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mercredi 26 décembre 2012

QuelquesMythesMonetaires


Quelques mythes monétaires dont il faut se défaire … pour bien comprendre le système.


1)     Seule la banque centrale crée de la monnaie.
 Non, la monnaie créée par la banque centrale ne correspond, en France, qu’à moins de 10% de la monnaie réellement utilisée dans les échanges (Au Royaume Uni, c’est encore moins)

2 2)    La banque centrale fabrique seulement des billets.
      Non, l’essentiel de la monnaie créée par la banque centrale est sous forme scripturale, électronique, elle ne va servir qu’aux banques privées.

3 3)     Les banques privées ne créent pas de monnaie, elles se contentent de la faire circuler.
       C’est faux, les banques privées créent de la monnaie dès qu’elles accordent un crédit (et en détruisent dès que ces crédits sont remboursés)

   4)  Les banques sont des intermédiaires entre les épargnants et les investisseurs.
 C’est en partie faux (voir mythe 4). De très nombreux crédits sont créés « à partir de rien » (ex nihilo)

5 5L’argent créé par les banques va en priorité aux entreprises productives.
       C'est faux : Seule  une petite partie des crédits (8% au Royaume Uni) va aux entreprises, le reste alimente la spéculation boursière et immobilière, directement ou par le biais des marchés dérivés.

    6)  La sphère financière est essentielle à l’économie, sans elle pas de richesses créées.
      C’est faux. Seule l’économie réelle, celle qui produit des biens et services, crée de véritables richesses. En revanche, la finance peut, hélas, bloquer l’économie réelle, puisque l’on peut considérer que les circuits financiers correspondent à l’huile ou au sang de toute économie moderne. Mais rien n’impose que ces circuits soient  « privés ».

Un dernier slogan, encore plus faux, si l’on peut dire : qui paye ses dettes s’enrichit. Il n’y a qu’à voir la Grèce, le Portugal ou l’Espagne pour comprendre à quel point c’est faux. Il serait instructif de se demander "à qui profite le crime".

vendredi 14 décembre 2012

LaCriseEstDerriereNousBenVoyons


La Crise est derrière nous ? Ben, voyons ! 

(Entretien réalisé le 13 décembre, après le "succès" du dernier conseil des ministres des finances de l'UEM)

Q. Vous ne croyez pas à cette sortie de crise ? La Bourse semble y croire, elle, de même que de nombreux experts, à en juger par les medias …

J’aimerais y croire, croire que notre président Hollande est un magicien, et Mario Draghi son partenaire, à moins que ce ne soit l’inverse. Mais j’ai un peu de mal à croire à l’efficacité  concrète de leurs actions, jugez plutôt :

L’ensemble des pays de la zone euro croule sous le poids de leurs dettes publiques, de l’ordre de 80 à 90% de leur PIB, nettement plus pour certains.

Ce poids apparemment écrasant permet à leurs gouvernants, qui veulent se montrer responsables – pas comme leurs prédécesseurs, bien sûr – d’entamer un programme de réformes se traduisant par une austérité accrue, voire par une récession  d’une ampleur inégalée depuis des décennies, voire près d’un siècle : 25% de diminution, en 4 ans, du pouvoir d’achat de nos amis grecs, un taux de chômage dépassant 25% pour nos voisins espagnols.

Q. Je ne nie pas ce constat. Mais quelle importance, ce n’est peut-être qu’un mauvais moment à passer ? le CAC40 est au plus haut depuis 2 ans, ainsi que la plupart des autres bourses européennes.

Dans toute crise, il y a des gagnants et des perdants. Je ne nie pas que certains s’en tirent plutôt bien, mais je nie absolument que nos pays soient réellment sortis de la crise. Les vrais problèmes sont toujours là.

Q. De quels problèmes parlez- vous, puisque la question des dettes publiques semble avoir été réglée par les mesures « innovantes » de la BCE ?

Puisque vous insistez, parlons donc de ces mesures « innovantes » - qui sont en fait vieilles comme le monde, et qui auront sans doute les mêmes conséquences , une forte inflation et la ruine des plus fragiles ou des plus faibles d’entre nous.

Q. Pouvez-vous préciser ?

D’abord, un rappel  ou un conte pseudo-historique. Supposons que nous formions un seul pays, l’Europeland, avec un roi qui se croit tout puissant, et qui a seul le droit de « battre monnaie ». Dit autrement, la seule monnaie légale serait celle qui circulerait à l’effigie du roi, disons MouLePremier.

Q. Humm, cela me rappelle effectivement certaines pratiques, de Louis XIV à Louis XVI en particulier.

Si vous voulez.  Pour certaines raisons, bonnes ou mauvaises, les dépenses du roi et de sa cour ont dépassé de très loin, et cela des années durant, les impôts que MouLePremier a levés, soit par bonhommie pour le « petit peuple », soit par ignorance, soit pour éviter que son peuple ne tente de se révolter. Mais, heureusement, le roi a une autre solution que les impôts pour payer ses dépenses, c’est la possibilité de battre monnaie.

Q  Effectivement, et quel est le problème ?

Il y en a 2. Soit cette émission de monnaie a été faite à bon escient, et surtout avec le bon « tempo », en évitant de s’endetter auprès de banquiers privés.

Q. Dans ce cas, il n’y aurait pas de dettes publiques, même si l’on peut s’interroger sur l’utilité des dépenses de la cour. Une émission monétaire judicieuse (du point de vue du roi) associée à une fiscalité complémentaire laisse les finances du roi – sinon du royaume – en bon état.

C’est donc au deuxième problème qu’il faut s’attaquer. Celui qui correspond au cas où la « planche à billets », ou à « pièces de monnaie » n’a pas fonctionné à 100%, au cas où le royaume, notre Europeland, a dépensé pendant des années plus qu’il n’a ‘récolté’ en impôts. Au lieu d’émettre de la monnaie, il a émis un certain nombre de reconnaissances de dettes, par exemple sous la forme de « Bons du Roi » ou « Bons du Trésor ».

Q . Là encore, où est le problème ?

Les créanciers du trésor ont eux-mêmes prêté de l’argent, ou des promesses d’argent, qu’ils n’avaient pas (on a supposé que la seule autorité susceptible de « créer » de la « vraie monnaie » était le Roi, ou la puissance royale). Ces promesses étaient gagées, plus ou moins, sur l’espoir que le Royaume, Europeland, finirait par rembourser. D’ailleurs, peu importe en vérité, dès lors que ces promesses de payer, les billets « de banque » permettent d’acheter les différents biens et services échangés en Europeland.

Ces banquiers, dans leur bilan, avaient ouvert un compte, au passif, au roi , à sa cour et à ses fonctionnaires royaux, et, à l’actif, avaient inscrit soigneusement les reconnaissances de dettes.

Supposons maintenant que les divers banquiers, qui ne travaillent pas qu’avec le royaume mais aussi avec des clients privés, entreprises ou ménages, industriels ou consommateurs, commencent à se dire que les reconnaissances de dettes de l’Europeland ne valent peut être pas grand-chose, et qu’il vaudrait mieux les gager sur quelque chose de plus solide.

Q. Quoi par exemple ?

Ce peut être sur des réalités plus tangibles, sur des activités plus porteuses, sur des créances de particuliers moins dépensiers ou plus entreprenants, voire sur des créances étrangères paraissant plus sérieuses. Quoiqu’il en soit, si les créances publiques, ou « royales » apparaissent moins solides que précédemment, il va se produire simultanément deux phénomènes.

Q. Lesquels ?

La valeur de ces créances diminuant par rapport à leur valeur ‘nominale’ inscrite au bilan (une créance de 20 milliards n’en vaudra plus que 15, voire 10, voire moins encore. Tout va dépendre des garanties, de la ‘maturité’ de ces créances royales, voire, si notre royaume, l’Europeland, est subdivisé en fiefs, de la valeur de la signature de tel fief par rapport à tel autre, toutes les signatures ne se valant pas.
D’où le deuxième phénomène : tenter de refiler à un autre banquier ses reconnaissances les moins sûres, les plus ‘toxiques’.

