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vendredi 20 janvier 2012

AutourDuTripleAetDeSaPerte

Une catastrophe, la perte du triple A ?

Les Français, dont la grande majorité ignorait l’existence même des agences de notation jusqu’il y a peu, semblent se passionner depuis quelques mois, à tort ou à raison, pour le triple A qu’a perdu très récemment la France, au moins du fait d’une de la plus célèbre agence internationale, à savoir Standard & Poor.

O. Delamarche, dans l’une de ses chroniques sur BFM-TV, a bien tenté de remettre un peu de raison dans les arguments échangés plus ou moins courtoisement entre les différents experts qui soutiennent les candida[e]s aux prochaines élections présidentielles. Il ne semble pourtant pas vraiment avoir été entendu, alors qu’il n’a fait que rappeler des choses de bon sens, voire des évidences, sur le concept même de taux d’intérêt, sur son rôle, sur son impact.

Chaque emprunteur - donc un peu tout le monde - sait fort bien qu’il existe une kyrielle de taux d’intérêts, et que le niveau de ce taux, qui n’est pas le même pour une entreprise ‘standard’ ou un ménage ‘moyen’, peut aller de 1% à 17, 18, voire au-delà de 25% pour les emprunts publics grecs.

Avec un taux de 2%, les intérêts payés sont tels que la somme remboursée au final aura doublé en 36 ans. Avec 3%, taux apparemment raisonnable, ce sera en 24 ans. Avec un taux de 5%, le doublement est obtenu en 14 ans. Pour l’Italie ou l’Espagne, qui empruntent autour de 6 à 7%, le doublement aura lieu en 10 à 11 ans, ce qui est tout bonnement effarant. Et ne parlons même pas des prêts à la consommation dont certains tournent encore à 17%, juste en dessous du taux dit usuraire, et qui correspondent à un doublement de la somme empruntée en moins de 5 ans.

O. Delamarche, sans entrer dans ces détails, s’est contenté, si l’on peut dire, de rappeler que le taux d’intérêt appliqué à un emprunt donné, qu’il soit privé ou public, est sensé mesurer le risque lié à l’emprunt, et à l’emprunteur. Le seul fait qu’il y ait un ‘spread’, une différence, de 100 à 150 points (1 à 1,5%) entre les taux allemands et les taux français de même maturité aurait du suffire à faire comprendre que les créanciers potentiels, les fameux « marchés », n’avaient pas la même opinion sur la crédibilité économique de la France et de l’Allemagne.

Face à cela, la « dégradation » de la France, et pas de l’Allemagne, même si ce n’est que par une seule agence, ne fait que constater une évidence. Il est plus risqué de prêter à la France qu’à l’Allemagne.

Cela veut aussi dire, en mettant là encore les points sur les « i », que le créancier coure le risque de ne pas être remboursé, s’il prête à la France. Ce risque de défaut de paiement, Delamarche dit même qu’il est susceptible de se produire vis-à-vis de l’Allemagne. Pour lui, il n’y aurait plus aucune dette publique sûre : même l’Allemagne ne devrait plus ‘mériter’ un triple A. Que font donc nos Cassandre, ces fameuses agences de notation : oublieraient-elles de nous prévenir de cela, comme elles avaient ‘oublié’ de prévenir de la chute de Lehman Brothers, chute bien aidée, il est vrai, par son compère Goldman Sachs.

En fait, il est sans doute judicieux de se dire qu’il n’y a plus d’actifs sans risques, si tant est qu’il y en ait jamais existé.

Certains ont pu croire que l’immobilier était sans risque : il y a eu les subprimes. D’autres croient encore que l’or est sans risques, même si, à l’évidence, ses fluctuations récentes ont montré le contraire. On peut certes miser sur l’essor de certaines économies, par exemple sur celle de la Chine (dont la croissance varie annuelle entre 8 et 12%). C’est ce que font certains investisseurs, et ce qui explique la fuite des capitaux. Mais là encore, combien de temps cette croissance va-t-elle continuer, et en quelle ‘monnaie’ les investisseurs seront-ils payés ? Seront-ils d’ailleurs payés, si la Chine décide de nationaliser certaines entreprises étrangères ? Peut-on être sûr de nos placements dans l'Empire du Milieu?

En fait, le seul principe à peu près cohérent sur lequel on puisse s’appuyer est le suivant : le seul taux sans risque ne peut être calculé qu’à l’échelle d’une économie suffisamment développée, que ce soit la France, l’Allemagne, la zone euro, le Brésil, la Chine ou les USA, peu importe. Ce taux sans risque, c’est celui du taux de croissance. Il est illusoire d’espérer gagner davantage par son argent « qui dort » que par son travail : c’est du moins vrai au niveau global, macro-économique.

