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lundi 2 juillet 2012

La peur de sortie de l’Euro est-elle légitime?


La peur de sortie de l’Euro est-elle légitime ?

Q. La plupart des Européens semblent penser que la sortie de l’Euro serait néfaste. Ont-ils raison ? Sinon, pourquoi le pensent-ils et peut-on les faire changer d’avis ?
Les enquêtes d’opinion montrent effectivement, en particulier dans les 4 plus importants pays industriels de la zone Euro, qu’il n’y a guère que 25 à 30% de personnes qui souhaitent abandonner l’Euro en tant que monnaie unique, même si je voudrais ajouter deux bémols à cette constatation.

Q. Lesquels ?
Tout d’abord, lorsque l’on demande à un Français, un Italien, un Allemand ou à un Espagnol, ce qu’ils en pensent, ils jugent à une très forte majorité que si la sortie de l’Euro ne serait pas une bonne chose pour eux, il faudrait pourtant « débarrasser » l’Euro-zone d’un passager gênant, à savoir la Grèce. Par ailleurs, si vous demandez à quelqu’un de vous expliquer la différence entre une monnaie unique – l’Euro actuel – et une monnaie commune – telle que pouvait l’être l’ECU il y a 15 ans, il y a de fortes chances qu’il ne puisse le faire.

Q. Pourriez-vous préciser cette différence ?
En soi, toute monnaie qui est utilisée dans une zone géographique donnée et qui est validée comme moyen de paiement exclusif, est une monnaie ‘unique’. Le dollar, aux USA, est une monnaie unique, le franc suisse, en  Suisse, est une monnaie unique. L’euro est, pour le moment, une monnaie unique dans la zone euro.

Q. Pourquoi parle-t-on alors d’une monnaie qui ne serait pas unique ?
C’est sans doute pour noyer le poisson. Une monnaie nationale, comme le franc2012, ou comme le franc Pinay, celui d’avant 1999, était, elle aussi, une monnaie unique (à ceci près que certains commerçants acceptaient éventuellement d’être payés en une autre monnaie, le dollar ou, dans les zones frontalières, en pesetas, en lires, en marks, en francs suisses ou belges). Dans le cas de l’Euro, on insiste sur son côté « unique » pour cacher peut être qu’il est une création artificielle, que ses ‘prescripteurs’ ont voulu imposer à des pays qui n’étaient prêts, ni économiquement, ni socialement, ni politiquement, à la recevoir.
C’est un peu comme si les USA avaient voulu imposer le dollar – c’est d’ailleurs ce qu’ils ont tenté de faire – à l’ensemble du continent nord-américain, voire à l’ensemble des deux Amériques, et, au delà, à l’ensemble du monde.

Q. Et quant est-il d’une monnaie commune ?
Il y a plusieurs définitions ou conceptions possibles d’une « monnaie commune ». Mais ce qui est important à savoir, c’est que la première propriété d’une monnaie commune, c’est que … ce n’est pas une monnaie, au sens où elle ne peut être utilisée directement pour des paiements. Une « monnaie commune »- qui n’est donc pas une monnaie- est une unité de compte, qui va permettre de comparer entre elles diverses monnaies nationales. C’était le cas anciennement pour l’ECU (European Currency Unit), qui permettait de comparer entre elles les valeurs du franc1998, de la peseta1998, du mark1998, etc.

Q. Si je comprends bien, une monnaie commune européenne permettrait de relier entre elles différentes monnaies nationales européennes, afin de permettre plus facilement des échanges internationaux dans la zone concernée.
C’est tout à fait cela. L’étendue de cette zone, et donc de la validité géographique de cette nouvelle zone monétaire, dépendrait évidemment du nombre et de la superficie des pays qui voudraient, ou devraient, sortir de la zone euro actuelle, zone artificielle pour laquelle on a voulu forcer le passage d’une « unité de compte » - l’Ecu ancien – à une monnaie (unique) l’euro2002.
C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré explicitement un chantre du mondialisme, c'est-à-dire du « nouvel ordre européen », puis mondial, à savoir Jacques Attali, qui avouait sans fausse honte, en janvier 2011, que les instigateurs du traité de Maastricht et de l’établissement de l’Euro avaient tout fait pour que « sortir de l’Euro ne soit pas possible [… ] puisque l’on a soigneusement oublié d’écrire […dans le traité européen] l’article qui permet de sortir [de l’Euro] » tout en précisant (ingénument ou sans aucune vergogne) « ce n’est peut être pas très démocratique … ».

