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mardi 27 août 2013

ValseHesitationSurLesRetraites


Une valse-hésitation de plus : la question des retraites ….

Que d’agitation autour des retraites : il est vrai que tout un chacune se sent concerné. Mais de quoi s’agit-il exactement aurait sans doute dit le Maréchal Foch, qui aimait les problèmes bien posés. Est-ce vraiment un problème de génération, d’allongement de la durée de vie qui exigerait apparemment un allongement ad hoc de la durée de cotisation, ou est-ce essentiellement autre chose ?

La véritable question paraît pourtant simple, si la réponse ne l’est pas : quelle devrait être la  part de la production nationale qui devrait aller aux « inactifs », et quelle est la part de cette production qui devrait  rester entre les mains des actifs. Dans la France de 2013 ou de 2014, il y a des gens qui travaillent pour produire un certain « gâteau », des biens et services privés, marchands, ainsi que des biens et services publics. Tout le reste est littérature.

 Ce gâteau collectif, global, le PIB, est donc produit par un certain nombre d’actifs. En dehors de ces personnes actives, au travail, il y a des jeunes, qui ne travaillent pas, ou pas encore, et des seniors, qui ont travaillé mais qui ne travaillent plus. Ces derniers, ces retraités, pensent avoir droit, c’est légitime, à une partie de ce qui est produit par d’autres, puisque, au cours de leur vie active, ils ont eux-mêmes travaillé pour les inactifs.

La question auxiliaire, quoique importante, est la clé de répartition, sachant que la question principale, qu’il ne faut pas perdre de vue,  concerne ce qu’il faut répartir. Un enfant de 5 ans pourrait comprendre cela, avec simplement un sac de billes. Le simple bon sens conduit à dire qu’on ne peut  distribuer que ce qui existe, qu’on ne peut récolter avant d’avoir semé.

Ainsi,  pour une période donnée, par exemple l’année 2014, les pensions de retraite dépendent nécessairement de ce qui va être produit en 2014, indépendamment des points accumulés pendant la vie de ces mêmes retraités, même si la justice exige de tenir compte des efforts passés.
Si ce qui va être produit en 2014 n’est pas globalement suffisant, cette insuffisance ne dépendra évidemment pas de la façon de répartir l’éventuel surplus, que ce soit par capitalisation  – l’exception – ou par répartition – la règle.

La question des retraites est donc nécessairement liée à ce que David Ricardo écrivait déjà il y a 2 siècles : le principal problème de l’économie politique est à la fois un problème de production et de répartition-distribution. Il faut assurer la production la plus efficace possible, avec la plus grande justice dans la répartition de cette production.

C’est au niveau global qu’il faut donc s’attaquer à cette question. Si l’on peut nous montrer qu’il y aura davantage  à distribuer si les gens travaillent plus longtemps, pourquoi pas. Mais, comme le dit fort justement Marine Le Pen, (re-)mettons déjà au travail ceux qui sont en âge « normal » de travailler, cela devrait déjà augmenter le gâteau à distribuer.  Avec plus de 10% de chômeurs, et sans doute près de 15% si on comptabilise les emplois partiels ou les faux emplois, il y a donc de la marge.

Ratiociner sur l’augmentation de la CSG, ou des cotisations, salariales ou patronales, ou sur telle ou telle autre variable n’a donc aucun sens, puisque c’est l’économie française qu’il faut redresser en priorité. Mais il faut bien que le pouvoir socialiste s’agite, et fasse semblant, une fois de plus, de paraître se préoccuper de l’avenir de nos compatriotes.  Il faut dire que l’UMP n’a guère fait mieux du temps où il était encore aux manettes.


samedi 24 août 2013

EtalonEtSystemeMonetairePourLesNuls


Etalon et Système Monétaire pour les nuls …. C’est quoi, la valeur d’un dollar, ou d’un euro, ou d’un yen ?

Q. C’est quoi, un étalon monétaire ?
Je vous retournerai bien la question : c’est quoi, un étalon de mesure ?

Q. Hum, je suppose que cela permet de mesurer, le plus exactement possible, une longueur, une température, une durée …
C’est tout à fait cela, pour les longueurs, dans le système international, c’est le mètre, dont la longueur est fixée à une précision d’une dizaine de décimales, même chose pour le temps, dont la précision est encore plus grande, pour les températures, nous avons les degrés Kelvin, ou Celsius.

Ces exemples nous permettent de mettre en valeur les deux propriétés fondamentales de tout étalon.

Q. C’est-à-dire ?
Un étalon, tout d’abord, doit correspondre à une mesure invariable– dans le temps comme dans l’espace, indépendamment de l’observateur/utilisateur- , ou si ce n’est pas possible, l’étalon doit être tel que ses éventuelles variations doivent pouvoir être calculées de façon objective.

Un mètre ne peut être élastique, même chose pour la durée d’une seconde, précise au milliardième de milliardième.

Dans le domaine monétaire, si l’on prenait comme étalon une marchandise comme le camembert Le Petit, il faudrait que sa mesure ’monétaire’ soit invariable, ou que l’on puisse calculer à tout moment sa variation par rapport à sa mesure initiale, sans faire référence, bien sûr, à d’autres mesures monétaires.

Q. Et ce n’est pas le cas ?
Pas vraiment. Il suffirait que d’une période sur l’autre, on produise beaucoup plus de camemberts, ou beaucoup moins, de façon non contrôlée par une entité ou une organisation unique pour que la valeur intrinsèque, si l’on peut dire, de cet étalon camembert soit profondément modifiée.

Q. Pour le Camembert, je veux bien mais pourquoi pas quelque chose de plus difficile à produire, comme de l’or par exemple.

La valeur de l’or n’est pas invariable, puisqu’elle dépend du contexte économique ou politique, en cas de crise, sa valeur monte, quand tout va bien, sa valeur a tendance à descendre, mais ce n’est pas cela le plus grave.

Q. Que voulez-vous dire par là ?
Tout d’abord, la variation de la valeur monétaire de l’or n’est pas calculable, au sens où les valeurs de telle ou telle marchandise ou de tel ou tel autre bien ne pourront pas être facilement calculables.

De plus, et c’est sans doute cela le plus rédhibitoire, il n’y a pas de véritable lien entre la valeur d’une quantité donnée d’or, par exemple un lingot d’un kilo  et la valeur des biens et services fournis par l’économie d’un pays, ou d’un ensemble de pays.

Q. Hum m. On pourrait peut-être construire un lien arbitraire, par exemple dire que la production de la France en 21012 vaut  5 000 tonnes d’or ?
Certes, mais que se passerait-il si, dans l’avenir, de nouvelles extractions d’or conduisaient à ce que l’or perde de sa rareté ou, à l’inverse, que se passerait-il  si cet or devenait de plus en plus difficile à extraire ?

Non, ce dont on a besoin, c’est d’un étalon que les fluctuations économiques ou de nouveaux procédés ou découvertes ne remettent pas en cause.

Q. Et c’est possible ?
Oui. Il suffit de reprendre votre idée – qui est en fait celle de Keynes et de Davidson – et de prendre, en fait, une unité de compte arbitraire, correspondant par exemple à une proportion donnée, et fixée, de la production d’un ensemble de pays, cet étalon « unité de compte » étant d’autant plus intéressant que le nombre  de pays adhérant à la définition de cette unité de compte serait important.

