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vendredi 25 mai 2012

Que cache l’acharnement à laisser la Grèce dans la zone Euro

Que cache l’acharnement à laisser la Grèce dans la zone Euro ?
Depuis des mois, trois idées passent en boucle dans les médias : la dette publique grecque est « scandaleusement » haute, la Grèce ne doit pas sortir de l’Euro, sortir de l’Euro serait catastrophique, pour la Grèce, pour l’Europe, voire pour le monde entier …
Le "scandale" des dettes publiques. La première idée est sans doute vraie, même si les responsabilités de ce scandale sont sûrement très partagées. Si certains grecs vivent, peut être, au dessus de leurs moyens, et si la fiscalité grecque n’es ni la plus efficace ni la mieux gérée du monde ‘civilisé’, il est avéré que Goldman Sachs a truqué les comptes publics grecs – avec la bienveillance de certains hauts responsables de Bruxelles – afin de permettre à la Grèce d’être « acceptée » dans l’Eurozone. De plus, tous les experts, les vrais ou les « auto-proclamés » savent bien que la Grèce ne remboursera jamais toutes ses dettes : la seule question qui intéresse les créanciers grecs – du moins les plus gros d’entre eux – c’est de savoir comment se ‘refiler’ la patate chaude.
Autrement dit, qui va payer, partiellement ou totalement, la facture ? Plus on attend, plus la ‘patate’ grossit, mais plus certains créanciers, ceux qui ont le plus d’influence, se débarrassent, ou tentent de se débarrasser, de leurs créances toxiques.
On ne sait pas trop encore qui seront les véritables gagnants, mais l’on sait déjà que les perdants seront, comme toujours, les plus faibles, les plus démunis, et plus particulièrement la grande majorité du peuple grec, qui a déjà perdu près de 30% de son pouvoir d’achat. C’est pourtant ce même peuple, lobotomisé par la pensée unique d’une Europe libre-échangiste et mondialiste, qui se refuse à sortir de la zone Euro tout en protestant à juste titre contre l’austérité scandaleuse qu’on leur impose, avec plus ou moins de succès, depuis des années.
La Grèce ne doit pas sortir de l'Euro, pour son propre bien ... La deuxième idée, c’est donc le fait que la Grèce ne doit pas, pour son propre bien, sortir de l’Eurozone. Là encore, s’il existait encore une majorité d’économistes honnêtes et sérieux, cette idée aurait du être abandonnée depuis longtemps. Qui peut prétendre qu’un pays peut raisonnablement s’engager à payer en quelques années l’équivalent de 165% de sa production nationale (le double en pourcentage de la dette française) en accompagnant ces paiements d’une récession de plus en plus marquée !

Comme si le simple bon sens ne condamnait pas toute mesure consistant à produire moins (baisse du PIB de 20% en 3 ans) tout en remboursant davantage. Si l’on voulait réellement sauver la Grèce, il faudrait abandonner toute idée de remboursement de ces dettes, dont une grande partie est d’ailleurs liée au taux d’intérêt de ces mêmes dettes. En supposant que la Grèce puisse retrouver un excédent de ses comptes publics (il faudrait déjà plus de 5 ans pour arriver à cet objectif) il lui faudrait encore plusieurs siècles pour rembourser la totalité de ses dettes, si tant est que ce fut possible.
A qui peut-on faire croire cela, et quel être sensé pourrait encore soutenir cette position ? Et pourtant, c’est bien ce que la ‘troïka’ - Bruxelles, BCE, FMI - s’efforce de faire croire au « petit peuple » apparemment stupide que nous sommes tous plus ou moins, du moins le croit-elle. La Grèce ne peut à l’évidence s’en sortir qu’en retrouvant à la fois sa souveraineté monétaire et les moyens d’une nouvelle politique économique, tout en répudiant tout ou partie de sa dette actuelle ; si l’on veut vraiment sauver la Grèce, ce ne peut être qu’en lui permettant d’exporter davantage, et d’importer moins, tout le reste est littérature.