Q. Mais même si cela est, est-il encore possible de sortir, sans trop de dégâts, de cette zone euro, surtout si vous dites que ses inspirateurs semblent avoir voulu rendre cela impossible ?
C’est impossible si l'on ne remet pas en cause ces traités, certes, mais une nation souveraine peut toujours rompre, en cas de force majeure, un traité. L’histoire est remplie de tels cas. Les traités de Maastricht ou de Lisbonne ne sont ni plus, ni moins, sacrés que d’autres. Ce que le peuple a fait – même si, dans le cas du traité de Lisbonne on peut discuter de cette volonté populaire – le peuple peut aussi le défaire. Faut-il encore qu’il soit consulté. Un traité est un acte fondamentalement politique et lorsqu’il concerne les conditions de vie, économiques, sociales, morales de toute une nation, il est inimaginable que cette nation ne soit pas clairement consultée.

Q. Pour vous, ce devrait donc être le cas pour l’Euro ?
Tout à fait, d’autant plus que derrière cette souveraineté monétaire, ou son abandon, il y a de façon plus globale toute la question de la souveraineté d’une nation toute entière. Les Français veulent-ils, ou non, du fédéralisme qui s’imposera si la France n’a plus son mot à dire en matière de politique monétaire, budgétaire, fiscale, sociale? Que l’on soit, ou non, pour le fédéralisme, on ne peut l’imposer en catimini.

Q. Revenons, si vous le voulez bien, à cette méfiance des Français envers une sortie de l’Euro ? Pouvez-vous la justifier ?
L’Euro n’était pas nécessairement une mauvaise idée en soi, si ce n’est que les hypothèses techniques sur lesquelles elle pouvait être bâtie n’étaient pas les bonnes. Il n’existe pas dans l’histoire de cas d’unions monétaires qui aient pu s’imposer durablement à des pays différant à la fois sur les plans économique, social, culturel et linguistique.
C’est un peu comme si l’on voulait imposer les mêmes normes à une copropriété de 11 ou 12 maisons (17 maintenant) différant tant par la qualité de leur construction, leur exposition, leur superficie, leurs mœurs, la taille de leur jardin, la composition de leur famille et de leurs locataires, tout en décidant qu’à la fin des fins, le prix au m2 devrait être le même.
C’est exactement ce qui se passe pour l’Euro, l’Euro allemand n’a pas la même valeur que l’Euro grec ou espagnol, au sens où, derrière le même signe monétaire, il n’y a pas la même puissance industrielle et commerciale.

Q. L’Allemagne a pourtant bien réussi sa réunification, avec la même monnaie, le mark ?
Oui, mais dans un contexte fort différent : la même langue et l’acceptation par l’Allemagne de l’Ouest d’aider l’Allemagne de l’Est à rattraper son retard, évalué à plus de 40%. Et c’est ce que l’Allemagne d’Angela Merkel refuse de faire pour les pays en difficulté de la zone Euro. L’Allemagne ne veut pas – le pourrait-elle d’ailleurs – payer pour la Grèce, le Portugal, l’Italie, et peut être un jour pour la France. C’est un peu comme si l’on demandait, dans une même copropriété, à ce que le propriétaire le plus riche – que cette richesse soit méritée ou non – et le plus soigneux paie toutes les dépenses des autres, afin que l’ensemble des maisons, quelque soit le comportement de leurs propriétaires et de leurs locataires, soit dans le même état.

Q. Même si le propriétaire « le plus riche » imposait ses propres règles de bonne conduite ?
Ce serait effectivement l’une des deux solutions possible pour « sauver l’Euro ». Soit l’Allemagne peut imposer sa vision d’une bonne gouvernance économique, sociale et politique, soit c’est le gérant européen de la copropriété, disons la commission européenne de Bruxelles, qui peut l’imposer, c’est bien cela le super-fédéralisme rêvé par Attali et beaucoup d’autres européistes ou mondialistes.

Q. Je suppose que vous ne voulez pas de cette solution. Ce ne serait peut être pas une si mauvaise chose ?
Je crois que personne, et même pas l’Allemagne, ne veut de la première solution, l’hégémonie allemande. Quand à la deuxième solution, je la rejette sur le plan politique et je la condamne sur le plan économique.