Par exemple, si 30 pays, dont certains pays de l’U.E. , plus la Russie, le Japon, la Chine, acceptaient de définir cette unité de compte universelle (que certains appellent IMCU, International Money Clearing Unit, mais qui n’est autre qu’un ECU (European Currency Unit) un peu améliorée) en décrétant que le PIB consolidé de l’ensemble de ces mêmes 30 pays valaient par exemple 30 mille milliards d’IMCU – peu importe le chiffre exact, à partir du moment où chacun l’accepte, on aurait un étalon monétaire tout à fait valable.

Q. Humm, je ne vois pas bien la différence avec l’Euro actuel , en dehors du fait qu’il y aurait davantage de pays qui accepteraient cet étalon « international » ?
L’énorme différence, c’est que les monnaies nationales continueraient à exister, et que cet IMCU, ou étalon monétaire universel, jouerait essentiellement le rôle d’une unité de compte, ou éventuellement d’une monnaie commune, mais qui ne servirait que pour équilibrer les échanges internationaux.

Q. Un peu comme les monnaies secondaires émises par des banques secondaires comme la BNP ou le Crédit Agricole sont « compensées », en cas de fuites – c’est-à-dire d’échanges non équilibrés - , par de simples écritures sur les livres de la banque centrale ?
Oui, c’est tout à fait cela, à ceci près qu’il faudrait une chambre de compensation internationale, acceptée par l’ensemble des pays concernés, tenant les comptes, ou plus exactement les soldes, déficitaires ou bénéficiaires, des échanges internationaux entre les différents pays de cette zone monétaire.

Q. Et quelles seraient les prérogatives de cette chambre de compensation internationale ?
Comme je vous l’ai dit, à la suite de Keynes, Davidson, et au niveau français M. Allais et plus récemment Gabriel Galand ont développé cette idée, dont je vais juste préciser 3 points essentiels, tout à fait conforme à l’esprit de la charte de la Havane dont le but était d’équilibrer les flux de capitaux, de biens, de services (auquel on peut rajouter les flux migratoires):

a)      les taux de change de chaque monnaie nationale (car il peut fort bien y avoir encore 30 monnaies nationales si 30 pays font partie de cette union monétaire) seront fixés initialement par chaque pays

b)      les échanges commerciaux continuent à se faire contractuellement et à se régler en monnaie nationale

Le point le plus important, celui qui assure une convergence vers l’équilibre des échanges, étant le suivant :
c)       tout pays excédentaire doit s’engager à dépenser son excédent (c’est-à-dire à ne pas accumuler de réserves déséquilibrant en sa faveur ses comptes auprès de la chambre de compensation internationale), de 3 manières possibles :
en augmentant ses importations provenant des pays déficitaires, en investissant dans ces pays déficitaires ou enfin en fournissant une aide directe financière aux pays en difficulté passagère.

Q. Ce dernier point, une aide financière directe, c’est-à-dire un don, me semble bien utopique…
Vous avez sans doute raison. C’est bien pour cela que les pays excédentaires préféreront réduire leur excédent commercial des deux autres façons, soit en important davantage, soit en investissant à l’extérieur.

Q. Et s’ils ne le font pas.
La chambre de compensation, au bout d’un certain temps – défini par traité - aura le pouvoir d’effacer ces excédents, en remettant les compteurs à zéro,  en répartissant éventuellement ces excédents auprès des pays déficitaires.

Ou bien en modifiant à la hausse le taux de change de la monnaie correspondante vis-à-vis de l’étalon qui, lui, aura toujours la même valeur relative, celle qui aura été décidée au moment de la création de l’IMCU, c’est-à-dire de l’étalon monétaire.

Q. Et vous pensez que c’est réaliste ?
Je le crois, puisque ce dispositif est fait pour garantir une certaine stabilité du système, en assurant une convergence, ou du moins une non-divergence, aux économies concernées, puisque la charge de ce rééquilibrage dynamique sera confiée aux économies les plus fortes, c’est-à-dire aux entreprises des pays durablement excédentaires.

Q. Vous ne croyez pas que cela passera pour de l’assistanat, et que les pays non développés en profiteront pour se laisser vivre, un peu comme ce que l’on a reproché par exemple à l’économie grecque ?

Non, parce que les entreprises, malheureusement ou non, ne réfléchissent pas en tant qu’entités nationales. Si leurs profits risquent d’être confisqués parce que leur pays serait trop riche, elles iront investir à l’étranger, pour le plus grand bien de ces pays initialement déficitaires.

Q. Quelles seraient les conditions pour qu'un ensemble de pays puissent construire un tel système monétaire, autour de ce type d'étalon?

Il suffirait pour cela que cet ensemble de pays soit à peu près en équilibre (balance des biens et services) avec le "reste du monde". C'est d'ailleurs le cas pour l'eurozone actuelle.

Q. Pourtant, chacun sait qu' il y a des déséquilibres important à l'intérieur des pays de cette eurozone ...
Certes, mais dès lors que chaque pays pourrait avoir une politique monétaire indépendante, cela ne serait pas si important. Dans le cas d'une unité de compte commune, les problèmes sont plus politiques qu'économiques, même si, bien sûr, rassembler des pays qui seraient initialement en équilibre les uns par rapport aux autres serait préférable.

Mais la mission donnée à la chambre de compensation envisagée permettrait de gommer un certain nombre de différences, si celles ci ne sont pas trop importantes, et si les parités choisies initialement correspondent vraiment à la puissance économique de chaque pays partenaire.


Q. Deux dernières  questions. Cet étalon monétaire, cet IMCU, serait-il vraiment un ... étalon?
Sous les conditions envisagées, absolument. En fait, l'IMCU ou étalon monétaire est un indice des prix un peu amélioré, d'autant plus stable qu'il serait "assis" sur le PIB de plusieurs pays dont les économies auraient presque l'obligation de "marcher au même pas", vu que la chambre de compensation envisagée aurait pour mission essentielle d'éviter l'émergence de déséquilibres permanents.

L'IMCU  2013, ou 2014, ne verrait pas sa valeur "économique" ou "monétaire" changer au cours des années, même si la parité des différentes monnaies, dollar, yen, réal ou ... franc, pourrait éventuellement varier quelque peu . Ces diverses parités seraient en effet soumises à la force de rappel d'une chambre de compensation ad hoc luttant systématiquement contre tout désordre potentiellement centrifuge d'économies insuffisamment coopératives.

Plus précisément, tout est fait pour que, à l’intérieur de la zone économique concernée, cet étalon monétaire conserve la même valeur quelle que soit l’évolution du cours des monnaies nationales.
Ce n’est que vis-à-vis du « monde extérieur » que la question de l’étalonnage de l’étalon peut, et pourra se poser, et ce d’autant plus que le « monde extérieur » serait relativement important par rapport à la zone initiale.

Q. Justement, c’était ma dernière question. Comment allez-vous régler ce problème de conversion entre l’étalon interne et les monnaies ‘extérieures’ ?

