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samedi 27 octobre 2012

PeutOnEstimerLeCoutDuneSortieDeLeuro


Sur la sortie de l’Euro, et ses prétendus coûts catastrophiques.


Une discussion argumentée devrait, en toute logique, comparer avantages et inconvénients entre deux possibilités, rester dans l’Euro, et sortir de l’Euro (de fait, il y aurait de nombreuses variantes dans chacune de ces branches, mais nous allons essayer d’aller à l’essentiel).

Oublions le passé, ce que l'Euro nous a déjà coûté.

Tout d’abord, je vais laisser de côté ce qu’une entrée dans l’Euro a déjà coûté : ce sont, comme on dit des « sunk costs ». Certains ont chiffré des coûts, le FMI parlant même de 1100 milliards d’euros mais, après tout, que ce soit vrai ou non, et que cela ait été un gâchis énorme – ce que je crois – ou non, c’est du passé. Même s’il semble que 70% des français soient de cet avis – l’erreur d’être en « Eurozone » - ces coûts ne pourront jamais être récupérés.

Ce dernier point  explique peut-être aussi que, pour l’instant, seuls 30% de nos compatriotes jugent souhaitable de quitter l’euro, au moins en tant que « monnaie unique ». On peut éventuellement – ce ne serait que justice - se débarrasser de ceux qui ont conduit l’Europe, en général, et la France, en particulier, dans ce guêpier, mais il semble difficile d’aller au-delà, d’un point de vue purement économique : ce qui est perdu est perdu.

Peut-on évaluer l'efficacité de sortie de l'Euro?

Intéressons-nous donc à l’avenir, à partir de la situation présente, en formulant ainsi la question de base : est-il plus efficace, d’un point de vue social et économique, de demeurer dans la zone Euro, ou d’en sortir ? Je n’aborderai pas ici la question de savoir si, oui ou non, la zone euro finira par exploser toute seule, comme le suggère par exemple Olivier Berruyer, et comme le laisse parfois entendre – avec quelques fluctuations et nuances marquées d’idéologie, l’économiste J. Sapir, voire P. Artus.

Pour tenter de répondre à notre première question, je vais m’attacher à traiter deux points, celui des dettes ‘publiques’ et celui du déficit commercial, le premier point, souvent mis en avance, m’apparaissant cependant nettement moins grave que le second.

La question des dettes publiques et de son chiffrage en cas de sortie de l'Euro.

Les dettes publiques de la France, dont on prévoit qu’elles seront de l’ordre de 1800 à 1850 milliards fin 2012, ne seront jamais remboursées totalement, chacun le sait. Il n’en reste pas moins vrai que ces dettes, exprimées en euro (pour un taux de change euro contre dollar de 1,30) auront sans doute une autre valorisation si elles étaient exprimées en euro-français, ou euro-franc, ou « franc national » ou « franc patriotique ».

L’étude Nomura, jamais démentie, chiffrait à environ 1,21 la « vraie valeur » que devrait avoir un « euro français » libéré de son carcan « eurozone », d’où une dévaluation de fait par rapport à l’euro actuel d’environ 7%. Rappelons que l’euro allemand, dans cette même analyse, devrait valoir, contre dollar, de l’ordre de 1,40 dollar, et s’apprécierait donc de l’ordre de 16% contre l’euro français.

Rappelons aussi qu’environ 2/3 des dettes publiques sont détenues par des « non-résidents », soit environ 1200 à 1240 milliards fin 2012.

Une éventuelle dépréciation de la monnaie nationale ne devrait donc porter que sur ce montant (et encore, d’autres dispositions, tout à fait légales, seraient envisageables) : en appliquant la décote de 7% sur ce montant, on aurait ainsi une « perte de change » de l’ordre de 85 milliards (en « anciens euros »), toujours en supposant que l’on finisse par rembourser nos créanciers, et non pas à faire, comme depuis plus de 10 ans, de la simple cavalerie en « faisant rouler notre dette ».

