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mardi 19 juin 2012

CentPourCentMonnaie_PourUneReformeMonétaireCruciale


Pour une réforme monétaire d’envergure.

Préliminaires :

La crise actuelle semble difficile à classer : est-ce une crise financière, une crise bancaire, une crise monétaire, une crise de la dette ? Les experts n’ont pas fini de s’entredéchirer sur ce point. Ce que l’on peut constater, en tout cas, c’est qu’elle a fini par entraîner une crise de l’économie  réelle, si l’on en juge par le cortège de défaillances économiques et de surcroit de précarité et de misère qui l’accompagnent. A tel point que de plus en plus d’économistes comparent la crise actuelle avec la grande crise de 1929.

Pour le prix ‘Nobel’ M. Allais, comme pour I. Fisher d’ailleurs, l’origine de la grande dépression commencée en septembre-octobre 1929 aux Etats Unis –et qui s’est terminée comme on le sait, par les horreurs de la deuxième guerre mondiale - représente la meilleure, ou pire, illustration que l’on puisse donner des effets nocifs d’un mécanisme incontrôlé et intrinsèquement pervers du crédit reposant sur:

1. la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit,
2. le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme,
3. le développement d’un endettement gigantesque,
4. une spéculation massive sur les actions et les monnaies,
5. un système financier et monétaire fondamentalement instable.

La réforme envisagée :

La réforme proposée ici, celle du système monétaire et de crédit, prolonge les idées de Fisher et de Allais, et revient à trois propositions qui changeraient de fond en comble le fonctionnement du système banco-financier. Ces trois propositions, explicités ci-dessous, se résument à une seule, la re-nationalisation de la monnaie, mais pas des banques. Avant de préciser cette réforme, partons de ce que Maurice Allais donnait comme définition de la monnaie, définition pratique, mi subjective mi objective (conforme aux esprits animaux - chers à J.M. Keynes ou à la psychologie des consommateurs et des financiers) mais très réaliste, de la monnaie:

« A mon avis, du point de vue économique, la quantité de monnaie dont dispose un opérateur est la part de son actif qu’il considère (à tort ou à raison) comme susceptible de lui permettre d’effectuer ses paiements sans délai et sans restriction. Si l’on adopte cette définition, la masse monétaire qu’il y a lieu de considérer pour l’analyse des phénomènes monétaires est la somme des actifs qui sont considérés comme susceptibles d’être utilisés pour effectuer des paiements sans délai et sans restriction » (Allais, 1970, cité par C. Gomez dans Journée d’études, dans “ Les contributions de Maurice Allais à la Science économique ”, juin 2009)

Dans cette réforme, qui assurerait une véritable nationalisation de la monnaie, puisqu’elle serait réellement émise au service de tous , les établissements bancaires et/ou financiers seraient scindés en trois entités distinctes (ce qui va donc bien au-delà de la réforme proposée connue sous le nom de ‘Glass-Steagall Act’, qui séparerait simplement banques de dépôts et banques d’affaires sans interdire la création monétaire ‘bancaire’ par les banques commerciales) :  
1. Les actuelles banques de dépôts deviendraient de simples Sociétés de Services Monétaires (S.S.M) assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, la garde et la gestion des moyens de paiement de leurs clients, les comptes de ces derniers ne pouvant comporter aucun découvert ;
2. Les Sociétés d’Epargne et de Financement (S.E.F), ou « banques de prêts » emprunteraient et prêteraient ces fonds, la « vraie épargne », le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés.
3. Les Sociétés ou Banques de Marchés et d’Investissement (B.M.I ou S.M.I) seraient chargées de mettre en place des solutions de financement direct et de vendre, structurer et gérer des instruments financiers.

Une monnaie « 100 pour cent au service du bien de tous », diminuant le poids de la dette publique.

Cette triple proposition – parfois connue sous le nom de « 100% monnaie centrale » aurait pour conséquence de redonner une souveraineté monétaire pleine et entière à la nation, ou au groupe de nations, qui déciderait de l’appliquer (et permettrait, par ailleurs, d’effacer complètement la loi de janvier 1973, dite loi Pompidou-Giscard, reprise dans les traités de Maastrich et de Lisbonne)

L’effet de cette nationalisation monétaire aurait par ailleurs un impact immédiat sur les dettes publiques, puisque, sans qu’il y ait la moindre modification de la masse monétaire actuellement en circulation (que l‘on se réfère aux agrégats M1, M2, voire M3), les mécanismes en jeu dans la transition entre le système financier actuel et celui du « 100% » pourraient conduire à une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalent aux obligations d'état détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme.

