’identité dépend de l’idéologie du dernier ‘expert’ qui parle, on s’efforce de traiter l’un ou l’autre des symptômes d’une crise globale, systémique, et qui ne peut donc se traiter qu’en s’attaquant aux racines du mal, à savoir au système lui-même et à son fonctionnement actuel.

La crise actuelle, dont les préliminaires datent de la crise asiatique des années 1998 – dont le Japon n’est toujours pas sorti – n’est que la continuation de la crise de 2006-2008, dite des ‘sub-primes’. Celle-ci s’est révélée au grand public avec la chute de Lehman Brothers, qui a permis à son grand concurrent Goldman Sachs d’apparaître depuis lors comme faiseuse de rois, ou de premiers ministres.

M. Allais, décédé en 2010, est l’un des premiers à avoir pronostiqué, dès 1998, la crise qui allait déstabiliser l’Europe, et peut être le monde dix années plus tard, en s’appuyant pour cela sur une analyse de la crise de 1929.

Pour M. Allais, comme pour I. Fisher d’ailleurs, l’origine de la grande dépression commencée en septembre-octobre 1929 aux Etats Unis –et qui s’est terminée comme on le sait, par les horreurs de la deuxième guerre mondiale - représente la meilleure, ou pire, illustration que l’on puisse donner des effets nocifs d’un mécanisme incontrôlé et intrinsèquement pervers du crédit reposant sur:

1. la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit,
2. le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme,
3. le développement d’un endettement gigantesque,
4. une spéculation massive sur les actions et les monnaies,
5. un système financier et monétaire fondamentalement instable.

En rappelant que cette crise de 1929 a vu le PIB américain diminuer en 4 ans de 29%, faut-il s’étonner de la comparaison ainsi faite entre deux crises distantes de près d’un siècle, alors même que le financier G. Soros, bien vivant lui – et spéculateur à ses heures- a pu écrire, dès 2007: « le système financier international tout entier repose sur des bases erronées » ?

Faut-il donc s’étonner que la Grèce ait déjà vu une diminution de son PIB de plus de 10% en 2 ans, que l’Espagne compte près de 20% de chômeurs, et que la récession est annoncée pour l’ensemble de la zone euro par la plupart des prévisionnistes ?

Est-ce dire qu’il n’y a rien à faire, et qu’on ne peut que tenter d’atténuer les effets désastreux de cette crise par un accompagnement social, quand ce n’est pas uniquement par de simples vœux pieux à connotation fortement électoraliste?

Oui, si l’on refuse de tirer les leçons du passé en s’attaquant aux fondements même du système, tout en répétant à l’envi « il faut sauver l’euro, il faut sauver l’euro », en fermant les yeux devant les conséquences inéluctables, économiques, sociales et politiques, d’un tel aveuglement. Dans ce cadre là, il n’y a effectivement pas grand-chose à espérer pour la grande majorité des peuples et des nations qui composent la zone euro ou l’Union européenne actuelle.

Il y a pourtant une autre solution, celle que Fisher et Allais, encore eux, ont proposée, l’un depuis près d’un siècle, l’autre depuis des décennies. Cette solution, défendue par une poignée d’économistes plus ou moins hétérodoxes et de toute sensibilité politique (la fameuse union nationale dont on parle tant) revient à trois propositions qui changeraient de fond en comble le fonctionnement du système banco-financier, et qui se résument à une seule, la nationalisation de la monnaie, mais pas des banques :
1. Les actuelles banques de dépôts deviendraient de simples Sociétés de Services Monétaires (S.S.M) assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, la garde et la gestion des moyens de paiement de leurs clients, et les comptes de ces derniers ne pouvant comporter aucun découvert ;
2. Des Sociétés d’Epargne et de Financement (S.E.F), ou « banques de prêts » emprunteraient et prêteraient ces fonds, la « vraie épargne », le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés.
3. Des Sociétés ou Banques de Marchés et d’Investissement (B.M.I ou S.M.I) chargées de mettre en place des solutions de financement direct et de vendre, structurer et gérer des instruments financiers.

Une monnaie « 100 pour cent au service du bien commun ».