C’est un peu comme si vous aviez à comparer l’évolution de 2 étalons de mesures, le mètre, jugé fixe par ceux qui utilisent le mètre, et le pied, considéré fixe par ceux qui utilisent le pied, à la grande différence, bien sûr, que le lien entre le pied et le mètre sont fixes, ce qui n’est pas le cas pour l’étalon interne vis-à-vis d’un étalon externe.

Quoiqu’il en soit, ce système d’étalon ou d’étalons, n’a pas pour but de résoudre tous les problèmes monétaires soulevés par les échanges internationaux, mais déjà de diminuer fortement voire de faire disparaître, à l’intérieur d’une même zone, les problèmes de distorsions économiques entre les différents pays membres.

Par ailleurs, rien n’empêche d’autres zones de se former de la même manière. S’il y n’y a que 2 ou 3 zones d’importance comparable, les échanges entre ces différentes zones, même avec des étalons différents, n’en seront que plus faciles, la fixation des taux de change et de parité  étant beaucoup plus transparente et efficace  que dans la situation présente.

Q. Et si le franc, par exemple, avait une parité initiale de 1 IMCU, que se passerait-il si cette parité passait à 0,8 IMCU. Comment réagirait cet étalon, si, du jour au lendemain le même montant d’ICMU permet d’acheter une plus grande quantité de biens que précédemment ?
Les règles de fonctionnement de l’étalon monétaire, votre ICMU – ou nouvel ECU - et du système monétaire associé sont telles que cette dépréciation relative du franc ne peut se faire sans raisons objectives. Dans le cas présent, ce serait nécessairement parce que le solde commercial de la France serait devenu extrêmement négatif par rapport aux autres pays de la zone monétaire envisagée (ce qui signifie que d’autres pays seraient devenus excédentaires par rapport à la France). 

Les diverses fluctuations du PIB global de la zone monétaire se compenseraient presque entièrement, sans modifier le pouvoir d'achat unitaire de l'étalon.

La valeur globale de l’étalon - et donc sa valeur relative - en serait donc extrêmement peu affectée.


vendredi 23 août 2013

CreditEtEpargnePourLesNuls_EtesVousCigaleOuFourmi


Crédit et Epargne pour les Nuls … Etes-vous cigale ou fourmi ?

Q. Le Crédit, cela sert à quoi ? Et pourrait-on s’en passer ?
Question difficile, du moins sous cette forme, et que je vais vous aider à préciser. C’est un peu comme si vous me demandiez, vaut-il mieux épargner, ou consommer, ou encore vaut-il mieux être fourmi ou cigale.

Q. Et votre réponse serait ?
Cela dépend, ou plus précisément il faut les deux, épargner avant de consommer, mais faut-il encore pouvoir épargner.

Q. Comment cela ?
Dans une économie de pure subsistance, tout ce qui est produit, ou récolté, au cours d’une journée est consommé, car la production est si faible qu’il n’est pas possible de faire des stocks. Il y a 3 ou 4 mille ans, c’était le cas de la plupart des civilisations, dont la survie dépendait essentiellement de la nature, de la cueillette des fruits sauvages ou de la chasse. Nous avons heureusement dépassé ce stade depuis longtemps, même si, pour diverses raisons, souvent sordides, il y a encore des millions d’êtres humains  qui meurent de faim, ou de malnutrition, chaque année.

En fait, dans une économie ‘normalement’ développée, les différents processus de production prennent un certain temps. En agriculture, c’est une ou deux saisons, pour construire un airbus, c’est aussi plusieurs mois, pour mettre en place une centrale nucléaire, c’est plusieurs années.

S’il n’y avait pas des stocks – de matières premières,  de vivres, de biens divers nécessaires à une vie ‘normale’ - permettant d’attendre la fin de ces divers processus de production, aucune de ces productions ne serait possible, on vivrait au jour le jour, en dépendant de la nature ou de la providence.

Q. C’est bien ce que je supposais. L’épargne est nécessaire, il ne peut donc pas y avoir que des cigales …
Certes, on peut dire cela, mais cette ‘épargne’ peut prendre diverses formes. Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est que c’est l’épargne physique qui est fondamentale, c’est l’existence de stocks divers et variés qui importe.

Q. Si je comprends bien, c’est comme pour la production et la monnaie. La monnaie n’est qu’une façon d’évaluer et de faire circuler les diverses productions …
C’est tout à fait cela. En toute logique dire qu’il faut épargner, ou que l’on a besoin d’une certaine épargne signifie seulement que la production prend un certain temps, et que pendant ce temps il faut que tout le monde puisse vivre, ce qi ne concerne pas que les « actifs » d’ailleurs.

Q. Comment cela ?
Prenons le cas de la France, et de son PIB de 2032 milliards. Laissons tomber pour le moment les importations et les exportations. Il y a à peu près 23 millions de personnes qui travaillent – du moins officiellement - , pour que 65 millions puissent vivre. Il est clair que s’il n’y avait pas de surplus « hors production », seuls ces 23 millions pourraient vivre.

Si les retraités touchent une pension, ce n’est pas seulement parce qu’ils ont d’abord travaillé, c’est essentiellement parce que d’autres, plus jeunes qu’eux en principe, travaillent. Si la production diminuait de 10% ou de 20% ou plus encore, l’ensemble de la population en souffrirait, c’est une évidence qu’il est parfois nécessaire de rappeler.

C’est pareil pour les équipements ou les machines. Si elles peuvent continuer à produire, c’est bien parce qu’il y a des « intrants » qui existent, et que pendant qu’elles tournent, on peut leur fournir différents matériaux, et que l’on peut aussi nourrir les  ouvriers ou les employés qui y sont affectés.

 Q. Bon, je pense avoir compris la nécessité des stocks – ce que Marx appelait l’accumulation primitive ou parfois le « travail mort ». Mais qui possède ces stocks, ou qui les finance ?
Ces stocks sont nécessaires à toute économie, capitaliste ou non, libérale ou étatique. On peut discuter sur l’appropriation des moyens de production, et sur la finalité de leur utilisation. Certains stocks sont possédés de façon privative, d’autres sont collectifs. L’essentiel est que ces stocks, qui vont permettre de « tenir » jusqu’à la prochaine récolte – quand il s’agit de produits agricoles – ou jusqu’à la prochaine vente – s’il s’agit de produits industriels, existent.

En comptabilité nationale, on dit qu’il y a des agents économiques qui ont des besoins de financement – les cigales de la fable, même si ces cigales sont très importantes puisque, contrairement à la fable, la plupart de ces agents ayant ces besoins de financement sont des entreprises, petites ou grandes : ce ne sont pas, en général , des ménages « surendettés » qui auraient tenté de vivre au-dessus de leurs moyens.

Q. Et les fourmis ?
Là encore, les fourmis de la fable vont être les agents économiques qui ont des possibilités de financement, c’est-à-dire qui consomment moins qu’elles ne perçoivent. Ce peut être de braves ménages économes, mais ce peut aussi être des rentiers, voire les affreux « hommes aux écus » dont parle là encore Marx dans le Capital.

Mais, en dehors de tout jugement de valeur, dès lors qu’il y a besoin de stocks « physiques », il faut à la fois des fourmis et des cigales, puisque pour pouvoir consommer davantage que ce qui existe, il faut qu’il y ait d’autres personnes qui consomment moins.