Parmi les autres solutions possibles, l’une serait « presque permise » par la situation juridique actuelle (en sachant cependant que sortir unilatéralement, et de façon abrupte,  de l’Euro exigerait d’aller bien au-delà de l’article 50 du traité européen, et qu’il faudrait faire intervenir le compromis de Luxembourg reposant sur une situation dite de force majeure au niveau de la France) : cette solution serait de considérer que les dettes étant libellées en monnaie européenne et « donc » - du fait de l’eurozone actuelle-  en monnaie nationale, les dettes seraient ‘seulement’ à rembourser en monnaie nationale.

Les « marchés financiers » ne seraient sans doute pas très favorables à cette possibilité, tout à fait légale pourtant : pour les calmer, et en supposant que la souveraineté monétaire retrouvée par la France puisse aller jusqu’à la possibilité pour la Banque de France d’intervenir directement sur le marché monétaire, on pourrait aussi imaginer que la dite banque émette de l’argent pour racheter peu à peu les obligations publiques détenues par des étrangers (c’était dans le programme présidentiel de Marine Le Pen).

Une autre solution, à la Fisher-Allais, serait d’instaurer ce qui est parfois appelé « le 100% monnaie centrale », qui aurait pour première conséquence que 1100 ou 1100 milliards d’euros – donc presque les 1/3 de la dette actuelle soit « récupérée » par la banque de France (cf. les écrits de A.J. Holbecq et de C. Gomez sur la question).

Quelle que soit la « méthode » utilisée, on peut d’ores et déjà dire que le maximum de surcroît de dettes pour la France serait donc au maximum de 85 milliards d’euros – et sans doute beaucoup  moins – montant très inférieur à la catastrophe annoncée par les tenants du système actuel (et que l'on peut relativiser, si on les compare à l'accroissement de 500 à 600 milliards de dettes du quinquennat de N. Sarkozy).

Ce serait donc cette somme qu’il faudrait comparer, non pas aux montants déjà engloutis dans le sauvetage actuel de l’Euro – « sunk costs » qu’il serait vain d’espérer récupérer – mais à ce qui est déjà prévu pour garder à flots, plus ou moins, la zone euro encore quelque temps : sur ce point je ne peux que suggérer au lecteur de se reporter aux analyses assez fouillées de P. Artus, de J. Sapir et de nombreux autres analystes : ce n’est plus de 85 milliards qu’il s’agit, mais de bien plus, tout en sachant que cet acharnement thérapeutique n’apporte aucune garantie sur le sauvetage à long terme de l’eurozone.

La question du déficit commercial dans le cadre de la zone Euro.

Nous en arrivons maintenant au deuxième point, le plus important à mon avis, concernant la question du déficit commercial. De fait, même les apprentis économistes  et les experts, souvent auto-proclamés, qui se répandent actuellement sur les différents médias sont tous plus ou moins d’accord sur le fait que, contrairement aux espoirs suscités lors de l’instauration de l’euro, la « convergence économique » entre les différents pays, 12 initialement, 17 actuellement, n’a pas eu lieu, bien au contraire, puisque les différences se sont même accentuées.

La position relative de la France  vis-à-vis de l’Allemagne, et d’autres pays dits « du nord », s’est dégradée, et il en est de même pour celle de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, sans même parler de la Grèce. De fait, même si la situation globale de l’Eurozone par rapport au reste du monde est restée relativement stable, 12 pays sur 17 ont vu leur balance commerciale se dégrader fortement, ainsi que leur taux d’activité.

C’est d’ailleurs, bien sûr, ce qu’avait prévu l’un des plus grands économistes français du XXième siècle, Maurice Allais. Pour lui, comme pour la plupart des spécialistes de ce domaine, une « monnaie unique » ne peut avoir un sens que lorsqu’elle correspond à une zone économique très homogène, ce qui n’était pas le cas pour la zone Euro en 2002, et ce qui est encore moins le cas en 2012.

Dit en termes lapidaires, la monnaie ‘unique’ s’est révélé être bien davantage un frein ou un boulet qu’un accélérateur ou une chance pour la majorité des pays de l’Eurozone. La France, dont le solde commercial était légèrement positif en 2002-2003, en particulier vis-à-vis de l’Allemagne.