Cette triple proposition – parfois connue sous le nom de « 100% monnaie centrale » (qu’il faudrait mieux traduire par une monnaie 100% au service du bien commun) aurait pour conséquence de redonner une souveraineté monétaire pleine et entière à la nation, ou au groupe de nations, qui déciderait de l’appliquer.

Des calculs ont été faits à ce sujet pour l’Europe et pour la France.

Dans ce dernier cas, il a été calculé que, sans la moindre modification de la masse monétaire actuellement en circulation (que ‘on se réfère aux agrégats M1, M2, voire M3), les mécanismes en jeu dans la transition entre le système financier actuel et celui du « 100% » pourraient conduire à une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalent aux obligations d'état détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme.

Cette neutralisation correspondrait ‘simplement’ – si l’on peut dire - à la remontée progressive des obligations publiques françaises à l’actif de la banque centrale, les intérêts éventuels restant à courir apparaissant alors comme des rentrées supplémentaires pour le Trésor Public, et non comme une dépense supplémentaire.

Cela éviterait de ce fait de continuer les opérations de cavalerie actuelle, consistant à ce que la Banque Centrale rachète sur le marché secondaire, le marché d’occasion, des obligations publiques, tout en permettant aux banques secondaires, elles, d’acheter directement, au prix du neuf, de nouvelles obligations publiques permettant de rembourser de vieilles obligations venant à échéance.

Alors oui, nous pouvons sortir par le haut de la crise actuelle, mais cela ne peut se faire qu’en modifiant complètement la façon de gérer notre système monétaire, en interdisant dorénavant aux banques de second rang, qu’elles s’appellent SG, UBS, CA, BNP ou autres de « battre monnaie ». On comprend pourquoi certains de leurs experts voient cela d’un très mauvais œil.

mardi 13 décembre 2011

Euro&Ideologie

La sortie de l’euro : quand l’idéologie remplace l’argumentation.

La 'science économique' n’est vraiment pas une science exacte. Ceux qui n’en seraient pas encore convaincus n’auraient qu’à lire le journal Les Echos de ce jour, et l’article consacré à une éventuelle sortie de l’euro. Dans cet article, la journaliste - Lucie ROBEQUAIN - dit s’appuyer sur un modèle économétrique – et ses jolis graphiques - pour « prouver » que si la France sortait de l’euro, ce serait la catastrophe.

Où l’on fait dire à un modèle ce qu’on veut lui faire dire.

Ayant enseigné pendant plus de 30 ans la modélisation à HEC, j’ai toujours tenté de faire comprendre deux choses à mes étudiants. Tout d’abord que le modèle n’était pas la réalité, et que la « carte n’était pas le territoire ». Ensuite que les conditions d’application du dit modèle devraient être respectées. En d’autres termes, qu’il ne fallait pas demander à un modèle, construit pour répondre à certains objectifs (la carte du métro de Paris ne nous dit pas grand-chose sur les films qu’on joue dans cette ville), plus qu’il ne pouvait donner.

Le modèle, utilisé par l’Institut Montaigne – joli nom au demeurant – ne répond à aucune de ces deux conditions de bon sens. Il est pourtant dit que ce type de modèle ne devrait être utilisé que pour de petites fluctuations monétaires – ce qui ne serait pas le cas si le franc était prétendument dévalorisé de 20% par rapport à sa valeur actuelle – et que son degré de validité (comme on dit pour la meteo) n’est que de 1 sur 5. Et, plus fort encore, si l’on peut dire, ce modèle – dont la cohérence externe est donc tout à fait discutable – ‘prédirait’ une baisse du PIB allant de 6 à 19%. Bonjour la précision.

Bien entendu la rédactrice de l’article, qui pense sans doute avoir commis un brulot contre ceux, assez peu nombreux encore mais dont le nombre va grandissant, qui contestent que la sortie de l’Euro serait une catastrophe pour la France, pour l’Europe, voire pour le monde entier, ne retient que l’estimation haute de la fourchette : 19% de baisse pour le PIB, et un million d’emplois perdus.

L’idéologie comme argumentaire principal.