Une catastrophe mondiale ? La troisième idée, celle d’une catastrophe mondiale si un pays de la taille de la Grèce – grand par son histoire mais très petit par son influence économique actuelle – s’aventurait à quitter une union monétaire telle que l’Eurozone est encore plus stupide : elle est pourtant répétée à l’envi. En dehors des arguties juridiques : il ne serait pas prévu qu’un pays puisse abroger un traité, et utiliser pour cela une clause qui n’en ferait pas explicitement parti - merci aux législateurs de ne pas avoir tout prévu et d’avoir ainsi vendu leur âme au diable – il se cache derrière cette position de façade une peur panique parmi les représentants du système, ceux qui inspirent, voire dirigent, nos gouvernants.
Si un pays commence à remettre en cause le système que l’on a tenté d’imposer plus ou moins subrepticement depuis des décennies, depuis 1973 en France, et peut être même bien avant, à savoir le système qui transforme peu à peu nos gouvernants en simples employés de banque, il risque effectivement d’avoir contagion.
Cette contagion serait celle d’une souveraineté nationale qui reprendrait droit de cité, celle d’idées conformes à la charte de la Havane qui proclamait qu’une véritable coopération entre les nations commence par un respect mutuel et une réciprocité dans les échanges, que ces échanges concernent les flux de capitaux, les flux de biens et de services, et enfin les flux migratoires. Si, pour sauvegarder la main mise des banques et des marchés financiers sur la vieille Europe – en attendant mieux – il faut faire mourir à petit feu la Grèce, qui s’en soucie vraiment ? L’essentiel, c’est bien de cacher la vérité jusqu’à ce qu’il soit trop tard.



Il est sans doute déjà bien tard. Mais est-il trop tard ? Le sens et l’enjeu des prochaines élections, en Grèce comme en France donneront quelques indications sur ce point, en sachant que le système fera tout pour s’opposer à ceux qui défendent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leur avenir, quitte à susciter l’éclosion de quelques partis ou idiots utiles qui détourneront les électeurs des véritables enjeux.

jeudi 10 mai 2012

Argent_public_argent_prive_argent_dette

Argent public, argent privé, argent dette.

Q. La dette publique de la France est très importante. Certains parlent de relancer la croissance, d’autres disent que c’est impossible sans aggraver encore cette dette. Qu’en pensez-vous ?

Le problème de la dette est certes important, mais n’a pas grand-chose à voir avec une croissance éventuelle, même si l’idéologie dominante veut nous faire croire le contraire. La croissance peut être financée de diverses façons, pas nécessairement en s’endettant.

Q. Humm. Pourriez-vous préciser tout cela ?

La croissance, en supposant qu’elle soit physiquement possible (capacités de production, en hommes, en machines, en matières premières) et intéressante (d’un point de vue des consommateurs et de l’environnement), ne peut pas reposer uniquement sur une épargne préliminaire. Il faut donc un financement supplémentaire, gagé sur des anticipations.

Q. Mais qui va « avancer » ce financement pour accompagner cette croissance ?

(je rajoute ici un lien, le 11 mai, pour signaler le début d'un article qui conforte, sans la préciser autant, ma position sur le financement de la croissance: Gabriel Galand : déficit ou croissance, il faut choisir )
En fait, on peut toujours se ramener à deux possibilités, un financement privé, et un financement public. Le financement privé se fera par création monétaire (nous avons supposé ici que l’épargne disponible ne permettait pas de financer toute la croissance envisagée), et cette monnaie nouvellement créée (par les banques de second rang dans le cas d’un financement privé), il faudra bien la rembourser.

Q. Et cela, avec intérêt … Et pour le financement public ?

Dans ce cas là, il s’agit à la fois d’un choix politique et économique. L’Etat, ou la banque centrale, pourrait décider de créer l’argent nécessaire, en nationalisant d’une certaine façon la croissance projetée, non pas en prêtant cet argent, mais en le donnant, au sens où l’Etat aurait ainsi créé une monnaie permanente, avec ou sans intérêt, monnaie qu’il ne faudrait donc jamais rembourser, contrairement à une monnaie « secondaire » créée par les banques « classiques », les banques commerciales dites de second rang.

Q. Et en quoi ce procédé de financement par une monnaie permanente serait-il vraiment différent d’un procédé purement privé ?

Le financement privé par une monnaie « transitoire » - ce qu’on appelle aussi une monnaie ou un argent-dette – conduit inexorablement à une accumulation de dettes ; En fait, c’est ce financement privé qui explique le niveau actuel des dettes françaises, qu’elles soient publiques ou privées. Dès lors qu’une économie est en croissance, vous devez emprunter, et si le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance, la sphère 'réelle' s’appauvrit vis-à-vis de la sphère financière : ce qui est le cas depuis des décennies en France et plus généralement en Europe. Mais même si le taux d’intérêt était « raisonnable » ou « éthique », c'est-à-dire au même niveau que le taux de croissance, on aurait toujours un problème insoluble …

Q. Lequel ?

Une monnaie « provisoire », par définition, est une monnaie que vous devez détruire. Elle est créée au moment de l’emprunt, elle est détruite au moment de son remboursement, et ces phases d’emprunt et de remboursement ne coïncident pas nécessairement avec les phases économiques. De nombreux économistes, depuis la grande crise de 1929 ont fait ce même constat, dont Irving Fisher, J.M. Keynes et M. Allais : les banques prêtent trop au moment des phases de croissance, et ne prêtent pas assez (ou demandent trop de remboursements) au moment des phases de ralentissement.