Ainsi, si le taux de croissance espéré pour la France est, en 2012, de 0.5%, ce sera aussi le taux d’intérêt « sans risque » (autre que celui de mauvaises prévisions). Si certains pensent pouvoir gagner beaucoup plus en plaçant ‘judicieusement’ leur argent, et s’ils réussissent dans ce pari, ce ne peut être qu’en ayant exploité les ‘travailleurs’, les véritables producteurs de richesses, en les ayant privés de ce que Maurice Allais appelait « revenus gagnés ».

Mais revenons maintenant aux gesticulations politico-médiatiques liées à cette ‘perte’ du triple A.

Cette perte annoncée avait déjà été plus qu’anticipée anticipée par les investisseurs potentiels et les marchés financiers, puisque le "spread" entre les emprunts allemands et les emprunts français l'intégrait déjà : la dernière adjudication du jeudi 19 janvier semble même montrer que ce spread a tendance à se réduire.

Le chiffrage du programme de Marine Le Pen, finalisé l'avant-veille de cette "dégradation" par Standard & Poor's en tient compte lui aussi.

Cette "dégradation" n'aura en fait que peu d'incidence en 2012 sur le remboursement des dettes passées, sachant que le montant de la dette qui vient à échéance cette année est de l'ordre de 180 milliards: un point d'intérêt en plus ou en moins correspondrait d’ailleurs à moins de 2 milliards de différence.

C'est au niveau des déficits - publics et commerciaux - que le niveau du taux d'intérêt 'accordé' par les marchés financiers aura le plus d'impact.

Si le déficit public se monte à 80 ou 90 milliards, et si les déficits sociaux avoisinent 20 ou 30 milliards, il faudra prévoir déjà de rembourser 3% de 100 à 120 milliards de plus, soit 3 milliards d'intérêts supplémentaires (en sus de l'accroissement de 100 milliards de la dette, celle de l'Etat plus celle des comptes sociaux).

Par ailleurs, si le déficit commercial 2012 est de l'ordre de celui de 2011, à savoir 75 milliards, ce sont les déficits privés qui augmenteront eux aussi d'autant: ce principal supplémentaire étant lui aussi affecté d'un taux d'intérêt au moins égal à celui de la dette publique, et donc très supérieur au taux de croissance prévu.

Il ne reste donc toujours que deux solutions: soit s'enfoncer plus profondément dans le système, et aller vers toujours plus de fédéralisme, synonyme d'une perte de souveraineté encore accrue. Cela signifie aussi s'appuyer encore davantage sur les possibilités de financement de l'Allemagne, et sa "bonne volonté" à venir en aide aux pays à la fois les plus déficitaires (public + commercial) et les plus endettés.

Soit aller vers une solution nationale souveraine, à savoir dans le cas de la France à permettre à l'Etat français d'emprunter directement à la banque centrale.
Dans le premier cas, les dettes et déficits publics et privés de la France ne pourront que continuer à augmenter.

Une dernière remarque, en guise de conclusion : plus un Etat est « risqué », plus il doit payer, et donc moins il a de chances de pouvoir rembourser. (Cela est encore plus vrai, bien sûr, pour les agents 'privés')

Les créanciers se payent sur la bête, avant que cette bête ne soit morte, même si, ce faisant, ils aggravent son sort. C’est exactement ce que Marine Le Pen a dit au cours du meeting de Rouen, « plus ils nous appauvrissent, plus ils s’enrichissent, et inversement ».

On marche vraiment sur la tête, et personne ne semble vouloir s’en apercevoir : tout se passe comme si le système s’acharnait sur les pauvres, qui doivent rembourser des intérêts bien plus importants que les plus aisés. Est-ce pour les punir d’être pauvres ?

Et pourtant, indépendamment de tout humanisme, c’est profondément stupide, comme l’histoire du scorpion qui ne peut s’empêcher de piquer la grenouille, même si cet acte le conduit à la noyade..

De fait, s’acharner sur les pauvres, même si c’est « facile », ce n’est pas « rentable », du seul point de vue du profit, sauf pour les premiers qui se ‘retirent à temps’. [Les derniers créanciers, eux, se retrouveront le bec dans l’eau, avec des créances dévalorisées]

Il serait plus sage de faire payer les riches, ceux qui peuvent rembourser, que les pauvres, ceux qui ne pourront jamais rembourser en totalité, mais qu’on laisse s’agiter au bout d’une corde en leur faisant espérer un sauvetage in extremis.

C’est le cas de la Grèce, ce peut être le cas de la France, en lui faisant miroiter que l’Europe telle qu’elle est vue par la pseudo-gauche, la pseudo-droite, ou le pseudo-centre, l’Europe Fédéraliste, viendra couper à temps la corde, alors que ce n’est que le nœud coulant qui se resserre inexorablement.

Ai-je besoin de dire que, pour un nombre de plus en plus importants de Français, ceux qui ont pris conscience peu à peu de ce piège mortel, Marine Le Pen représente l'espoir?