Mais laissons tomber là les modèles dont l’on sait, depuis l’affaire des subprimes et de la titrisation d’actifs ‘pourris’, qu’ils ne sont souvent élaborés que pour paraître justifier les résultats que l’on veut obtenir, et abordons les deux autres points de l’article, encore plus clairement ‘manipulatoires’.

Le postulat de base de la journaliste des Echos serait que le franc2012 serait dévalué de 20%. Même si cette estimation est plausible par rapport à l’euro-mark (que l’Allemagne reste dans l’euro, ou en sorte, d’où l’expression ‘euro-mark’), ce n’est sûrement pas le cas vis-à-vis de l’euro-lire ou l’euro-peseta, puisque, au niveau des valeurs intrinsèques des différentes monnaies nationales, la plupart des experts s’entendent sur l’échelle minimaliste suivante proposée par la banque d’affaires Nomura, échelle qui correspond à leur puissance et compétitivité économique respectives :
drachme :0.47, peseta :0.71, lire :0.86, franc :1.0 mark : 1.13. Le « 20% » énoncé par L. Robequain n’a donc aucune réalité économique, même par rapport à l’Allemagne.

Il est donc difficile d’accepter, là encore, les chiffres extravagants qui semblent arranger Lucie Robequain , en particulier quand on en vient à la question des dettes publiques, passées en moins de 5 ans de 1200 à 1700 milliards.

Notre experte des Echos prétend qu’une dévaluation de 20% du franc par rapport à l’euro augmenterait cette dette d’autant. Ceci est manifestement faux, puisque si la parité initiale retenue pour le franc2012 vis-à-vis de l’euro est de 1 – ce qui correspondrait, nous l’avons dit, à sa parité ‘normale’ relativement au panier des autres monnaies constitutives de l’euro actuel – il n’y aurait aucun changement au moment du passage à l’euro.

Non, les dettes publiques n’augmenteraient pas du seul fait qu’elles seraient exprimées en franc, bien au contraire.

Ce ne serait que si, par la suite, la dévaluation postulée par L. Robequain s’avérait exacte que cela impacterait le niveau des dettes publiques, mais pas dans le sens annoncé. De fait, pour les détenteurs de la dette publique française, résidant en France, cela ne changerait évidemment rien, puisque nous sommes dans l’hypothèse que le franc2012 serait notre nouvelle monnaie nationale, et que l’euro n’aurait une valeur que sur les marchés extérieurs.

Par contre, pour les détenteurs non résidents de cette dette, cela constituerait une perte, qui n’aurait aucune conséquence sur le niveau des dettes publiques françaises, exprimées en francs2012.

Un dernier point, qui paraît plus sérieux celui là, porte sur les intérêts que les marchés financiers imposeraient à la France pour la ‘punir’ d’avoir ainsi osé quitter la zone euro, avant même qu’elle ne se désagrège toute seule.

Il est clair que la France n’aura pas, à elle seule, le pouvoir d’influencer les marchés – même si l’on peut se demander si la zone Euro a encore le moindre pouvoir en ce domaine. Le plus sûr moyen pour la France d’échapper à cet éventuel diktat extérieur serait … de pouvoir se passer d’y avoir recours. Ceci est évidemment possible, à la condition que le déficit commercial de la France – qui ne s’est véritablement creusé que depuis la naissance de l’euro, faut-il le rappeler – ne soit fortement réduite.

Mais cela est justement attendu de plusieurs mesures, en sus ou à côté de l’éventuelle dévaluation postulée par notre journaliste experte, mesures qui constituent ce que le regretté Maurice Allais appelait du protectionnisme intelligent et raisonné : il aurait pu se faire au niveau de l’Europe, il peut se faire au niveau de la France. Sans déficit commercial, l’influence, bonne ou mauvaise, des marchés financiers sur la politique économique et monétaire de la France serait très fortement diminuée, voire annihilée, et la question des taux d’intérêt aurait perdu une bonne partie de son importance, surtout si la France retrouve tout ou partie de la souveraineté monétaire qu’elle a perdue depuis 1973.

Raisonnons par l’absurde, et comparons.