Q.  Ce qui ne favorise évidemment pas la confiance entre les banques privées, ni le fonctionnement du marché interbancaire ?

Effectivement. De nombreux échanges se font en utilisant des monnaies ‘privées’, ou des promesses de monnaie entre banques différentes. Mais que va valoir un chèque de la BNP encaissé par la Société Générale, si la BNP apparaît, à tort ou à raison, moins sûre que la Société Générale. Chaque banque va essayer de ne plus fonctionner qu’avec ses propres clients. Aucune banque ne sera non plus très tentée ‘octroyer de nouveaux crédits, d’où une situation d’attente très malsaine pour l’état général de l’économie de notre Europeland.

Q. D’accord, mais que vient faire notre banque centrale, ou la banque centrale de l’Europeland dans cette situation ?

Supposons que le montant des encours de dettes (publiques) en cours soit de l’ordre de 10 000 milliards de ‘souverains’ – ou 10 000 milliards d’euros pour faire plus réaliste. La  Banque Centrale royale peut dire : messieurs les banquiers, les créances de 10 000 milliards d’euros que vous avez en votre possession, à votre actif, et pour lesquelles vous doutez de leur véritable valeur, valent réellment 10 000 milliards d’euros.
Pour vous le prouver, je vais les racheter, c’est-à-dire prendre ces créances à mon compte, à mon actif, et mettre à mon passif, c’est-à-dire à votre crédit, sur vos différents comptes  « Banque Centrale royale »10 000 milliards d’euros.

Q. Mais qu’est-ce que cela change ? C’est un simple jeu d’écritures ?

Effectivement, vous avez raison. Mais, du point de vue de la confiance, cela peut changer beaucoup de choses. Les banques savent qu’elles ne vont plus être en situation d’insolvabilité, leur bilan, même s’il n’est que ‘nominal’, ou virtuel, a été validé par la Banque Centrale. Elles savent, de plus, leurs clients savent, les « marchés financiers » savent que leurs comptes « centraux » sont réellement approvisionnes.

Q. Mais que va-t-il se passer si ces banques décident d’utiliser leurs comptes centraux, abondés en monnaie centrale, pour financer l’économie réelle ?

Je vous laisse imaginer le résultat. Cette nouvelle monnaie, une fois « déstérilisée », peut irriguer l’économie en causant un véritable tsunami inflationniste, puisqu’elle ne correspond à aucune nouvelle valeur économique en capacités de production de biens ou services. Tant que cette monnaie reste sur les comptes de la Banque Centrale, tout ira bien : mais sinon…

Q. C’est pour cette raison que vous parlez d’illusion et de magie en qualifiant les décisions de MM. Hollande et Draghi ?

Tout à fait, ce qui va nous permettre de sortir de notre conte pseudo-historique pour dire quelques mots sur la situation actuelle.

Q. J’allais vous le proposer. Je voudrais en particulier que vous me précisiez ce qui s’est passé pour la Grèce ?

L’Euroland n’est pas tout à fait aussi unie que l’Europeland de mon historiette. Il y a des créances publiques plus ou moins solides, et, même au niveau national, la banque de France, quoique simple ‘annexe’  de la BCE, n’est pas non plus tout à fait dans la même situation que la Banque d’Allemagne, et ceci vaut pour toutes les autres « annexes nationales » de la BCE.

Mais laissons là ces détails – qui n’en sont pas vraiment – pour en venir à la Grèce.

Q. Oui, pourquoi lui a-t-on permis de racheter à prix cassés une partie de sa dette ?

J’y vois deux raisons principales, dont l’objectif commun est la crédibilité vis-à-vis des marchés financiers. Il faut continuer à faire croire que les grecs ont mal agi …

Q. – et donc les punir, un peu ou beaucoup .

Oui, et, par ailleurs, comme il est devenu évident à tous que les dettes grecques ne seront jamais remboursées, ni totalement ni même pour une partie significative d’entre elles, il fallait faire un geste sanctionnant que les dettes grecques n’avaient pas la même valeur, pour une valeur nominale donnée, que les dettes françaises ou allemandes.

Q. Les dettes de certains ‘seigneurs’ sont plus crédibles que d’autres ?

Tout à fait, il y a les manants, les gueux, et les autres.

C’est pour cela que la BCE et Bruxelles ont agi en deux étapes : forcer les créanciers de la Grèce à vendre à moitié prix certaines de leurs créances (les critères de ce choix ‘volontaire’ me sont inconnus, secret d’état peut être) en permettant de plus à la Grèce d’emprunter la somme permettant de rembourser cette somme, inférieure de moitié à sa dette nominale.

Q. Cela fait, on revient à la situation dont vous parliez précédemment…

Oui, la BCE pourra, si elle le désire, décréter que les dettes publiques grecques valent réellement leur valeur nominale, quitte à émettre de nouveaux « bons du trésor européens » - des eurobonds – en lieu et place des obligations grecques. Là encore, c’est un simple jeu d’écritures, mais qui peut avoir une conséquence économique favorable sur les finances grecques, puisque l’on peut penser que, dans ce cas, le taux d’intérêt payé par le Trésor public grec sera moins important que précédemment.

Q. Dans ce cas, cela impliquera peut être que d’autres pays, dont l’Allemagne, verront leurs taux d’intérêt augmenter ?

C’est bien pour cela que l’Allemagne d’Angela Merkel est plus que frileuse sur les euro-bonds. Mais, à ce « petit détail » près, les opérations auxquelles se livre la BCE depuis plus d’un an correspondent exactement à ce que j’ai décrit dans mon conte : nous avons des jeux d’écriture qui ne servent qu’à rassurer les marchés financiers, et surtout les banques, sans apporter le moindre souffle à l’économie réelle, tout en faisant courir à l’ensemble de l’économie européenne un énorme risque.

Q. Et cette épée de Damoclès, ce serait … une inflation dévastatrice ?

Oui. Sans compter un risque politique encore plus important peut être. Sous prétexte de régler la question des dettes publiques et de sauver l’Euro, et, par un faux syllogisme, l’Europe, et même la paix, on veut mettre les européens devant un fait accompli : une union bancaire décidée sans consultation populaire et statuant au-dessus de toute autorité démocratique légitime, comme un super-Fouquet et face à un sous-Louis XIV devenu impuissant, en dépit de ses effets de manche.

Q. Je vois : votre super-Fouquet ne s’appellerait-il pas Mario Draghi par hasard ?

Je laisse au lecteur le soin de tirer ses propres conclusions.

mercredi 12 décembre 2012

RembourserSaDetteaPrixCasses


Rembourser sa dette à « prix cassés » : l’enfumage continue

Billet d’humeur.

Le journal « Le Point »  dans un article daté du 12 nov. 2012 nous raconte une bien belle histoire.
La Grèce, tout en soumettant les plus fragiles de ses concitoyens à une austérité de plus en plus grande (perte effective de 25% de leur pouvoir d’achat en 4 ans), va « racheter à prix cassés sa dette ». Mais il ne faut surtout pas dire explicitement qu’on lui fait un cadeau. Sans cette pression de la dette, toujours à la limite de l’insupportable, comment imposer des réformes à un peuple soi-disant souverain.

Imaginez le dialogue suivant, entre votre banquier et vous-même : « Cher client, vous me devez 30 millions. Il faut que vous rachetiez cette dette, disons pour 15 millions (les prix « cassés » dont parle Le Point) Par ailleurs, je vous prête ces 15 millions, puisque vous ne les avez pas, et, de plus, je vous les prête à un taux inférieur de moitié à l’ancien taux. Signez là, mais n’en parlez à personne ».
Pourquoi ? Parce que sinon tous les débiteurs voudront avoir la même remise….