Bien sûr, dans un monde imaginaire, on pourrait imaginer que l’Allemagne, dont le solde commercial avoisine les 170 milliards, dont plus de 20 milliards d’euros vis-à-vis de la France, donne gracieusement « pour le bien de l’Euro » (et donc ? de l’Europe) à ses « petits » partenaires la contre-parie de ses succès commerciaux faits à leurs dépens.

Sous une forme moins utopique, et sans doute plus réaliste, c’est ce qui était proposé il y a plus de soixante  dans la charte de la Havane, dans laquelle c’était aux pays exportateurs de faire l’effort, sinon d’aider financièrement les pays débiteurs ou « importateurs nets », du moins de faire en sorte soit d’importer davantage, soit d’exporter moins, afin de rééquilibrer les trois flux économiques fondamentaux, les flux de capitaux, les flux de biens, et les flux de service, auquel on peut rajouter les flux de personne.

Sur ce point encore, c’est ce que Marine Le Pen – comme MM. Asselineau et Dupont-Aignan – proposait dans son programme présidentiel avec son concept d’écluses commerciales, que ses adversaires avaient qualifié de ligne Maginot, sans savoir sans doute ce qu’était une écluse, dont le but principal, me semble t-il,  est de rendre équilibrés  des flux, et non pas de les bloquer.

Il est évidemment impossible de chiffrer les avantages économiques de ces écluses, la seule chose que l’on peut dire avec force c’est qu’elles semblent être le seul moyen de permettre de réduire, voire d’annuler, le déficit commercial actuel qui impose chaque année un transfert de devises, actuel ou différé, de 70 milliards d’euros. Quand on sait, de plus, que près de 100 000 emplois industriels ont été perdus au cours de la dernière décennie – perte que l’on peut aussi concrétiser  par une amputation d’un demi-point de croissance annuel (soit 10 milliards d’euros) – la probabilité de l’efficacité d’une telle mesure, que l’on pourrait qualifier de protectionnisme raisonnable et raisonné, semble assez forte.

En raisonnant par l’absurde, on peut estimer, au contraire, que le maintien de la France dans la zone Euro ne fera qu’accentuer nos difficultés de compétitivité avec les 3 ou 4 pays « nordiques » qui auraient, eux, tout intérêt à nous laisser dans cette zone « d’influence », du moins tant qu’on ne les oblige pas à payer pour nous nos déficits grandissant.

Quand à nos écarts de compétitivité avec les pays « low costs », il est encore plus évident qu’un libre-échange total  avec eux ne peut que conduire à une désertification économique de plus en plus rapide de notre pays, qui s’est déjà concrétisée par le fait que les emplois industriels ne représentent plus que 13% en France, contre 15% il y  a un quart de siècle.

Les déficits structurels inhérents à une 'eurozone' hétérogène et aux économies divergentes.

En guise de conclusion, et même si le débat sur les gains ou les pertes liés à une sortie de l’Euro est très loin d’être terminé - mais a-t-il vraiment été ouvert de façon honnête et transparente – n’est t-il pas raisonnable de penser que si la France veut réduire l’influence des marchés financiers  et des banques sur sa propre politique économique et sociale, il est fondamental de s’attaquer en priorité à ses déficits structurels.

Ces déficits nous semblent liés pour une bonne part au carcan d’une monnaie unique, qu’il faudrait d’urgence transformer en monnaie commune, en revenant donc à des monnaies nationales pour les 12 ou 13 pays de l’Eurozone  sur lesquels pèse de plus en plus le sceptre d’une récession dont l'ampleur risque d’être du même ordre que celle de la grande crise des années 30 du siècle dernier.

Je ne pense pas que l’avantage de coûts de transaction plus faibles dans le cadre d’une monnaie unique – avantage que l’on peut évaluer à 0.2% par an au grand maximum, sans doute moindre encore du fait de l’informatisation et de l’interpénétration de nos systèmes bancaires – suffise à lui seul de justifier par ailleurs le carcan dans lequel se débat actuellement la plupart des pays de l’Eurozone.