Q. Pouvez-vous nous expliquer cela ?
Sur le plan politique, la moindre des choses serait, je l’ai déjà dit, qu’on demande aux populations concernées leur avis, ce que l’on s’obstine à ne pas faire depuis le traité de Maastricht, dont la plupart des conséquences ont été soigneusement cachées aux Européens.

Q. Et sur le plan économique ?
Toute l’histoire de la zone euro montre que cette « co-propriété » ne fonctionne pas. La zone euro est la zone qui a connu la plus faible croissance au cours des 10 dernières années, c’est celle dans laquelle le chômage s’est le plus accru, et c’est enfin la zone qui semble la plus promise à une cure d’austérité la plus longue et la plus profonde qui va nous rappeler, hélas, la grande crise de 1929 et toutes ses conséquences.

Q. Mais si ce que vous dites est vrai, pourquoi nos compatriotes n’en prennent-ils pas conscience ? C’est d’ailleurs aussi le cas dans les autres pays. Seraient-ils stupides ?
Stupides, sûrement pas. Mal informés, voire manipulés, sans aucun doute.

Q. Manipulés, par qui ?
Par ceux qui ont tout intérêt à ce que le système continue. Là encore, il faut chercher à qui le crime – si on peut l’appeler ainsi – profite. Marx, dans son analyse des débuts du capitalisme, avait mis en exergue les conflits d’intérêt – qu’il appelait lutte des classes – entre capitalistes et prolétaires, entre les détenteurs des moyens de production et les ‘travailleurs’.

La situation, si elle a grandement évolué, s’est transformée en une autre lutte, beaucoup plus insidieuse et pernicieuse, celle de la caste financière contre la sphère productive, l’économie financière contre l’économie réelle. Le véritable conflit n’oppose pas, ou plus, les entrepreneurs aux salariés, mais les financiers aux « productifs », que ces « productifs » soient patrons de PME ou simples salariés. La vraie cassure est là, dans cette financiarisation rampante de l’économie, favorisée par cette confusion, parfois cette concussion, entre le monde banco-financier et nos élites, issues souvent des mêmes grandes écoles ou universités.

Q. Je ne nie pas cette financiarisation de l’économie, mais en quoi la sortie de l’Euro apporterait-elle une solution à ce véritable problème, celui d’un enrichissement des financiers au détriment de l’économie réelle et des véritables producteurs ?
Au-delà de la sortie de l’Euro, il faudrait que tout Etat souverain reprenne en main ses propres capacités de création monétaire. Ce ne devrait plus être aux banques, dites de second rang, de décider de remettre, ou non, dans le circuit économique des quantités plus ou moins importantes de monnaie par de simple jeux d’écriture.

Q. En d’autres termes, vous voulez aussi remettre en cause la loi de 1973, dite loi Pompidou-Giscard ?
Je pense qu’il faut aller bien au-delà et accompagner la sortie de l’euro d’une profonde réforme monétaire, consistant à interdire aux banques autres que la banque centrale d’émettre la moindre monnaie. C’est cette cohérence supplémentaire qui a peut être manqué aux tenants de la sortie de l’Euro, et qui fait que la question des dettes publiques continue d’être agitée comme un épouvantail devant tous ceux qui pourraient éventuellement la promouvoir ou même la désirer.

Q. Que voulez-vous dire par là?
Dans le contexte actuel, celui d’une union monétaire renforcée, chacun sait, ou devrait savoir, que seule une toute petite partie des dettes publiques pourra être remboursée. Mais nos « élites », notre hyper-classe, continuent à agiter cette menace de défaut comme épée de Damoclès pour inciter les « indignés » et les exclus à rentrer dans le rang, et à accepter les politiques d’austérité qu'ils sont en train de se mettre en place un peu partout en zone Euro.

Avec la réforme monétaire proposée par d’aussi grands économistes que Fisher, Allais, Williamson et bien d’autres, nous obtiendrions aussi une neutralisation progressive de la dette publique de l'Etat de l'ordre des 2/3, avec un montant substantiel dès la première année équivalant aux obligations d'Etat détenues par les banques: ce qu'Irving Fisher appelait déjà en 1935 le "Dividende Social" de la réforme. Et c’est cette neutralisation qui est évidemment refusée par les tenants du système actuel, puisque cela leur enlèverait le plus important levier d’action qu’ils possèdent : la peur de la faillite, peur justifiée dans le cadre du système actuel, mais complètement absurde si l’Etat pouvait reprendre entièrement les rênes de sa politique monétaire et budgétaire.