Q. Et quelle serait la solution ?
Dès lors que l’on comprend que le problème est global, collectif, il faut que le contexte économique permette que les stocks inutilisés aillent à ceux qui en ont besoin, soit pour produire davantage, soit pour simplement subsister.

Mais, là encore, tout dépend du contexte. En économie de croissance, il faut que les stocks permettent de produire davantage, d’une année sur l’autre. Dans une économie stagnante – avec une croissance de la production qui serait nulle, et si la population était elle aussi stable – il suffirait de s’assurer globalement que les stocks soient suffisants pour assurer le simple renouvellement des possibilités de production, que ce soit e « facteur » humain ou le facteur matériel.

Q. Ainsi, en croissance zéro, il n’y aurait plus besoin d’épargne ?
Disons que l’épargne serait une épargne de court terme, permettant simplement de tenir jusqu’à la fin du cycle de production. C’est sans doute un peu plus compliqué que cela, puisque certains processus sont de très courte durée, d’autres beaucoup plus longs, mais, l’un dans l’autre, les besoins de financement seraient compensés exactement par les possibilités de financement sur la période considérée.

Q. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi certains épargnent, et pas d’autres. Quel intérêt, si je puis dire, ont les épargnants de ne pas consommer tout ce qu’ils possèdent ?
Il y a  deux raisons pour cela. Une raison ou une utilité collective – si pas de stocks, pas de production possible, et tout le monde en pâtirait. Et certains métiers, nous l’avons dit, ont besoin à la fois de plus de stocks et de plus de besoins de fonds de roulement que d’autres. Entre un pizzaiolo et un constructeur automobile, les besoins ne sont pas les mêmes.

Q. Hum, je ne suis pas sûr que nos « épargnants » aient toujours en vue les besoins de la collectivité …
Certes, mais cela signifie aussi que la collectivité peut aussi se substituer à des épargnants insuffisamment altruistes pour fiancer ces besoins de financement. Nous y reviendrons.

Mais la deuxième « motivation » de nos épargnants, de nos fourmis, de nos « agents économiques à capacité de financement », c’est bien sûr la récompense qu’ils pensent retirer de leur « modération » à consommer, à savoir les intérêts qu’ils vont tenter de percevoir, intérêts censés compenser leur « privation de jouissance ».

Q. Certains appellent cela le « prix de l’argent ». Cela paraît d’ailleurs assez normal, ne trouvez-vous pas ?
Oui, jusqu’à un certain point, et pour une certaine durée et, comme je vous l’ai dit, cela dépend du contexte économique.  Mais il serait anormal que l’argent aille à l’argent, indépendamment du fait que certains vont devoir travailler pour fabriquer la production future, alors que d’autres pourraient se contenter de « faire travailler leur argent ».

Q. Votre position peut apparaître quasiment gauchiste, sinon marxiste …

Pas vraiment. L’un des plus grands économistes français, Maurice Allais, mort récemment, et qui avait la réputation d’être libéral – et qui a d’ailleurs inspiré un certain nombre d’idées économiques du Front National – distinguait les « revenus gagnés » - issus de l’innovation et du travail, des « revenus non gagnés », correspondant à une  simple « accumulation primitive », justifiée ou non.

Allais distinguait soigneusement, quoique avec des termes éventuellement différents, les capitalistes financiers des capitalistes entrepreneurs, sachant que, dans toute économie moderne, il faut des « capitaux » pour fiancer les différents processus de production. C’est une des raisons pour lesquelles il voulait, d’ailleurs, enlever aux banques secondaires le privilège, qu’il jugeait exorbitant, de « battre monnaie ».

Cela étant, l’épargne mise à la disposition des « besoins de financement » de l’industrie ou du commerce peut être rémunérée, mais à un taux « raisonnable », si cette épargne est détenue par des particuliers.

Q. Qu’appelez-vous un taux raisonnable ?
Ce taux ‘raisonnable’ doit être voisin du taux de croissance de l’économie dans son ensemble – ou du secteur d’activité considéré : cette règle est parfois appelée « règle de l’âge d’or ».

Ainsi, si le taux de croissance espéré, hors inflation, est de 1%, avec un taux d’inflation anticipé de 2%, le taux d’intérêt ne devrait pas dépasser 3%. C’est d’ailleurs à peu près cela qui est appliqué par l’Etat au livret A ou au LDD, mais ce n’est évidemment pas cela qui est pratiqué par les banques de second rang quand elles sont sollicitée pour financer les besoins des entreprises. Avec une croissance nulle, et une inflation anticipée de 1,5%, le taux d’intérêt réclamé serait donc voisin de 1.5%

Q. Et si l’on voulait financer un secteur en forte croissance (espérée)?
On peut imaginer le même procédé. Pour une croissance anticipée de 3% et une inflation de 2%, un taux d’intérêt envisageable pourrait avoisiner 5%.

Q. Et pourquoi pas davantage ?
Parce que, comme le soulignait Allais, il n’y a aucune raison que le secteur « financier » s’enrichisse aux dépens du secteur économique, sous le seul prétexte, soit qu’il dispose d’économies, soit qu’il a le pouvoir d’accéder à des sources de financement dont le commun des mortels ne peut disposer.

Q. Et dans le cas où certains de ces besoins de financement seraient assurés ‘collectivement’ ?
Si cette épargne est détenue – ou financée -  collectivement, en vue de financer des investissements collectifs destinés à satisfaire le « bien commun », c’est-à-dire des besoins collectifs, elle n’a pas, bien sûr, à être rémunérée, puisque la décision d’investissement et de financement est une décision collective.

Nous serions  ramenés au premier cas, où la seule rémunération de l’épargne – existante ou financée par création monétaire – consisterait en la satisfaction d’avoir réalisé des investissements « pour le bien commun ».
Q. Mais vous ne pensez pas qu’un financement ‘gratuit’ – puisque sans rémunération – ne conduirait pas nécessairement à des dérives financières et à des gâchis économiques.
C’est un peu ce genre de ‘raisonnement’ qui a justifié la loi de 1973 et ses diverses ‘améliorations’ concrétisées dans le traité de Maastricht (article 104) et dans le traité de Lisbonne (article 123), qui ont contribué à l’explosion de notre dette publique.

Alors même que les instigateurs de ces diverses améliorations prétendaient que les banques commerciales géreraient mieux l’argent-monnaie que la banque de France et l’Etat lui-même.

Ceci n’empêche pas, bien sûr, d’être très stricts sur le financement de ces travaux collectifs, et sur le planning et le contrôle de l’avancement des dits travaux, qui peuvent d’ailleurs être confiés, pour tout ou partie, à des entreprises privées.

Q. En dehors du financement par les banques, par l’épargne populaire ou par la collectivité, voyez- vous d’autres possibilités de financement ?
En fait, ces diverses possibilités ou facilités de financement – que l’on appelle couramment le crédit, synonyme de ‘confiance’  - n’ont un sens que parce que les « prêteurs », privés ou publics, font confiance à leurs débiteurs pour rembourser.