Il faut donc cacher cela, à tout prix, en particulier à tous nos compatriotes surendettés qui  ne pourraient comprendre cette générosité envers l’Etat grec – et surtout ses banques. Pour enfoncer le clou, et montrer le sérieux de telles mesures, nos « experts » continuent à écrire, d’un ton docte, les pires sottises comme :

Selon des documents qui ont filtré ces dernières semaines, la zone euro et le FMI avaient déjà calculé que les mesures annoncées ne permettraient de ramener la dette qu'à 126,6 % du PIB en 2020, laissant entendre qu'il faudrait d'autres initiatives ultérieures pour revenir au seuil de 124 %, comme promis.

Ces ‘prévisions’ sont grotesques: comment prévoir à 8 ans le ratio de dettes/PIB, surtout à la décimale près. C’est sans doute histoire de faire sérieux: les experts se battent sur les décimales ...

Tout cela pour quoi : pour « sauver » l’Euro… et pour faire oublier que la fameuse « lutte contre la finance » décrétée au Bourget par le candidat F. Hollande a accouché d’une souris.

De fait, tout est fait par le système, et donc par ceux que Marine Le Pen appelle, à juste titre, les commis de la haute finance, pour faire croire que nos dirigeants agissent pour le bien de leurs concitoyens, alors que c’est tout le contraire : c’est cela l’enfumage. Dire que l’on est sérieux, qu’on lutte contre les dépenses inutiles, alors que c’est le lobby des marchés financiers et des banques que l’on choit.

Ainsi, au lieu d’une réforme bancaire redonnant la souveraineté monétaire à l’Etat, en séparant les institutions gérant nos moyens de paiement des institutions de crédit et de financement, on ne parle plus que d’une réformette visant à contrôler vaguement les activités les plus spéculatives. La « City » n’a pas grand-chose à craindre de notre président normal. Circulez, il n’y a rien à voir, « nous » veillons,  disent ces messieurs du système.

mercredi 5 décembre 2012

QueFautIlPenserDesNationalisations


Que faut-il penser  des nationalisations ?
Entretien avec Bruno Lemaire

Question : On a beaucoup parlé des bienfaits ou méfaits  des nationalisations ces jours-ci, en particulier à propos des aciéries de Florange, et, il y a quelques mois, à propos du système bancaire. Qu’en pensez vous ?

Sur le principe, il n’y a pas de réponses absolues. Tout dépend du contexte. Mais, ce qui est sûr, c’est que la nationalisation d’une seule entreprise n’a pas beaucoup de sens. Ou il faut nationaliser toute une filière, ou il faut s’en abstenir totalement.

Question : Que voulez vous dire ?

Prenons deux exemples, celui de Florange et  celui des raffineries. Nationaliser Florange – en supposant que ce soit intéressant, économiquement et socialement parlant – n’a aucun sens stratégique, et donc politique, si on ne se préoccupe pas de l’ensemble de la filière acier.

Q. Pour vous la  véritable question serait donc : faut-il nationaliser la filière acier ?

De façon plus précise, il faudrait examiner le rôle éventuellement stratégique de cette filière, et se demander aussi si des entreprises européennes, voire françaises, éventuellement aidées provisoirement par la puissance publique, seraient en mesure de reprendre les rênes de cette filière. Je pense qu’il doit encore rester des spécialistes européens, sinon français, de l’acier, pour faire fonctionner correctement de telles entreprises.

Q. Si je comprends bien, vous ne condamnez pas totalement la phrase de A. Montebourg déclarant qu’il fallait « bouter » Mittal hors de France ?

Il n’a pas tout à fait dit cela, et l’expression était sûrement maladroite, mais son intuition n’était pas si mauvaise. Il aurait alors fallu expliquer pourquoi, d’après lui, la filière acier était stratégique, au moins pour l’Europe, sinon pour la France.

Q.Vous avez aussi parlé des raffineries, peut être pensiez vous à Petroplus ?

Oui, c’est un exemple symbolique, là encore. Mais Petroplus n’a ni le même poids stratégique, ni le même poids social que les hauts fourneaux d’Arcelor-Mittal. On peut certes poser la questionDe fait, même si la question des raffineries au niveau global, au niveau de l’approvisionnement de la France en produits pétroliers, raffinés ou non. On peut aussi noter que la France importe encore une quantité notable de  produits pétroliers raffinés, alors que nos capacités de production pourraient sans doute éviter cela, surtout si l’on évitait de continuer à envisager de les réduire encore.

Mais Petroplus représente essentiellement un problème local, certes délicat d’un point de vue social. Il n’apparaît pas correspondre à une question qui devrait  engager une réflexion macro-économique globale. A moins bien sûr d’intégrer tout cela dans une réflexion portant sur l’ensemble du secteur énergétique, mais nous n’en sommes pas encore là.

Q. Si je vous comprends bien, cela signifie que ce n’est pas parce qu’une entreprise, même importante, est en difficulté qu’elle devrait être nationalisée ?

Effectivement, ce type de réflexe pavlovien, ou de slogan,  est à bannir.
Une entreprise s’inscrit dans un secteur particulier, dans un bassin d’emploi, ou de non emploi, bien précis, et ses difficultés éventuelles peuvent être liées à un grand nombre de phénomènes, problème de management, d’incompréhension direction-collaborateurs (patrons incompétents, ou ‘voyous’,  syndicats « jusqu’au boutistes »), problèmes de débouchés, problèmes d’actionnariat (actionnaires trop ‘gourmands’), problèmes de financement, … 

Si je devais résumer ma position, je dirais qu’une nationalisation, temporaire ou non, ne devrait pouvoir concerner que des filières stratégiques, ce qui n’exclut pas, bien sûr, que la puissance publique doit se désintéresser du sort d’entreprises moins ‘stratégiques’, car les licenciements concernent tout un chacun, qu’il fasse ou non partie d’un secteur ou d’une filière stratégique.

D’où la nécessité sans nul doute de permettre aux entreprises – même et surtout dans un contexte libéral – d’anticiper au maximum les grandes tendances de leur propre secteur ou d’un secteur voisin, en s’efforçant par ailleurs de ne pas changer de règle du jeu au moindre changement de gouvernement, ou, pire encore, en fonction de l’évolution des sondages d’opinion.

Q. Connaissant certaines de vos positions, je suppose que, pour vous, le secteur bancaire est stratégique. Vu les difficultés actuelles que semblent traverser certaines banques, seriez vous pour nationaliser ce secteur ?

Avant de vous répondre, je voudrai  aborder un point historique, celui de la nationalisation (en sus des 4 grandes banques nationalisées en 1945) d’une quarantaine de banques décidée en 1981, effective en février 1982, et ‘défaite’ au moment de la première cohabitation de 1986.

En dehors du côté idéologique et du fait que ces nationalisations étaient prévues dans le programme commun de la gauche écrit en 1972, et appliqué en partie lors de l’élection de F. Mitterand, cette nationalisation me semble être passée à côté de l’essentiel.

Q. Que voulez vous dire ?

Ce n’est pas le secteur bancaire qu’il fallait, ou non, nationaliser, c’est la monnaie, ou plus exactement l’émission monétaire.

C’est le contrôle total de l’émission monétaire qu’il faut être dévolu à l’Etat, et non le contrôle des  crédits, du moins si ces crédits ne sont issus que de l’épargne, c'est-à-dire d’argent existant, et non simplement en devenir. La nationalisation de la quasi-totalité du système bancaire n’a d’ailleurs pas eu beaucoup d’influence sur la financiarisation de l’économie, commencée en 1973

Q. Suite à la tristement fameuse loi Pompidou-Giscard ???

Oui, et financiarisation continuée en 1984-85 par une déréglementation plus poussée encore des marchés financiers, avec la création de nouveaux instruments financiers censés assurer plus de ‘fluidité’ dans les échanges commerciaux, et qui n’ont entrainé qu’une hypertrophie du système financier aux dépens du système économique ‘réel’. Il suffit de regarder l’évolution comparée du patrimoine de certains ‘rentiers’ et du pouvoir d’achat de ceux qui dépendent essentiellment de leur ‘force de travail’ pour vivre.