Allons cependant encore plus loin, et supposons que les conclusions de L.Robequain soient partiellement vraies : nous allons prendre des chiffres intermédiaires, 12% de diminution de PIB, 500 000 emplois perdus, même si je n’y crois absolument pas, ces ‘conclusions’ me paraissant beaucoup plus idéologiques, voire dogmatiques, que scientifiques. Et demandons-nous ce que les plans de rigueur et d’austérité – dont nous n’avons pour le moment subi que les premiers effets – amèneront comme conséquences pour la France.

500 000 emplois perdus, c’est déjà moins que ce qui ont disparu les cinq dernières années, et il est à craindre que le fait de rester 5 ans de plus dans la zone euro n’ait des conséquences plus graves encore. Il suffit de regarder ce qui s’est produit pour la Grèce (moins 10% en 2 ans, et ce n’est pas fini). La croissance prévue en France a déjà été rajustée à la baisse de plusieurs points, et, là encore, ce n’est sûrement pas fini, du moins si l’on continue à élaborer notre politique économique à la seule aune de ce que semblent penser les marchés financiers et leurs armes de destruction sociale massive, les fameuses agences de notations. Alors, vaut-il mieux ne rien faire, tel un mouton que l’on conduit à l’abattoir, ou tenter une sortie ?

A chacun de choisir, mais aucun argument scientifique ne permet d’affirmer que sortir – à temps de l’euro – est plus dangereux que d’y rester, bien au contraire, même si la pensée dominante, sinon unique, nous l’affirme. Idéologie, quand tu nous tiens …

jeudi 8 décembre 2011

Le_Double_Et_Triste_Jeu_Derriere_Les_Dettes_Souveraines

Souveraineté des états et dettes souveraines : pourquoi veut-on faire croire qu’on peut et qu’on va rembourser les dettes publiques ?

Les dettes publiques des 3 plus grandes puissances à la base du vénérable et historique marché commun varient entre 85 et 120% de leur PIB. Si on ajoute aux dettes publiques les dettes privées, et si l’on se limite au cas de la France, on arrive, selon les estimations, à 3 ou 4 fois (300 ou 400%) le PIB.

En supposant que l’encours des dettes publiques a une maturité moyenne de 6 ans (on empruntera à 10 ans en 20122 pour rembourser les emprunts faits en 2003), pour une maturité standard de 10 ans, et que l’encours des dettes privées (entreprises et ménages) une maturité moyenne de 10 ans (les prêts au logement ayant une durée pouvant atteindre 25 ans) on arrive ainsi, très grossièrement, à une nécessité de rembourser chaque année environ 40% du PIB, 280 milliards (16% du PIB) pour la dette publique, 400 milliards (24%) pour les dettes privées.

D’autres calculs indépendants estiment entre 35 et 40% la valeur des frais financiers intégrés aux prix de production des biens et services produits en France, ce qui est cohérent avec notre propre estimation.

Le défaut des débiteurs, public ou privé, est donc inscrit dans les faits.

Laisser croire que l’on peut rembourser, que l’on va rembourser, c’est dire que l’on peut et que l’on va amputer la richesse réelle des français de 40% pour rembourser les créanciers, que ces derniers soient des nationaux ou des étrangers.

Nul besoin d’être un grand expert, auto-proclamé ou non, pour dire que c’est impossible : le simple bon sens nous le dit. Par ailleurs, même si on le pouvait ‘physiquement’ – en travaillant donc à 40% pour les seuls créanciers – ce serait impossible du seul point de vue monétaire. De fait, étant donné que la monnaie que l’on utilise en France est l’euro, et que l’euro a été créé en contrepartie de ces dettes, le remboursement annuel, très éventuel des 680 milliards dus en 2012 contribuerait à diminuer la masse monétaire d’une quantité égale (supérieure à toutes les liquidités disponibles, telles qu’elles sont recensées dans l’agrégat monétaire M1). Rappelons que l’agrégat monétaire M3, qui recense la monnaie, mais aussi l’épargne liquide et semi-liquide est de l’ordre de 1750 milliards d’euros.

Les créanciers se payent sur … les intérêts.