Q . Si je comprends bien, la monnaie « provisoire », la monnaie bancaire, est telle que non seulement elle est, par construction, en croissance perpétuelle – et les dettes avec elle – mais sa croissance est erratique et non optimale... Mais peut-on faire autrement ?

Certains économistes, du courant dit monétariste, ont émis l’hypothèse qu’il suffirait de réguler l’émission monétaire effectuée par les banques de second rang en fonction de la conjoncture économique pour régler la question des crises économiques.

Mais je pense qu’ils se trompent de cible : ce n’est pas par la monnaie bancaire, provisoire, que l’on peut traiter cette question, mais bien en utilisant une monnaie permanente, injectée directement par l’Etat, censé représenter l’intérêt commun. Ainsi, si l’on estime qu’il faudrait 50 milliards d’investissements productifs, publics ou privés, au cours d’une certaine période, la banque centrale, sur instruction de l’Etat, et sous contrôle de la représentation nationale, émettrait 50 milliards, en tant que dette – et monnaie – permanente. Ce serait la contribution de l’Etat à des travaux censés correspondre au bien commun.

Q. D’une certaine façon, ce serait des investissements nationalisés, ou nationaux ?

Oui, on peut dire cela. Cela signifie, d’ailleurs, que les véritables propriétaires de ces investissements seraient les représentants du peuple, de la nation. Les industriels ou les administrations qui auraient procédé à ces investissements, jugés nécessaires pour le bien commun, n’en seraient que des « gérants », des collaborateurs avisés.

Q. Mais si l’Etat bat ainsi monnaie (permanente), n’est-ce pas la porte ouverte à la hausse des prix, à l’inflation ? Si l'on peut avoir de l’argent, sans devoir le rembourser, cela semble trop beau pour être vrai …

Là encore, tout est question de dosage, d’équilibre. Relativement à un PIB de 2000 milliards, il ne s’agit pas, évidemment, de créer 200 milliards de monnaie permanente (en supposant un cycle de production d’une durée moyenne de un an), ou 400 milliards (avec un cycle de production de 2 ans), ce qui correspondrait à une croissance de 10%, qui n’aurait pas de sens dans le contexte économique français.

Mais, toujours relativement à un PIB de 2000 milliards, si l’on voulait financer une croissance de 3%, avec un cycle de production de 6 mois, 30 milliards seraient suffisants (60 milliards si le cycle de production était d’un an).

Il ne peut y avoir inflation 'monétaire' que si la production ne croit pas assez vite, ce qui signifierait que le pouvoir d'achat 'nominal' croîtrait trop vite par rapport au pouvoir d'achat réel, celui correspondant strictement à la production non seulement anticipée, mais réalisée.

Q. Si c’est si facile, pourquoi ne le fait-on pas ?

Beaucoup de facteurs s’y opposent, et de nombreux lobbies tentent de faire croire que ces réflexions de simple bon sens sont déraisonnables. Citons en particulier, comme facteurs bloquants, les traités européens actuels, ceux de Maastricht comme de Lisbonne, qui interdisent tout financement direct par l’Etat (qui en est réduit à une politique fiscale ou à un endettement auprès des marchés financiers). L’OMC prétendrait, elle, qu’il s’agirait de concurrence déloyale. Les marchés financiers et les fonds de pension, qu’ils soient représentés par Wall Street ou le « City » de Londres, ne pourraient qu’y perdre l’essentiel de leur influence.

Q. Une utopie alors ?

L’avenir nous le dira. Mais l’exemple de la Grèce, de l’Espagne, d’autres pays sans doute, montre à l’évidence que si l’on fait passer les dettes – publiques ou privées - et la pensée monétariste actuelle, avant le véritable sort des peuples, tout peut se produire, y compris les révolutions les plus sanglantes. J'ai essayé de montrer ici que ce n’était pourtant pas une fatalité.