Q. C’est aussi, je crois, ce que disait Maurice Allais à propos des revenus ‘indus’ et des revenus ‘gagnés’.

Tout à fait. Mais pour terminer sur la question des banques et du système monétaire, la seule véritable solution, comme je l’ai indiquée précédemment, c’est de redonner la souveraineté monétaire à l’Etat, par l’intermédiaire d’une banque centrale rénovée, qu’on l’appelle Banque de France ou Office National d'Emission (monétaire)

Seule cette Banque Centrale rénovée pourrait émettre de l’argent, de la ‘nouvelle monnaie’. C’est cette possibilité d’émission monétaire qui devrait être nationalisée. Pour le reste …

Q. Que deviendraient alors les banques classiques ?

Certaines banques se contenteraient d’être de simples gestionnaires de moyens de paiement, des super-comptables en quelque sorte.

Q. Et les autres ?

Les autres, qu’elles soient appelées banques d’affaires ou d’investissement, auraient pour rôle essentiel, voire unique, de permettre la ‘transformation’ de l’Epargne collecté en moyens de financement pour les investissements privés destinés à l’économie réelle. Aucune banque, quel que soit leur nom, n’aurait donc la possibilité d’influencer de quelque manière que ce soit le niveau de la mo monnaie en circulation, la « véritable monnaie » en fait, qui serait donc garantie à 100% par la puissance publique.

Q. Une dernière question concernant le principe même des nationalisations. Vous dites qu’une nationalisation, pour être justifiée,  devrait concerner l’ensemble d’une filière. Mais n’est ce pas contraire au principe même de la concurrence énoncé par l’O.M.C. (Organisation Mondiale du Commerce) et plus ou moins imposée par Bruxelles.

Sur ce point, vous avez raison. Les seules nationalisations efficaces ne peuvent se faire qu’au niveau d’un secteur, et c’est  effectivement interdit. Du moins tant que de nouveaux traités ou de nouvelles règles ne seront pas imposés par une nouvelle volonté politique, et ce avant que la crise ne soit devenue telle qu’aucune solution raisonnable ne puisse plus être envisagée, et encore moins discutée dans le cadre d’une discussion démocratique prenant en compte les intérêts du plus grand nombre de nos compatriotes.

lundi 26 novembre 2012

PourquoiSeulementLaDetteGrecque


Pourquoi  la dette grecque … et pas celle de la France ? (billet d'humeur)

Les rédactions de divers journaux s’enflamment périodiquement autour d’un secret de Polichinelle. Chacun sait, depuis 2 ou 3 ans, que la Grèce ne pourra jamais rembourser la totalité de sa dette.  Certains fixent même la date de cet abandon annoncé, au moins pour une nouvelle moitié de cette date, à savoir 2015 : cette date en vaut bien une autre.

De fait, on a eu beau effacer en partie la dette publique grecque, dépenser des milliards pour la « sortir du trou », attendre que le pouvoir d’achat moyen des grecs soit amputé de près de 30%, rien ni a fait. Même le FMI commence à le faire savoir , comme le rappelle le Figaro: c’est tout dire

Alors, à quoi rime cette comédie?

Faudra t-il attendre 3 ou 4 ans de gouvernance, ou de non-gouvernance Ayrault-Hollande, et les nombreuses souffrances occasionnées de ce fait aux plus fragiles de nos compatriotes, pour qu’on en tire des leçons analogues pour la France. Non, dans le système européiste et mondialiste actuel, les dettes publiques françaises ne pourront jamais être remboursées en totalité. Reste la grande question : qui va devoir payer ?

La seule façon de sortir de cette cure d’austérité, à la fois mortifère et sans lendemain - comment croire en effet que c’est en produisant moins que l’on peut rembourser plus  - c’est d’appliquer les propositions de Marine Le Pen. Et cela tant dans le domaine monétaire - reprise en mains par la puissance publique de l’émission monétaire – que dans le domaine économique – protectionnisme raisonné avec la mise en place de véritables écluses, qui ne sont ni les passoires actuelles, ni les barrages comme ses opposants le prétendent.

samedi 10 novembre 2012

LeScandaleArgentDetteEtTauxInteret


Au delà de la question des dettes, le scandale des taux d'intérêt.

Entretien avec Bruno Lemaire

Question: Pouvez vous, tout d'abord, nous dire de quel scandale il s'agit, d'après vous?

Tout emprunteur a été confronté à, et tout créancier a bénéficié, ou a cru bénéficier de, la question des taux d'intérêt, malédiction pour les uns, bénédiction pour les autres, sans jamais vraiment remettre en cause leur existence. En cela le concile de Trente, au XVIème siècle, était allé plus loin, ou moins loin, c'est selon, puisque il déclarait: "Tout ce qu'on prend au delà de ce qu'on a donné est usure... c'est pourquoi le prophète Ezéchiel (18-17) dit que Celui-là sera juste qui n'aura rien pris au-delà de ce qu'il aura prêté ...". On retrouve aussi cela, semble t-il, dans la finance islamique, au moins pour les prêts à la consommation.

Chacun sait, par ailleurs, que sur le montant himalayen des dettes publiques dues par la France fin 2011 - plus de 1700 milliards d'euros - plus de 80% (soit 1400 milliards d'euros) résultent de la seule existence des intérêts réclamés par ses créanciers.

Peut être serait-il donc temps de se pencher sur la justification de ces taux d'intérêt...

Question: Vous ne pensez quand même pas qu'il faudrait les supprimer? Plus personne ne voudrait prêter son argent.

Vous touchez là un point sensible, même si la plupart des manuels d'économie, élémentaires ou non, font souvent l'impasse sur cette question. Il y est écrit, plus ou moins doctement, que le taux d'intérêt représente le "prix de l'argent", ou encore l'effort consenti par les épargnants pour résister à leur désir de consommation, et la page est vite tournée. Il ne faudrait surtout pas que l'on creuse davantage, et que l'on se pose dans la foulée la question suivante: quel serait le "juste prix", s'il existait, de l'argent prêté, ou épargné.

Question: Je suppose que, comme toujours en économie, ce juste prix relève de la loi de l'Offre et de la Demande?

Cette "loi", banalisée ad nauseam par le courant dominant de la pensée économique est censée s'appliquer uniquement lorsqu'il y a une multitude d'offreurs et de demandeurs, pas quand il y a un quasi-monopole des "offreurs", et encore moins quand 60 à 80% de l'offre de crédits correspond à un argent qui n'existe pas, et qui est créé pour l'occasion par les banques. Il serait donc plus juste de parler d'un rapport de forces entre créanciers et emprunteurs potentiels, ou d'un monopole exercé indument par la "haute finance", que d'un "juste prix".

Et avant que vous ne me traitiez de "crypto-communiste" je tiens à vous rappeler qu'un grand économiste français, considéré comme libéral, le prix Nobel Maurice Allais, considérait lui aussi que le "prix de l'argent" n'avait pas de justification théorique, et qu'il fallait lutter contre les revenus "non gagnés", catégorie dans laquelle il rangeait les taux d'intérêt "indus".

Question. Je me permets cependant de revenir à une précédente question. S'il n'y a plus de taux d'intérêt, de "rendement du capital", il risque de ne plus y avoir de prêteur ou d'investisseur?

Je pense qu'il faudrait déjà séparer les prêts consentis à partir d'une épargne existante des prêts créés "ex nihilo", à partir de rien. Par ailleurs, si ces nouveaux investissements apparaissent importants, voire indispensables, pour le "bien commun", c'est sans doute à la puissance publique, censée représenter ce bien commun, qu'il faudrait s'adresser, et non à des créanciers privés qui peuvent ne pas avoir la même vision du "bien public".

D'où aussi l'importance de permettre à nouveau à l'Etat, par l'intermédiaire de sa banque centrale, de reprendre le contrôle total de ses émissions monétaires, et dans le cas présent d'émettre de nouveaux crédits permettant de financer les investissements qui seraient jugés importants pour la collectivité nationale, par exemple dans le secteur de l'énergie, du transport, de l'urbanisme, de l'aménagement du territoire. C'était déjà la position soutenue par ceux que l'on a appelé les "créditistes" il y a plus de soixante ans.