Cette ‘confiance’ peut être fondée sur l’existant ou le futur proche (créances hypothécaires dans l’immobilier), ou bien encore reposer sur des anticipations sur l’état futur de l’économie. Une quatrième source de  crédit, ou de financement, peut donc fort bien provenir d’entreprises qui se prêteraient entre elles.

Ce crédit inter-entreprises, par exemple du meunier envers le boulanger, ou d’un fournisseur de pièces détachées envers tel ou tel industriel, a toujours existé, mais est lui aussi très sensible au contexte économique. Il n’est donc pas extrêmement florissant de nos jours, du moins en France.

Q. Une dernière question.  Pensez-vous que l’épargne de nos compatriotes est à l’abri d’une mésaventure de type chypriote ?
Dans l’état actuel de notre économie, je ne peux, hélas, que répondre négativement. L’épargne des français se montait, fin 2012, à plus de 1000 milliards d’euros – alors que le prétendu fond de garantie ne représente que quelques milliards. La seule véritable garantie, c’est l’état de notre économie. Si elle retrouve le chemin de la croissance, les « économies » de nos compatriotes et leurs retraites seront garanties. Dans le cas contraire …

Q. Mais quand même, le patrimoine physique de la France n’est pas sans valeur …
Certes. On peut toujours vendre le château de Versailles au Qatar, ou la tour Eiffel, ou, mieux ou pire encore, l’essentiel de nos usines. C’est la voie empruntée par la Grèce depuis 6 ans. Mais une fois que cela sera fait, croyez-vous que l’économie française sera en meilleur état que maintenant ?

Non, la seule façon de sauvegarder notre épargne est de relancer notre économie. Et si l’on reste sous la coupe de la commission de Bruxelles, je ne vois pas comment la France peut réaliser cela.


mercredi 21 août 2013

Monnaie_Pour_Les_Nuls


La Monnaie pour les Nuls… Et si nous parlions d’argent ?

Q. Une économie, sans argent, ne serait-ce pas le rêve ?
Hélas, non, il ne peut y avoir d’économie moderne sans argent, ou du moins sans argent-monnaie. On pourrait, théoriquement, s’en passer, mais, pratiquement, c’est impossible.

Q. Pourquoi cela ? Je croyais que le plus important, en économie, c’était la capacité de production, en personnel, en équipements, en matériaux de toute sorte ?
Vous avez raison. Si l’on imaginait un monde sans ces moyens, ou « facteurs », de production, rien ne pourrait être produit. Alors que l’on pourrait, effectivement, imaginer un système économique sans monnaie, mais ce serait tellement compliqué de le faire fonctionner que les éventuels avantages de ce monde sans argent ne compenseraient pas ses principales qualités.

Q. Pourriez-vous préciser tout cela ?
Il y a au moins deux propriétés que devraient avoir toute monnaie, une propriété d’unité de compte – pour pouvoir comparer facilement des pommes, des poires, et des … scoubidous – C’est le rôle du prix, que l’unité de compte existe réellement ou pas d’ailleurs.

On pourra ainsi dire qu’une voiture de telle marque, de telle modèle, vaut 100 000 unités de compte, 100 000 « trucs », et que ce kg de nectarines du marché de Millas vaut 2 unités de compte, 2 « trucs ».

La deuxième propriété, qui transforme réellement une unité de compte, le « truc », en véritable monnaie, c’est le fait que c’est un moyen de paiement, accepté sinon partout, du moins à l’intérieur d’une zone économique, une zone monétaire, bien délimitée, par exemple la France, ou l’Europe, ou les USA, ou la Chine.

Q. C’est ce que l’on appelle un moyen d’échange universel ?
Oui, c’est cela, du moins si l’on comprend bien, restriction importante, que le côté ‘universel’ de ce moyen de paiement n’est effectif qu’à l’intérieur d’un certain ‘univers’, qui peut être relativement réduit. Ainsi, pour l’ancien franc Pinay, celui créé en 1958 et qui a été remplacé, officiellement – et peut être provisoirement – par l’Euro en 2002, cette monnaie était universellement acceptée comme moyen de paiement partout en France. Elle avait à la fois cours légal et forcé, à savoir que cette monnaie ne pouvait être refusée pour un paiement en France – et était aussi acceptée dans les zones frontalières.

Q. Et si, malgré tout, on vous refusait cette monnaie, ce moyen de paiement ?
En fait, ce serait illégal. Mais, attention, il ne faut pas confondre le concept, le franc ou l’euro, avec son support. Quand vous avez à payer 100 euros, certains supports peuvent vous être refusés. Un chèque, s’il est supposé être sans provision, une carte de paiement, si elle est supposée avoir été volée, ou être sans provision, ou bien encore un billet, s’il paraît suspect.

Mais, en général, le vendeur acceptera au moins l’un de ces supports, sinon tous. Il peut simplement demander à vérifier l’authenticité du support présenté, en aucun cas il ne peut refuser d’accepter l’argent correspondant. Comme je l’ai écrit plus tôt, ce serait illégal, et l’acheteur potentiel pourrait  déposer une plainte contre le vendeur, et ne s’en priverait sans doute pas.

Q. Et si je ne veux pas vendre  mon produit de 100 ‘trucs’, 100 euros par exemple, contre un simple morceau de papier sur lequel il y aurait marqué « 100 trucs », ou 100 euros.
Dès lors que vous avez mis en vente un produit ou un service quelconque à un prix de 100 ‘trucs’, vous êtes obligé d’accepter n’importe quel client vous présentant un billet de 100 ‘trucs’, aux restrictions précédentes près. Sinon, ce serait un refus de vente.

Q. Mais qui me prouve que ce billet a la même valeur que mon produit, disons que mes 50 kgs de nectarines du marché de Millas ?
En France pour le franc Pinay – ou dans la zone Euro, depuis 2002, pour l’euro – c’est la banque de France – ou la BCE – qui sont censées garantir cette valeur.

Dit autrement, avec un billet de 100, vous pouvez acheter n’importe quel produit dont le prix de vente serait égal à 100. La seule possibilité laissée au vendeur, c’est de modifier son prix, s’il pense que son produit vaut davantage : mais une fois que le vendeur potentiel  a fixé son prix, il doit accepter toute transaction à ce prix, « produit contre billet » (ou contre chèque, ou contre paiement par CB).

Q. Excusez-moi d’insister, mais qui décide que tel billet vaut 100, tel billet vaut 20, tel billet vaut 500 ? Et qui décide de la quantité de billets en circulation ? Je suppose que cette quantité doit correspondre, d’une certaine façon, à la production physique dont vous parliez précédemment ?
Ces questions sont tout à fait légitimes. Je vais prendre l’exemple de la France, dont la production annuelle, fin 2012, avait été évaluée à 2032 milliards d’euros.

D’après vous, combien faut-il de billets, ou plus exactement quelle devrait être la somme de monnaie mise en circulation pour pouvoir acheter ce PIB ?

Q. Je ne sais pas : Je suppose qu’il y a un piège, et qu’il ne faut pas répondre 2032 milliards ?
Effectivement, c’est beaucoup moins. Et si je vous disais qu’en moyenne, un même billet sert en moyenne 2 ou 3  fois avant d’être retiré de la circulation ?