Ainsi, à la fois d’un point de vue purement monétaire et d’un point de vue purement économique, de tels remboursements sont impossibles. La seule chose que peuvent réellement attendre les créanciers de leurs débiteurs, c’est le paiement des intérêts. D’où le jeu ‘vicieux’ que jouent actuellement les agences de notation, complices conscients ou non des marchés financiers. Si le principal de la dette n’est pas remboursable, autant se payer sur les intérêts…

Une opération de cavalerie connue et admise de tous … jusqu’à maintenant.

Ce n’est évidemment pas une découverte que l’Etat français, comme la plupart des Etats européens, rembourse ses dettes par de nouvelles dettes, en empruntant en 2011 à 10 ans pour rembourser ses dettes de 2002, en 2012 pour ses dettes de 2003, etc. Cette opération de cavalerie dure depuis des décennies, mais s’est compliquée du fait qu’en sus du principal, il lui faut rembourser les intérêts, qui vont croissants avec une dette croissante, un des à-côtés - scandaleux pour certains, normal pour d’autres - de la loi Pompidou-Giscard de 1973 : 1400 milliards d’intérêts, sur les 1700 milliards de la dette actuelle de la France.

Mais pourquoi tant de bruit et de fureur maintenant ?

Que les banquiers, principaux bénéficiaires de la loi susdite et donc des obligations publiques, s’enrichissent, après tout, qui peut leur reprocher? Quand l’économie va à peu près bien, ils s’enrichissent plus vite que les autres, c’est tout. Mais quand l’économie réelle stagne, et qu’éclate la crise des subprimes, cet enrichissement sans cause, ces « faux droits » suivant l’expression de M. Allais, cela devient plus problématique. Et ce d’autant plus qu’avec la crise des subprimes les banques sont venues demander aux états de les aider, en remettant en valeur le slogan, privatisation des profits, collectivisation des dettes.

Il est donc de bon ton d’essayer de trouver des boucs émissaires, pour les marchés financiers, comme pour les banques, et même pour les gouvernements en place. Le bouc émissaire, c’est toujours l’autre, bien sûr, et, dans le cas présent, le cas des dettes ‘souveraines’, l’autre est tout trouvé « ce sont les dépenses somptuaires de l’état », nous vivrions au dessus de nos moyens.
Il faudra cependant expliquer au contribuable et à l’électeur comment, avec du chômage et des capacités de production inutilisées, la France peut vivre au dessus de ses moyens. Il faudra aussi expliquer comment il peut être normal que 40% de la richesse d’un pays soit aux mains d’un secteur ‘improductif’, le secteur banco-financier, dont la tâche principale devrait être de gérer des moyens de paiement adaptés à l’économie réelle, celle des biens et services tangibles, non de spéculer sur des dérivés de dérivés de produits financiers.

Serait-ce pour faire oublier que la zone euro repose sur une construction artificielle, l’euro, qui ne peut s’avérer viable vu l’hétérogénéité économique et sociale de la zone concernée ? Serait-ce pour faire oublier que l’Europe a existé avant l’euro et l’explosion des marchés financiers, et qu’elle peut très bien survivre à sa disparition ?

mardi 6 décembre 2011

MonnaieUniqueCommune_Kesaco

Monnaie unique, monnaie commune, monnaie nationale : de quoi parle t-on ?

Q. Pourquoi tous ces nouveaux mots ? Que veut-on dire par là ?

En soi, toute monnaie qui est utilisée dans une zone géographique donnée, et qui est validée comme moyen de paiement exclusif, est une monnaie ‘unique’. Le dollar, aux USA, est une monnaie unique, le franc suisse, en … Suisse, est une monnaie unique. L’euro est, pour le moment, une monnaie unique dans la zone euro.

Q. Pourquoi parle t-on alors d’une monnaie qui ne serait pas unique ?

Tout simplement parce que l’euro est une création artificielle, que les ‘prescripteurs’ ont voulu imposer à des pays qui n’étaient pas prêts, ni économiquement, ni socialement, ni politiquement, à la recevoir.
C’est un peu comme si les USA avaient voulu imposer – c’est d’ailleurs ce qu’ils ont tenté de faire – imposer donc le dollar à l’ensemble du continent nord-américain, voire à l’ensemble des deux Amériques, et, encore plus loin, à l’ensemble du monde.