Pour les investissements "privés", je pense que l'on peut toujours faire appel à l'épargne, mais avec des taux d'intérêt raisonnables.

Question: Q'appelez vous des taux d'intérêt "raisonnables"?

Je préfère qualifier les taux "déraisonnables". Tout taux d'intérêt supérieur au taux de croissance espéré est "déraisonnable". Si un entrepreneur anticipe un taux de croissance pour ses activités et son bénéfice de 3%, il serait déraisonnable qu'un créancier lui demande un taux d'intérêt supérieur à ce niveau.

Question. Si je comprends bien, comme l'avenir est, par définition, incertain, on pourrait même imaginer des taux d'intérêt variables, mais qui seraient tels qu'en aucun cas le "rentier" ou le "prêteur" puisse s'enrichir plus vite que l'entrepreneur?

Oui, c'est tout à fait cela. Et c'est bien parce que, depuis près de 40 ans, la financiarisation de l'économie n'a pas respecté cette notion de taux "raisonnable" que la sphère financière s'est enrichie aux dépens de la sphère économique 'réelle', et que le "capitalisme financier" a pris tellement le pas sur le "capitalisme entrepreneurial" que la France est dans un tel triste état.

Question. Pour les entreprises, je pense comprendre votre position, mais pour les prêts à la consommation, quel serait le "taux raisonnable"?

Dans ce domaine, éminemment délicat, j'ai presque envie d'être aussi  'archaïque' que ceux qui se sont exprimés sur la question lors du concile de Trente. Avant cela, cependant, je voudrai dire quelques mots sur le contexte actuel, celui d'une société schizophrène, plus connue sous le nom de société de consommation, c'est sans doute plus correct de s'exprimer ainsi.

Question. Humm, que voulez vous dire ainsi?

D'un côté, des montants énormes sont consacrés au marketing - les vieilles réclames d'antan - pour persuader tout un chacun que l'on ne peut vivre décemment sans la dernière tablette numérique, sans le dernier parfum à la mode, sans le dernier gadget électro-ménager, sans la dernière paire de "running". D'un autre côté, des sociétés de financement qui se présenteraient presque comme des "Mère Thérésa" ou des "Saint Vincent de Paul", vont 'proposer' des offres plus qu'usuraires, puisque certains taux avoisinent les 20% (sur 3 ans, cela signifierait que le malheureux emprunteur atteint de "fièvre acheteuse" paierait 2 fois l'objet qu'il aura acheté dans ces conditions scandaleuses).

On comprend pourquoi, dans ce cas, de nombreuses sociétés commerciales préfèrent que vous achetiez à crédit: elles gagnent bien plus d'argent ainsi qu'en se contentant de faire leur véritable métier, à savoir proposer des biens et services que l'on souhaiterait de qualité.

Même si les calculs sont difficiles en ce domaine, on peut estimer que les frais financiers et les dépenses de marketing représentent sans doute de l'ordre de 40% du véritable coût des biens et services proposés sur le marché. Il ne faut donc pas vraiment s'étonner qu'à côté de richesses incomparables on puisse trouver tant de travailleurs pauvres et de personnes surendettées. Tout est fait pour pousser à la consommation, à la fois par l'Offre de biens et par l'Offre - si l'on peut dire - de crédits dont on oublie de préciser - sauf en toutes petites lettres - que ce sont des taux que l'on devrait qualifier d'usuraires, même s'ils sont légaux.

Question. C'est effectivement terrifiant. Que faudrait-il donc faire dans ce cas?

La réponse est multiforme, même si elle est simple dans son principe. Une société moderne, qui se veut véritablement humaine, devrait tout faire pour que les besoins les plus élémentaires - nourriture, logement, santé - puissent être satisfaits pour l'ensemble de nos concitoyens. Pour le reste, toutes les mesures financières qui poussent à la sur-consommation devraient être fortement encadrées, aucun taux ne devant dépasser, là encore, un taux raisonnable, proche du taux retenu pour le financement des entreprises.

Question. Mais ne croyez vous pas que, dans ce cas, si les taux étaient "bas", les consommateurs seraient encore plus incités à consommer, alors qu'un taux élevé peut les en décourager?

Combien de travailleurs pauvres, voire de non-travailleurs, sont tombés dans le piège du sur-endettement, avec des taux de 15, 16 voire de 20%, surtout dans un contexte de "credit-revolving". "Achetez maintenant, vous paierez plus tard", tel est trop souvent le slogan des marchands de rêve, ou plutôt de cauchemar.  Il est plus sain de refuser un crédit, que de proposer des taux pharamineux. Cela obligerait les créanciers potentiels à mieux prendre leurs responsabilités: après tout, personne ne les oblige à prêter "leur bel argent". Et demander à un pauvre bougre un taux de 18%, sous prétexte que cet emprunteur potentiel "risque' de ne pas rembourser est financièrement stupide, sauf bien sûr s'il amène en garantie les seuls biens qu'il est susceptible de posséder: c'est d'ailleurs ce qui s'est produit, dans un autre contexte, celui de l'immobilier aux USA, avec la crise des subprimes. Dans ce cas la banque espérait se payer 2 fois: la première avec de fort taux d'intérêts, la seconde avec la maison à récupérer éventuellement, en cas de défaut de paiement. Hélas pour le système bancaire, mais surtout pour les emprunteurs, le marché immobilier s'est effondré.

Question. Je croyais que vous étiez adepte d'une relance de la consommation?

Certes, mais pas à n'importe quelle condition. Je suis en fait adepte d'une relance du pouvoir d'achat permettant une relance de la consommation et de la production, d'un supplément d'une Demande solvable associé à une Offre supplémentaire. Pousser à la sur-consommation, si la production ne suit pas, ne peut donc être la solution, non plus que des taux d'intérêt d'un niveau scandaleux. Si le système bancaire a un rôle 'citoyen' à jouer dans l'avenir, ce n'est sûrement pas en s'acoquinant à certains vendeurs sans scrupules pour faire acheter à d'éventuels chalands des biens ou services qu'ils n'ont nul besoin ni possibilité d'acheter. Que le système bancaire fasse déjà son travail 'de base', celui de bien gérer l'épargne qui leur est confiée, en accordant des prêts avec un argent disponible, et non pas virtuel, en fonction des possibilités réelles de remboursement de ses clients. S'il faut relancer la consommation dans tel ou tel secteur, c'est à la puissance publique de s'occuper de cette question, pas à des banquiers qui n'y verraient que leur intérêt personnel, tout en se sentant protégés comme actuellement, à tort ou à raison, puisque "too big to fail" (trop gros pour faire faillite). Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra sortir de cet engrenage infernal, celui de l'argent-dette et celui des taux d'intérêt scandaleux actuellement pratiqués.

samedi 27 octobre 2012

PeutOnEstimerLeCoutDuneSortieDeLeuro


Sur la sortie de l’Euro, et ses prétendus coûts catastrophiques.


Une discussion argumentée devrait, en toute logique, comparer avantages et inconvénients entre deux possibilités, rester dans l’Euro, et sortir de l’Euro (de fait, il y aurait de nombreuses variantes dans chacune de ces branches, mais nous allons essayer d’aller à l’essentiel).

Oublions le passé, ce que l'Euro nous a déjà coûté.

Tout d’abord, je vais laisser de côté ce qu’une entrée dans l’Euro a déjà coûté : ce sont, comme on dit des « sunk costs ». Certains ont chiffré des coûts, le FMI parlant même de 1100 milliards d’euros mais, après tout, que ce soit vrai ou non, et que cela ait été un gâchis énorme – ce que je crois – ou non, c’est du passé. Même s’il semble que 70% des français soient de cet avis – l’erreur d’être en « Eurozone » - ces coûts ne pourront jamais être récupérés.