Cette neutralisation correspondrait ‘simplement’ – si l’on peut dire - à la remontée progressive des obligations publiques françaises à l’actif de la banque centrale, les intérêts éventuels restant à courir apparaissant alors comme des rentrées supplémentaires pour le Trésor Public, et non comme une dépense supplémentaire.

La masse monétaire dont parle M. Allais est en fait un 'mélange' (que Allais a précisé) des agrégats M1et M2 et M3 habituellement considérés comme monnaie ou quasi-monnaie. Ce mélange correspondrait actuellement, pour la France, (estimation fin 2011 début 2012) à un montant de 1000 à 1100 milliards d'euros.

C'est cette monnaie "allaisienne" qui correspondrait à ce qu'il faudrait "transformer" en monnaie centrale garantie et émise par l'Etat, seule monnaie qui devrait être en circulation, les banques de second rang ne devant plus pouvoir émettre de monnaie, et ne pouvant plus que prêter soit une épargne déjà constatée, soit, bien sûr, leurs propres fonds.

En partant du chiffre de 1050 milliards, le processus conduisant au "100% monnaie centrale"  (émise par la seule banque centrale "française", ou par le seul institut monétaire français) correspondrait donc à une avance de 1050 milliards (quelque soit la forme prise par cette avance) d'euros consentie par NOTRE banque d'émission à nos ex banques de second rang, devenues simples banques de dépôts, les Sociétés de Services Monétaires.

Une fois cette réforme en marche, plus aucun établissement "bancaire" ou "financier", quel que soit son statut parmi les trois entités évoquées plus haut aura l'INTERDICTION absolue de prêter de l'argent qu'il n’aura pas, la seule monnaie disponible étant donc la monnaie centrale directement émise par l’Etat. On ne pourra donc plus parler de multiplicateur ou de diviseur monétaire, puisque l’ex "multiplicateur monétaire" qui fluctuait entre 5 à 6 sur la dernière décennie sera ramené à un : d’où l’expression « 100% monnaie ».
Il ne s'agira plus de réguler l'émission de monnaie par les banques, mais de l'INTERDIRE complètement.

Le 100% monnaie réalise ainsi une séparation très claire entre une monnaie totalement "liquide",  garantie à 100% par de la monnaie Banque centrale, et l’épargne à court, moyen ou long terme. C’était le souhait de Allais lorsqu’il écrivait : « Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée de périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérablement amplifiées, sinon suscitées, sont la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit et le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme. »

D’un point de vue pratique, il suffira donc que l’on recense la masse monétaire détenue par les établissements bancaires actuels, (qui se décomposeront en SSM et SEF) et que le prêt, ou l’avance, consenti à ces banques par la banque centrale corresponde à ce montant (de l’ordre de 1050 milliards).

En supposant que ce prêt soit consenti sur 10 ans, par tranche annuelle, cela permettra à la banque de France (ou à un autre organisme public missionné pour cela) d’utiliser ce remboursement périodique pour remettre en circulation le même montant monétaire (ici 105 milliards d’euros) pour racheter un montant équivalent de la dette publique, en affectant cette somme par priorité à la dette publique détenue par des non résidents.

Par ailleurs, une nouvelle émission monétaire serait décidée annuellement ou bi-annuellement, sous contrôle du parlement, et devrait correspondre à une augmentation aussi régulière que possible, correspondant à la croissance espérée, affecté d’un taux d’inflation « de fluidité » de l’ordre de 2 à 2.5 %, ce qui pourrait correspondre, en période normale, à un  taux d’émission de 4 à 5% (soit 45 à 50 milliards d’euros).  On peut imaginer que cette émission monétaire irriguerait l’économie réelle par l’intermédiaire du Trésor Public, voire de la Banque Postale, mais le processus lui-même reste à préciser dans ses modalités d’application.