Q. Là encore, je sens le piège, même si j’ai bien envie de diviser 2032 par 2 ou 3 ?
Là encore, vous avez raison de vous méfier. Ce qui compte, ce n’est pas directement la durée de vie d’un billet – d‘autant plus que les billets de 500 euros tournent moins (c’est-à-dire passent moins de mains en mains, ou de poche en poche) que les billets de 5 euros -  mais bien le nombre d’échanges monétaires ayant lieu en une année. C’est ce que l’on appelle la vitesse de circulation de la monnaie.

Si cette vitesse était de 10, cela signifierait que l’on aurait seulement eu besoin, en 2012, de 203 milliards d’euros pour pouvoir « se payer » un PIB de 2032 milliards d’euros.

Q. Et, sous cette hypothèse, je suppose qu’il aurait simplement fallu que la Banque de France – ou la BCE – «imprime » 203 milliards d’euros ?
Hélas, non, car contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas la Banque de France, ou la BCE, qui sont les seules entités  à avoir un pouvoir monétaire. Ce pouvoir monétaire, quoique important, est relativement faible par rapport au pouvoir de création monétaire des banques « commerciales », dites aussi « de second rang », comme le sont en France la BNP, le Crédit Agricole ou la Société Générale.

De fait, on considère qu’il y a 4 à 5 fois plus de monnaie « créée » par les banques « secondaires » que par les banques centrales – ce chiffre étant valable pour la zone euro, et pouvant être différent au Canada, au royaume Uni ou aux USA .

Par ailleurs, la vitesse de circulation de la monnaie, qui n’est pas véritablement constante – elle dépend du contexte économique, de l’état de l’opinion (les fameux « esprits animaux de Keynes »), de différentes variables financières (taux d’intérêt à plus ou moins long terme, etc.),de la politique monétaire des banques centrales, de l’état des marchés financiers), - n’est pas de 10, mais elle est plutôt légèrement inférieure à 3. Mais même sur ce point, les experts divergents.

Q. Comment cela ? Je suppose qu’il suffit de regarder les chiffres, en supposant qu’ils sont à peu près fiables …
En fait, il y a plusieurs définitions de la monnaie.
Il y a la monnaie dite « centrale », composée des monnaies – et de quelques pièces – ainsi que des comptes que sont obligés de posséder les banques secondaires auprès de la banque centrale.

Fin 2012, il y avait 173 milliards d’euros – sous forme de billets – en circulation en France (c’est une estimation) et 134,5 milliards en « réserves et facilités de dépôt » sur les comptes des banques secondaires auprès de la banque de France, d’où un total de 307,5 milliards d’euros pour cette « base monétaire ».

Q. Dans ce cas-là, la vitesse de circulation, si je divise le PIB par cette base monétaire, serait de l’ordre de 7 ?
Oui, mais ce n’est jamais cette monnaie-là qui est utilisée pour évaluer la vitesse de circulation. Il y a 3 autres définitions de la monnaie possible, ou trois dénominations, M1, M2 ou M3, suivant que cette monnaie est plus ou moins disponible, plus ou moins liquide.

Q. Si je comprends bien, non seulement la vitesse de circulation est élastique, mais les définitions utilisées peuvent varier ?
En fait, ce qui est véritablement de la monnaie, au sens pratique du terme, est la monnaie M1, celle qui correspond à l’argent que vous pouvez dépenser sans délai, ni restriction.

En décembre 2012, cette masse monétaire, cet agrégat, était évalué pour la France à 749 milliards d’euros, dont 173 milliards de monnaie centrale « physique », c’est-à-dire de billets imprimés par la banque de France (ou la Banque Centrale Européenne).

Q. Il y aurait donc près de 600 milliards, 576 milliards d’euros, qui n’auraient pas été créés par la banque centrale, BdF ou BCE, mais par les banques secondaires.
Oui, c’est tout à fait cela. Ces 576 milliards, ce sont en fait des dépôts à vue, qui correspondent, le plus souvent, à des prêts que les banques secondaires ont accordés aux entreprises ou aux particuliers.

Q. Mais ces prêts, ces comptes à vue, ils correspondent bien à quelque chose de concret ?
Oui et non. Les banques ont évidemment pris des garanties, réelles ou potentielles. Ce peut être des prêts hypothécaires, correspondant donc à quelque chose qui existe déjà, ou qui est en cours de construction. Ce peut être aussi des « garanties » sur des anticipations, sur l’avenir, sur l’idée que l’entreprise ou le ménage qui s’endette va pouvoir rembourser, avec intérêt, le prêt consenti.

Q. Cette création monétaire, c’est plutôt bien, non ? Cela permet de se développer ?
Oui et non. Il faut bien comprendre que les banques ont une vision micro-économique, relativement myope, des possibilités de remboursement de leurs débiteurs. En période d’euphorie, elles vont trop prêter, d’où des risques de surchauffe, d’inflation. Et, en cas de mauvaise conjoncture, elles ne vont plus prêter assez, ce qui va enfoncer encore davantage l’économie dans la dépression, la récession, la crise.

C’est ce qui s’est passé en 1929, c’est ce qui se passe périodiquement depuis lors, et c’est ce qui se passe depuis 2008 (cf. aussi Derrière les soubresauts de l'argent-monnaie   une catastrophe annoncée). Les banques secondaires ne prêtent plus, ou, quand elles prêtent c’est essentiellement pour des visées spéculatives, pour jouer tel pays contre tel autre, telle action boursière contre telle autre.

Seule la puissance publique pourrait avoir une vision d’ensemble et des moyens d’action, mais les lois sur la concurrence et les traités européens l’empêchent d’utiliser cette éventuelle vision, et la privent de son pouvoir monétaire. La banque de France n’impulse pas, ne peut plus impulser – même si elle le souhaitait – l’économie française. Là encore, c’est la commission européenne, la BCE, et parfois le FMI, qui décident à sa place, à la place des autorités françaises,  tout en laissant souvent les banques secondaires continuer à prêter à mauvais escient, en fonction de leurs propres objectifs, qui correspondent bien rarement au bien commun dont nous parlions dans un autre billet.

Q. Que faudrait-il faire alors ?
La solution est connue, depuis Fisher et Allais. Ce serait d’empêcher les banques de créer de la monnaie, et de laisser entièrement ce soin à la Banque de France, qui pourrait ajuster beaucoup plus finement la quantité de monnaie nécessaire aux besoins réels de l’économie.

Mais, bien entendu, ceci n’est pas possible, avec les traités européens actuels.

Q. J’ai cru comprendre, pourtant, que la BCE avait récemment injecté dans l’eurozone des quantités de monnaie gigantesques. C’est ce que l’on appelle, je crois, des facilités monétaires exceptionnelles ou « non conventionnelles », proches du le « Quantitative Easing » de la Réserve Fédérale US ?
Vous avez raison. Cette action, qui n’est d’ailleurs pas vraiment conforme aux traités, ni au règlement intérieur de la BCE – mais, apparemment, quand c’est la BCE qui le fait, elle a tous les droits – aurait pu modifier la masse monétaire de l’Eurozone, et plus particulièrement celle disponible en France.
Mais il n’en a rien été.

Q. Pourquoi cela ?
Si la base monétaire a pu être augmentée, au moins momentanément (près de 500 milliards d’Euros, pour l’eurozone, entre nov. 2011 et sept. 2012), cela n’a eu quasiment aucun effet sur la masse monétaire M1, pour la France comme pour l’Europe.