Ce dernier point  explique peut-être aussi que, pour l’instant, seuls 30% de nos compatriotes jugent souhaitable de quitter l’euro, au moins en tant que « monnaie unique ». On peut éventuellement – ce ne serait que justice - se débarrasser de ceux qui ont conduit l’Europe, en général, et la France, en particulier, dans ce guêpier, mais il semble difficile d’aller au-delà, d’un point de vue purement économique : ce qui est perdu est perdu.

Peut-on évaluer l'efficacité de sortie de l'Euro?

Intéressons-nous donc à l’avenir, à partir de la situation présente, en formulant ainsi la question de base : est-il plus efficace, d’un point de vue social et économique, de demeurer dans la zone Euro, ou d’en sortir ? Je n’aborderai pas ici la question de savoir si, oui ou non, la zone euro finira par exploser toute seule, comme le suggère par exemple Olivier Berruyer, et comme le laisse parfois entendre – avec quelques fluctuations et nuances marquées d’idéologie, l’économiste J. Sapir, voire P. Artus.

Pour tenter de répondre à notre première question, je vais m’attacher à traiter deux points, celui des dettes ‘publiques’ et celui du déficit commercial, le premier point, souvent mis en avance, m’apparaissant cependant nettement moins grave que le second.

La question des dettes publiques et de son chiffrage en cas de sortie de l'Euro.

Les dettes publiques de la France, dont on prévoit qu’elles seront de l’ordre de 1800 à 1850 milliards fin 2012, ne seront jamais remboursées totalement, chacun le sait. Il n’en reste pas moins vrai que ces dettes, exprimées en euro (pour un taux de change euro contre dollar de 1,30) auront sans doute une autre valorisation si elles étaient exprimées en euro-français, ou euro-franc, ou « franc national » ou « franc patriotique ».

L’étude Nomura, jamais démentie, chiffrait à environ 1,21 la « vraie valeur » que devrait avoir un « euro français » libéré de son carcan « eurozone », d’où une dévaluation de fait par rapport à l’euro actuel d’environ 7%. Rappelons que l’euro allemand, dans cette même analyse, devrait valoir, contre dollar, de l’ordre de 1,40 dollar, et s’apprécierait donc de l’ordre de 16% contre l’euro français.

Rappelons aussi qu’environ 2/3 des dettes publiques sont détenues par des « non-résidents », soit environ 1200 à 1240 milliards fin 2012.

Une éventuelle dépréciation de la monnaie nationale ne devrait donc porter que sur ce montant (et encore, d’autres dispositions, tout à fait légales, seraient envisageables) : en appliquant la décote de 7% sur ce montant, on aurait ainsi une « perte de change » de l’ordre de 85 milliards (en « anciens euros »), toujours en supposant que l’on finisse par rembourser nos créanciers, et non pas à faire, comme depuis plus de 10 ans, de la simple cavalerie en « faisant rouler notre dette ».

Parmi les autres solutions possibles, l’une serait « presque permise » par la situation juridique actuelle (en sachant cependant que sortir unilatéralement, et de façon abrupte,  de l’Euro exigerait d’aller bien au-delà de l’article 50 du traité européen, et qu’il faudrait faire intervenir le compromis de Luxembourg reposant sur une situation dite de force majeure au niveau de la France) : cette solution serait de considérer que les dettes étant libellées en monnaie européenne et « donc » - du fait de l’eurozone actuelle-  en monnaie nationale, les dettes seraient ‘seulement’ à rembourser en monnaie nationale.

Les « marchés financiers » ne seraient sans doute pas très favorables à cette possibilité, tout à fait légale pourtant : pour les calmer, et en supposant que la souveraineté monétaire retrouvée par la France puisse aller jusqu’à la possibilité pour la Banque de France d’intervenir directement sur le marché monétaire, on pourrait aussi imaginer que la dite banque émette de l’argent pour racheter peu à peu les obligations publiques détenues par des étrangers (c’était dans le programme présidentiel de Marine Le Pen).

Une autre solution, à la Fisher-Allais, serait d’instaurer ce qui est parfois appelé « le 100% monnaie centrale », qui aurait pour première conséquence que 1100 ou 1100 milliards d’euros – donc presque les 1/3 de la dette actuelle soit « récupérée » par la banque de France (cf. les écrits de A.J. Holbecq et de C. Gomez sur la question).

Quelle que soit la « méthode » utilisée, on peut d’ores et déjà dire que le maximum de surcroît de dettes pour la France serait donc au maximum de 85 milliards d’euros – et sans doute beaucoup  moins – montant très inférieur à la catastrophe annoncée par les tenants du système actuel (et que l'on peut relativiser, si on les compare à l'accroissement de 500 à 600 milliards de dettes du quinquennat de N. Sarkozy).

Ce serait donc cette somme qu’il faudrait comparer, non pas aux montants déjà engloutis dans le sauvetage actuel de l’Euro – « sunk costs » qu’il serait vain d’espérer récupérer – mais à ce qui est déjà prévu pour garder à flots, plus ou moins, la zone euro encore quelque temps : sur ce point je ne peux que suggérer au lecteur de se reporter aux analyses assez fouillées de P. Artus, de J. Sapir et de nombreux autres analystes : ce n’est plus de 85 milliards qu’il s’agit, mais de bien plus, tout en sachant que cet acharnement thérapeutique n’apporte aucune garantie sur le sauvetage à long terme de l’eurozone.

La question du déficit commercial dans le cadre de la zone Euro.

Nous en arrivons maintenant au deuxième point, le plus important à mon avis, concernant la question du déficit commercial. De fait, même les apprentis économistes  et les experts, souvent auto-proclamés, qui se répandent actuellement sur les différents médias sont tous plus ou moins d’accord sur le fait que, contrairement aux espoirs suscités lors de l’instauration de l’euro, la « convergence économique » entre les différents pays, 12 initialement, 17 actuellement, n’a pas eu lieu, bien au contraire, puisque les différences se sont même accentuées.

La position relative de la France  vis-à-vis de l’Allemagne, et d’autres pays dits « du nord », s’est dégradée, et il en est de même pour celle de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, sans même parler de la Grèce. De fait, même si la situation globale de l’Eurozone par rapport au reste du monde est restée relativement stable, 12 pays sur 17 ont vu leur balance commerciale se dégrader fortement, ainsi que leur taux d’activité.

C’est d’ailleurs, bien sûr, ce qu’avait prévu l’un des plus grands économistes français du XXième siècle, Maurice Allais. Pour lui, comme pour la plupart des spécialistes de ce domaine, une « monnaie unique » ne peut avoir un sens que lorsqu’elle correspond à une zone économique très homogène, ce qui n’était pas le cas pour la zone Euro en 2002, et ce qui est encore moins le cas en 2012.

Dit en termes lapidaires, la monnaie ‘unique’ s’est révélé être bien davantage un frein ou un boulet qu’un accélérateur ou une chance pour la majorité des pays de l’Eurozone. La France, dont le solde commercial était légèrement positif en 2002-2003, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne.

Bien sûr, dans un monde imaginaire, on pourrait imaginer que l’Allemagne, dont le solde commercial avoisine les 170 milliards, dont plus de 20 milliards d’euros vis-à-vis de la France, donne gracieusement « pour le bien de l’Euro » (et donc ? de l’Europe) à ses « petits » partenaires la contre-parie de ses succès commerciaux faits à leurs dépens.

Sous une forme moins utopique, et sans doute plus réaliste, c’est ce qui était proposé il y a plus de soixante  dans la charte de la Havane, dans laquelle c’était aux pays exportateurs de faire l’effort, sinon d’aider financièrement les pays débiteurs ou « importateurs nets », du moins de faire en sorte soit d’importer davantage, soit d’exporter moins, afin de rééquilibrer les trois flux économiques fondamentaux, les flux de capitaux, les flux de biens, et les flux de service, auquel on peut rajouter les flux de personne.