Q. Et quand est-il d’une monnaie commune ?

Il y a plusieurs définitions ou conceptions possibles d’une « monnaie commune ». Mais ce qui est important à savoir, c’est que la première propriété d’une monnaie commune, c’est que … ce n’est pas une monnaie, au sens où elle ne peut être utilisée directement pour des paiements.

Une « monnaie commune »- qui n’est donc pas une monnaie- est une unité de compte, qui va permettre de comparer entre eux diverses monnaies nationales. C’était le cas anciennement pour l’ECU (European Currency Unit), qui permettait de comparer entre elles les valeurs du franc1998, de la peseta1998, du mark1998, etc.

Q. Si je comprends bien, une monnaie commune européenne permettrait de relier entre elles différentes monnaies nationales européennes, afin de permettre plus facilement des échanges internationaux dans la zone concernée.

C’est tout à fait cela. L’étendue de cette zone, et donc de la validité géographique de cette nouvelle zone monétaire, dépendra évidemment du nombre et de la superficie des pays qui voudront, ou devront, sortir de la zone euro actuelle, zone artificielle pour laquelle on a voulu forcer le passage d’une « unité de compte » - l’ECU ancien – à une monnaie (unique) l’euro2002.

Q. Mais comment comparer la valeur des monnaies nationales à la valeur actuelle de l’euro ?

Si la zone euro éclate, je ne sais pas si l’on pourra encore vraiment parler de la valeur de l’euro.

Mais, au niveau du pouvoir d’achat, c'est ce qui intéresse le plus les différentes populations concernées, c’est très facile de répondre : le terme savant pour cela est la ‘parité’, la parité d’une monnaie par rapport à une autre.

La valeur d’une monnaie n’existe pas dans l’absolu, elle est toujours relative, relative dans le temps – comment va-t-elle évoluer – relative dans l’espace – que vaut-elle par rapport à une autre monnaie – relative en tant que pouvoir d’achat ? Combien de sandwiches, de baguettes, de bonbons, de CD vais-je pouvoir acheter avec une somme donnée, maintenant et plus tard ?

Q. Plus précisément, comment cela pourrait-il se passer dans le cas du franc ?

Si l’on compare la puissance économique relative des pays tels que l’Espagne, l’Italie, la France ou l’Allemagne, on pourrait imaginer, en donnant la valeur 1 à un franc2012 – à un franc « libéré » (de la tutelle de l’euro)- l’échelle suivante :
1.2 pour le mark, 1 pour le franc2012, 0.9 pour la lire2012, 0.8 pour la peseta 2012.

Q. Ce qui veut dire ?

Cela veut dire que la valeur relative du franc2012 ne changerait pas vraiment par rapport au « panier pondéré » des diverses monnaies nationales, mais que le mark est sous-évalué par rapport à sa vraie valeur – ce qui explique que l’Allemagne ne veut surtout pas sortir de l’Euro, si, du moins, elle n’est pas obligée de payer pour les dettes des autres. Cela signifie aussi que la peseta et la lire sont sur-évaluées.
Le prix de la baguette, exprimée en euro ou en franc2012 ne devrait donc pas changer, il devrait diminuer de 20% pour l’Allemagne, augmenter un peu en Italie et en Espagne, à conditions de production constantes.

Q. Et pour les loyers, ou d’autres dépenses plus importantes ?


Là encore, un loyer de 600 euros correspondrait à un loyer de 600 franc2012, une voiture de 10000 euros serait achetée à 10000franc2012, une dette de 100 000 euros correspondrait à une dette de 100 000franc2012.

Q. Alors, pourquoi tout ce raffut autour des propositions de Marine sur la monnaie?

Certains ont intérêt au statu quo, bien sûr. Mais d’un point de vue purement national, et sans doute même européen, nous avons tout intérêt à redevenir maitre de notre monnaie, condition nécessaire à la reprise en mains de notre avenir industriel, et donc social et politique.