Seuls les fonds propres des banques ont été impactés, et leurs dettes plus ou moins douteuses – en partie des obligations dites « souveraines » concernant la Grèce, l’Irlande, Chypre, l’Espagne et le Portugal  - ont « simplement » été transférées de leur actif à l’actif de la banque centrale.

Q. Si je vous suis, cela signifierait que la « banque pourrie », la « bad bank » des anglo-saxons, c’est maintenant la BCE ?
Je n’irais pas jusque-là, car avant que la BCE ne s’effondre, il faudrait vraiment une catastrophe planétaire. Une banque centrale, aussi mal gérée qu’elle soit, est nécessairement moins fragile qu’une banque secondaire, puisque , en dernier ressort, ce seront les pays concernés, et donc leurs contribuables et leurs épargnants, qui devront, ou devraient, venir à son secours.

Q. Une dernière question. Vous nous aviez parlé d’autres façons de mesurer la monnaie, d’autres agrégats monétaires. Quels sont-ils ?
Oui. Cela concerne l’épargne et ce que l’on appelle aussi parfois la quasi-monnaie. Mais ces concepts feront l’objet d’un autre billet. Contentons-nous ici de dire que M2 contient non seulement la monnaie véritablement disponible immédiatement,-  c’est-à-dire la somme dépôts à vue plus billets en circulation (dans les poches des ménages ou dans les coffres des banques ou des distributeurs automatiques) mais aussi les dépôts à court moyen terme (inférieurs à 2 ans) M2, pour la France, valait 1514 milliards d’euros en décembre 2012 (contre 749 milliards ‘seulement’ pour M1).

Dans la réforme monétaire proposée par Allais et certains de ses disciples, M1 et la partie court terme de M2 devait être gérée uniquement par la banque centrale, les banques secondaires devant se contenter de gérer cette nouvelle monnaie sans avoir l’autorisation d’en créer une nouvelle.

Mais ceci est une autre histoire.

En ce qui concerne le dernier agrégat, appelé M3, il regroupe en plus de M2 environ 430 milliards (fin 2012) de divers titres et obligations, plus ou moins liquides mais qui demandent un certain temps pour être converti en véritable monnaie, au risque parfois d’une décote importante.

Q. Si je comprends bien, la fameuse loi bancaire dont on a tant parlé cet automne et cet hiver n’a jamais abordé le fonds du problème, à savoir celui d’une politique monétaire qui permettrait à la France d’accompagner la renaissance, si nécessaire, de son industrie et plus généralement de son économie.
C’est vrai. Mais comment en vouloir à un ministre de l’économie qui est, au mieux, un grand commis aux ordres de Bruxelles et de la BCE. Il ne peut, dans ce contexte, que tenter de faire les gros yeux aux banques et à leurs dirigeants, sachant qu’il n’a quasiment aucun pouvoir sur eux, bien au contraire.

Parlez-lui de monnaie, il vous répondra « BCE », parlez-lui de politique industrielle, il vous répondra, en faisant des bonds de cabri « croissance, croissance, où es-tu ? », parlez-lui de politique industrielle, il vous répondra « emplois aidés », parlez-lui de pouvoir d’achat il vous répondra « prime de rentrée scolaire et sérieux budgétaire ». Ce pauvre ministre serait presque à plaindre, si le sort de la France n’était pas si mal engagé.


Fiscalite_Pour_Les_Nuls


La Fiscalité  pour les nuls … Les impôts, à quoi ça sert ?

Q. Un ministre de l’économie qui nous parle d’un « ras le bol fiscal ». C’est plutôt une bonne chose, non ?
Hum. Si j‘avais le talent de Dalida, je chantonnerais bien « paroles, paroles », ou  « encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots » .
 Nos différents ministres ont souvent les bons mots pour décrire l’exaspération de leurs « sujets », mais cela s’arrête là. On attend encore et toujours les actes. La fiscalité française est l’une des plus lourdes du monde, et cela ne va sans doute pas s’arranger.
Il faut bien financer les emplois aidés – puisqu’ils risquent de ne pas être très productifs – ainsi que d’autres emplois dont le principal objectif, quasiment avoué, est de faire diminuer les chiffres du chômage.

Q. Elargissons la question, si vous le voulez bien. Les  impôts, à quoi ça sert ?
A question directe, réponse directe. Les impôts, et plus généralement tous les prélèvements divers qui diminuent la rémunération « brute » des différents agents économiques, entreprises  ou ménages ont pour objectif de financer « le bien commun ».


Q. Et financer l’emploi, cela ne fait pas partie du bien commun ?
Cela peut en faire partie, bien sûr, tout dépend des emplois ainsi « soutenus » : le concept d’emplois aidés n’est pas nécessairement à rejeter, mais ce ne peut constituer une politique économique. Ce n’est pas ainsi que l’on peut lutter efficacement contre la désindustrialisation de la France, commencée il  y a des décennies, sous des gouvernements de droite comme de gauche.

Quoiqu’il en soit, le bien commun, c’est bien autre chose.

Q. C’est-à-dire ?
Le bien commun, c’est ce qui ne peut pas être associé à un besoin individuel précis. Comme exemple, on pourrait prendre la justice, ou la police, voire les infrastructures routières ou ferroviaires.

Q. Mais qui décide que tel ou tel service ou tel bien est de l’ordre du commun, ou même qu’il faut le réaliser. Pourquoi telle route doit-elle être construite, tel rond-point, et pourquoi telle liaison ferroviaire, et pas telle autre ?
Pour les routes, cela dépend, ce peut être la commune, le département, la région. Pour une liaison ferroviaire, c’est au niveau des régions et de l’état. Mais, dans tous les cas, c’est censé être décidé par nos représentants « démocratiquement élus ».

Quant à décider de ce qui relève, ou non, du bien commun, ce n’est pas toujours aussi clair que dans les exemples précédents. Ainsi  certains pourraient dire que le recours à un avocat ne devrait pas être du domaine du financement privé, mais public ou, à l’inverse, que certaines forces de sécurité devraient être financées sur fonds privés, et non publics. On peut aussi se demander pourquoi les habitants de Corrèze devraient fiancer les transports parisiens, par l’intermédiaire d’impôts

Q. Acceptons cela. Mais qui décide du niveau de ce que vous appelez « prélèvements divers » ? Et y a-t-il un « bon niveau » de ces prélèvements ?
Avant de répondre à votre première question, « qui décide, ou devrait décider » permettez-moi  de répondre à la question portant sur le « bon niveau » de ces prélèvements.

Pour cela, je vais faire un peu de macroéconomie, pou plus précisément je vais revenir à ce que l’on pourrait appeler la richesse, ou plus exactement, la production de richesses d’un pays donné, disons la France.

Certains biens ou services sont produits par des entreprises privées, qui vendent directement leur production à des clients, entreprises, administrations ou ménages .

Q. On parle dans ce cas d’échanges marchands …
Effectivement. Mais il y a une autre production, celle qui correspond à ce qui est produit par le service public ?
Q. C’est-à-dire par le secteur public, les administrations de toute sorte ?
Non, pas exactement. Certaines missions de service public peuvent être confiées à des entreprises privées, ce peut être le cas de missions d’assainissement, ou de transport, ou d’autres missions touchant directement au bien public.