Sur ce point encore, c’est ce que Marine Le Pen – comme MM. Asselineau et Dupont-Aignan – proposait dans son programme présidentiel avec son concept d’écluses commerciales, que ses adversaires avaient qualifié de ligne Maginot, sans savoir sans doute ce qu’était une écluse, dont le but principal, me semble t-il,  est de rendre équilibrés  des flux, et non pas de les bloquer.

Il est évidemment impossible de chiffrer les avantages économiques de ces écluses, la seule chose que l’on peut dire avec force c’est qu’elles semblent être le seul moyen de permettre de réduire, voire d’annuler, le déficit commercial actuel qui impose chaque année un transfert de devises, actuel ou différé, de 70 milliards d’euros. Quand on sait, de plus, que près de 100 000 emplois industriels ont été perdus au cours de la dernière décennie – perte que l’on peut aussi concrétiser  par une amputation d’un demi-point de croissance annuel (soit 10 milliards d’euros) – la probabilité de l’efficacité d’une telle mesure, que l’on pourrait qualifier de protectionnisme raisonnable et raisonné, semble assez forte.

En raisonnant par l’absurde, on peut estimer, au contraire, que le maintien de la France dans la zone Euro ne fera qu’accentuer nos difficultés de compétitivité avec les 3 ou 4 pays « nordiques » qui auraient, eux, tout intérêt à nous laisser dans cette zone « d’influence », du moins tant qu’on ne les oblige pas à payer pour nous nos déficits grandissant.

Quand à nos écarts de compétitivité avec les pays « low costs », il est encore plus évident qu’un libre-échange total  avec eux ne peut que conduire à une désertification économique de plus en plus rapide de notre pays, qui s’est déjà concrétisée par le fait que les emplois industriels ne représentent plus que 13% en France, contre 15% il y  a un quart de siècle.

Les déficits structurels inhérents à une 'eurozone' hétérogène et aux économies divergentes.

En guise de conclusion, et même si le débat sur les gains ou les pertes liés à une sortie de l’Euro est très loin d’être terminé - mais a-t-il vraiment été ouvert de façon honnête et transparente – n’est t-il pas raisonnable de penser que si la France veut réduire l’influence des marchés financiers  et des banques sur sa propre politique économique et sociale, il est fondamental de s’attaquer en priorité à ses déficits structurels.

Ces déficits nous semblent liés pour une bonne part au carcan d’une monnaie unique, qu’il faudrait d’urgence transformer en monnaie commune, en revenant donc à des monnaies nationales pour les 12 ou 13 pays de l’Eurozone  sur lesquels pèse de plus en plus le sceptre d’une récession dont l'ampleur risque d’être du même ordre que celle de la grande crise des années 30 du siècle dernier.

Je ne pense pas que l’avantage de coûts de transaction plus faibles dans le cadre d’une monnaie unique – avantage que l’on peut évaluer à 0.2% par an au grand maximum, sans doute moindre encore du fait de l’informatisation et de l’interpénétration de nos systèmes bancaires – suffise à lui seul de justifier par ailleurs le carcan dans lequel se débat actuellement la plupart des pays de l’Eurozone.

lundi 2 juillet 2012

La peur de sortie de l’Euro est-elle légitime?


La peur de sortie de l’Euro est-elle légitime ?

Q. La plupart des Européens semblent penser que la sortie de l’Euro serait néfaste. Ont-ils raison ? Sinon, pourquoi le pensent-ils et peut-on les faire changer d’avis ?
Les enquêtes d’opinion montrent effectivement, en particulier dans les 4 plus importants pays industriels de la zone Euro, qu’il n’y a guère que 25 à 30% de personnes qui souhaitent abandonner l’Euro en tant que monnaie unique, même si je voudrais ajouter deux bémols à cette constatation.

Q. Lesquels ?
Tout d’abord, lorsque l’on demande à un Français, un Italien, un Allemand ou à un Espagnol, ce qu’ils en pensent, ils jugent à une très forte majorité que si la sortie de l’Euro ne serait pas une bonne chose pour eux, il faudrait pourtant « débarrasser » l’Euro-zone d’un passager gênant, à savoir la Grèce. Par ailleurs, si vous demandez à quelqu’un de vous expliquer la différence entre une monnaie unique – l’Euro actuel – et une monnaie commune – telle que pouvait l’être l’ECU il y a 15 ans, il y a de fortes chances qu’il ne puisse le faire.

Q. Pourriez-vous préciser cette différence ?
En soi, toute monnaie qui est utilisée dans une zone géographique donnée et qui est validée comme moyen de paiement exclusif, est une monnaie ‘unique’. Le dollar, aux USA, est une monnaie unique, le franc suisse, en  Suisse, est une monnaie unique. L’euro est, pour le moment, une monnaie unique dans la zone euro.

Q. Pourquoi parle-t-on alors d’une monnaie qui ne serait pas unique ?
C’est sans doute pour noyer le poisson. Une monnaie nationale, comme le franc2012, ou comme le franc Pinay, celui d’avant 1999, était, elle aussi, une monnaie unique (à ceci près que certains commerçants acceptaient éventuellement d’être payés en une autre monnaie, le dollar ou, dans les zones frontalières, en pesetas, en lires, en marks, en francs suisses ou belges). Dans le cas de l’Euro, on insiste sur son côté « unique » pour cacher peut être qu’il est une création artificielle, que ses ‘prescripteurs’ ont voulu imposer à des pays qui n’étaient prêts, ni économiquement, ni socialement, ni politiquement, à la recevoir.
C’est un peu comme si les USA avaient voulu imposer le dollar – c’est d’ailleurs ce qu’ils ont tenté de faire – à l’ensemble du continent nord-américain, voire à l’ensemble des deux Amériques, et, au delà, à l’ensemble du monde.

Q. Et quant est-il d’une monnaie commune ?
Il y a plusieurs définitions ou conceptions possibles d’une « monnaie commune ». Mais ce qui est important à savoir, c’est que la première propriété d’une monnaie commune, c’est que … ce n’est pas une monnaie, au sens où elle ne peut être utilisée directement pour des paiements. Une « monnaie commune »- qui n’est donc pas une monnaie- est une unité de compte, qui va permettre de comparer entre elles diverses monnaies nationales. C’était le cas anciennement pour l’ECU (European Currency Unit), qui permettait de comparer entre elles les valeurs du franc1998, de la peseta1998, du mark1998, etc.

Q. Si je comprends bien, une monnaie commune européenne permettrait de relier entre elles différentes monnaies nationales européennes, afin de permettre plus facilement des échanges internationaux dans la zone concernée.
C’est tout à fait cela. L’étendue de cette zone, et donc de la validité géographique de cette nouvelle zone monétaire, dépendrait évidemment du nombre et de la superficie des pays qui voudraient, ou devraient, sortir de la zone euro actuelle, zone artificielle pour laquelle on a voulu forcer le passage d’une « unité de compte » - l’Ecu ancien – à une monnaie (unique) l’euro2002.
C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré explicitement un chantre du mondialisme, c'est-à-dire du « nouvel ordre européen », puis mondial, à savoir Jacques Attali, qui avouait sans fausse honte, en janvier 2011, que les instigateurs du traité de Maastricht et de l’établissement de l’Euro avaient tout fait pour que « sortir de l’Euro ne soit pas possible [… ] puisque l’on a soigneusement oublié d’écrire […dans le traité européen] l’article qui permet de sortir [de l’Euro] » tout en précisant (ingénument ou sans aucune vergogne) « ce n’est peut être pas très démocratique … ».

Q. Mais même si cela est, est-il encore possible de sortir, sans trop de dégâts, de cette zone euro, surtout si vous dites que ses inspirateurs semblent avoir voulu rendre cela impossible ?
C’est impossible si l'on ne remet pas en cause ces traités, certes, mais une nation souveraine peut toujours rompre, en cas de force majeure, un traité. L’histoire est remplie de tels cas. Les traités de Maastricht ou de Lisbonne ne sont ni plus, ni moins, sacrés que d’autres. Ce que le peuple a fait – même si, dans le cas du traité de Lisbonne on peut discuter de cette volonté populaire – le peuple peut aussi le défaire. Faut-il encore qu’il soit consulté. Un traité est un acte fondamentalement politique et lorsqu’il concerne les conditions de vie, économiques, sociales, morales de toute une nation, il est inimaginable que cette nation ne soit pas clairement consultée.

Q. Pour vous, ce devrait donc être le cas pour l’Euro ?
Tout à fait, d’autant plus que derrière cette souveraineté monétaire, ou son abandon, il y a de façon plus globale toute la question de la souveraineté d’une nation toute entière. Les Français veulent-ils, ou non, du fédéralisme qui s’imposera si la France n’a plus son mot à dire en matière de politique monétaire, budgétaire, fiscale, sociale? Que l’on soit, ou non, pour le fédéralisme, on ne peut l’imposer en catimini.

Q. Revenons, si vous le voulez bien, à cette méfiance des Français envers une sortie de l’Euro ? Pouvez-vous la justifier ?
L’Euro n’était pas nécessairement une mauvaise idée en soi, si ce n’est que les hypothèses techniques sur lesquelles elle pouvait être bâtie n’étaient pas les bonnes. Il n’existe pas dans l’histoire de cas d’unions monétaires qui aient pu s’imposer durablement à des pays différant à la fois sur les plans économique, social, culturel et linguistique.
C’est un peu comme si l’on voulait imposer les mêmes normes à une copropriété de 11 ou 12 maisons (17 maintenant) différant tant par la qualité de leur construction, leur exposition, leur superficie, leurs mœurs, la taille de leur jardin, la composition de leur famille et de leurs locataires, tout en décidant qu’à la fin des fins, le prix au m2 devrait être le même.
C’est exactement ce qui se passe pour l’Euro, l’Euro allemand n’a pas la même valeur que l’Euro grec ou espagnol, au sens où, derrière le même signe monétaire, il n’y a pas la même puissance industrielle et commerciale.

Q. L’Allemagne a pourtant bien réussi sa réunification, avec la même monnaie, le mark ?
Oui, mais dans un contexte fort différent : la même langue et l’acceptation par l’Allemagne de l’Ouest d’aider l’Allemagne de l’Est à rattraper son retard, évalué à plus de 40%. Et c’est ce que l’Allemagne d’Angela Merkel refuse de faire pour les pays en difficulté de la zone Euro. L’Allemagne ne veut pas – le pourrait-elle d’ailleurs – payer pour la Grèce, le Portugal, l’Italie, et peut être un jour pour la France. C’est un peu comme si l’on demandait, dans une même copropriété, à ce que le propriétaire le plus riche – que cette richesse soit méritée ou non – et le plus soigneux paie toutes les dépenses des autres, afin que l’ensemble des maisons, quelque soit le comportement de leurs propriétaires et de leurs locataires, soit dans le même état.

Q. Même si le propriétaire « le plus riche » imposait ses propres règles de bonne conduite ?
Ce serait effectivement l’une des deux solutions possible pour « sauver l’Euro ». Soit l’Allemagne peut imposer sa vision d’une bonne gouvernance économique, sociale et politique, soit c’est le gérant européen de la copropriété, disons la commission européenne de Bruxelles, qui peut l’imposer, c’est bien cela le super-fédéralisme rêvé par Attali et beaucoup d’autres européistes ou mondialistes.

Q. Je suppose que vous ne voulez pas de cette solution. Ce ne serait peut être pas une si mauvaise chose ?
Je crois que personne, et même pas l’Allemagne, ne veut de la première solution, l’hégémonie allemande. Quand à la deuxième solution, je la rejette sur le plan politique et je la condamne sur le plan économique.

Q. Pouvez-vous nous expliquer cela ?
Sur le plan politique, la moindre des choses serait, je l’ai déjà dit, qu’on demande aux populations concernées leur avis, ce que l’on s’obstine à ne pas faire depuis le traité de Maastricht, dont la plupart des conséquences ont été soigneusement cachées aux Européens.

Q. Et sur le plan économique ?
Toute l’histoire de la zone euro montre que cette « co-propriété » ne fonctionne pas. La zone euro est la zone qui a connu la plus faible croissance au cours des 10 dernières années, c’est celle dans laquelle le chômage s’est le plus accru, et c’est enfin la zone qui semble la plus promise à une cure d’austérité la plus longue et la plus profonde qui va nous rappeler, hélas, la grande crise de 1929 et toutes ses conséquences.

Q. Mais si ce que vous dites est vrai, pourquoi nos compatriotes n’en prennent-ils pas conscience ? C’est d’ailleurs aussi le cas dans les autres pays. Seraient-ils stupides ?
Stupides, sûrement pas. Mal informés, voire manipulés, sans aucun doute.

Q. Manipulés, par qui ?
Par ceux qui ont tout intérêt à ce que le système continue. Là encore, il faut chercher à qui le crime – si on peut l’appeler ainsi – profite. Marx, dans son analyse des débuts du capitalisme, avait mis en exergue les conflits d’intérêt – qu’il appelait lutte des classes – entre capitalistes et prolétaires, entre les détenteurs des moyens de production et les ‘travailleurs’.

La situation, si elle a grandement évolué, s’est transformée en une autre lutte, beaucoup plus insidieuse et pernicieuse, celle de la caste financière contre la sphère productive, l’économie financière contre l’économie réelle. Le véritable conflit n’oppose pas, ou plus, les entrepreneurs aux salariés, mais les financiers aux « productifs », que ces « productifs » soient patrons de PME ou simples salariés. La vraie cassure est là, dans cette financiarisation rampante de l’économie, favorisée par cette confusion, parfois cette concussion, entre le monde banco-financier et nos élites, issues souvent des mêmes grandes écoles ou universités.

Q. Je ne nie pas cette financiarisation de l’économie, mais en quoi la sortie de l’Euro apporterait-elle une solution à ce véritable problème, celui d’un enrichissement des financiers au détriment de l’économie réelle et des véritables producteurs ?
Au-delà de la sortie de l’Euro, il faudrait que tout Etat souverain reprenne en main ses propres capacités de création monétaire. Ce ne devrait plus être aux banques, dites de second rang, de décider de remettre, ou non, dans le circuit économique des quantités plus ou moins importantes de monnaie par de simple jeux d’écriture.

Q. En d’autres termes, vous voulez aussi remettre en cause la loi de 1973, dite loi Pompidou-Giscard ?
Je pense qu’il faut aller bien au-delà et accompagner la sortie de l’euro d’une profonde réforme monétaire, consistant à interdire aux banques autres que la banque centrale d’émettre la moindre monnaie. C’est cette cohérence supplémentaire qui a peut être manqué aux tenants de la sortie de l’Euro, et qui fait que la question des dettes publiques continue d’être agitée comme un épouvantail devant tous ceux qui pourraient éventuellement la promouvoir ou même la désirer.

Q. Que voulez-vous dire par là?
Dans le contexte actuel, celui d’une union monétaire renforcée, chacun sait, ou devrait savoir, que seule une toute petite partie des dettes publiques pourra être remboursée. Mais nos « élites », notre hyper-classe, continuent à agiter cette menace de défaut comme épée de Damoclès pour inciter les « indignés » et les exclus à rentrer dans le rang, et à accepter les politiques d’austérité qu'ils sont en train de se mettre en place un peu partout en zone Euro.

Avec la réforme monétaire proposée par d’aussi grands économistes que Fisher, Allais, Williamson et bien d’autres, nous obtiendrions aussi une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalant aux obligations d'Etat détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme. Et c’est cette neutralisation qui est évidemment refusée par les tenants du système actuel, puisque cela leur enlèverait le plus important levier d’action qu’ils possèdent : la peur de la faillite, peur justifiée dans le cadre du système actuel, mais complètement absurde si l’Etat pouvait reprendre entièrement les rênes de sa politique monétaire et budgétaire.