Dans certains cas, ces missions sont financées directement par l’usager, dans d’autres cas par l’Etat, c’est-à-dire par des prélèvements globaux.

Q. D’où à nouveau ma question. Quel serait le « bon niveau » de ces prélèvements.
Le bon niveau est, ou devrait être, celui qui permettrait à la plupart des besoins « publics » d’être satisfaits par les possibilités de production, publique ou privée, de notre pays.
Ce « bon niveau » n’est donc pas, ou ne devrait pas, être directement lié aux possibilités de financement de l’économie française, mais à ses possibilités de production.

Q. Hum, je ne suis pas sûr de comprendre.
Je vais prendre un exemple simple. Supposons qu’il faille, pour satisfaire les besoins les plus importants de nos compatriotes, en logement, en infrastructures diverses, en éducation, en soins médicaux, mais aussi  en ce qui concerne les produits de consommation courante, ainsi qu’en divers autres produits, une production annuelle de 2100 milliards d’euros, production évaluée aux prix « courants » de 2013 (Le PIB de la France, fin 2012, était estimé à 2032 milliards d’euros)

Le premier élément, bien sûr,est que cette production soit « physiquement » possible.

Q. Je suppose que vous voulez dire que nous avons suffisamment de ressources, à la fois en personnel et en équipements, et en matières premières ou consommables, pour atteindre ce niveau de production, à savoir 2100 milliards d’euros ?
C’est tout à fait cela. C’est une façon d’approcher le PIB, qui mesure la différence entre ce que l’on produit et ce que l’on consomme pour atteindre ce niveau de production.

Le deuxième élément, qui, en principe n’est pas non plus une question de choix politique, mais relève d’un choix purement technique, concerne les « producteurs ». Certains produits et services seront fournis par le secteur « marchand », chaque bien ou service étant donc payé par le client, l’usager directement concerné : que ce soit une baguette de pain, un timbre, ou encore un billet de train (en supposant qu’aucun de ces achats ne soit « subventionné » par la collectivité, donc par un contribuable non directement concerné).
Mais d’autres produits ou services seront « naturellement » fournis par le secteur public. Ainsi en est-il, par exemple, des missions dites régaliennes comme la sécurité, la justice, etc.

Q. Et en ce qui concerne le financement de toutes ces dépenses ?
Nous y venons. Il faut effectivement financer ces 2100 milliards d’euros. Supposons que la moitié de ces dépenses soit affectée au « privé », et l’autre moitié au « public ».

Il faut « simplement » que l’on trouve 1050 milliards pour financer les dépenses « publiques », censées correspondre au « bien commun ».

Q. D’où le niveau recherché pour les prélèvements fiscaux et sociaux, qui serait dans votre exemple de 50% ?
Disons que c’est la réponse traditionnelle. Mais ce n’est pas la seule possible, bien au contraire.

Q. Comment cela ?
Le financement du « bien commun » n’est pas très différent du financement des « biens privés ». Que l’on parle de pouvoir d’achat individuel ou collectif, il s’agit de pouvoir payer la différence entre ce qui est produit et ce qui est consommé, c’est-à-dire la valeur ajoutée pendant cette production.

La « petite » différence c’est que pour un bien « privé », l’argent sort directement de la poche du  consommateur, du client, argent qui a été gagné au moment du processus de production « privé ».
Dans notre cas, pour pouvoir financer ces achats « privés », il suffirait de 1050 milliards, disons environ 90 milliards chaque mois.

Q. Et alors ?
Ce qui importe, c’est qu’il y ait 1050 autres milliards pour financer le bien commun. Mais que vous le donniez  directement au secteur public, ou que cela passe par l’intermédiaire du secteur privé, en lui donnant 2100 milliards et en lui reprenant 1050 milliards ne changerait rien – sinon peut être un sentiment de frustration devant cette « taxation ».

Q. Globalement, je suis d’accord, mais il y a des personnes qui sont plus taxées que d’autres ? Certains payent plus que 50% de taxes et impôts et autres cotisations, d’autres paient moins …

Certes, mais cela signifie que, dans ce cas, les impôts ne sont pas, ou plus, essentiellement destinés à financer le « bien commun », mais à modifier la répartition des revenus.

Q. Et vous êtes contre cette redistribution?
Pas nécessairement. Mais quitte à redistribuer des revenus à des inactifs, soit parce qu’ils sont trop jeunes, soient parce qu’ils sont au chômage, soit parce qu’ils sont retraités, on pourrait procéder autrement, de façon beaucoup plus transparente et plus compréhensible.

Q. Par exemple ?
On pourrait fort bien imaginer que tout un chacun perçoive une allocation universelle, par exemple égale au quart du PIB par habitant, mais que tout le reste corresponde à des revenus « gagnés », avec un taux d’imposition identique pour chacun.

On peut même imaginer qu’il n’y ait plus d’impôts ou de taxes ou de cotisations sociales …

Q. Comment cela ?
Si nous reprenons le cas des 1050 milliards d’euros qu’il faut financer pour le « bien commun », pourquoi ne pas laisser à l’Etat la possibilité de créer directement cette monnaie (1050 milliards annuels, ou 88 milliards mensuels) plutôt que de les prendre dans les poches des contribuables.

Cela ne changerait strictement rien au niveau général des prix, cela économiserait des dépenses inutiles (tout ce qui est lié au recouvrement des impôts) et cela permettrait à nos dirigeants de se concentrer sur l’essentiel, à savoir le niveau « physique » du bien commun possible, et non sur la façon de faire passer telle ou telle nouvelle taxe, telle ou telle nouvelle cotisation, en direction de telle ou telle cible électorale privilégiée.

Et cela mettrait fin aux angoisses existentielles de notre ministre actuel de l’économie, à propos du niveau « insupportable » de la fiscalité qu’il va se voir contraint, à son grand regret, d’augmenter encore.

Q. Et qu’est ce qui nous empêche de faire cela ?
Hélas, tout cela est interdit par les traités européens, puisque cela exigerait, pour le moins, que la France retrouve sa souveraineté monétaire, qui est actuellement entièrement entre les mains de la BCE, comme nous le reverrons peut être dans un prochain billet.
Posez-les à notre ministre de l’économie, ce peut être amusant, et instructif, de voir ses réactions …


vendredi 16 août 2013

PIB_Pour_Les_Nuls


Le P.I.B. pour les nuls … Ne dites pas à ma mère que je suis économiste, elle me croit sérieux.

Bruno Lemaire, Club Idées Nation.

Q. Cette croissance surprise, vous y croyez ?
Je crois aux chiffres, mais je me méfie de leur interprétation.

Q. Ce qui veut dire ?
Le PIB est assez simple à définir, un peu moins à comprendre. Je vais quand même essayer.
Le PIB est censé mesurer la différence entre la production, et ce qui est utilisé, ou « consommé productivement » dans la dite production.

Q. Un ou deux exemples peut-être ?
Un premier exemple, celui d’un commerçant : il achète un tissu 100 euros, et  le revend 120 euros. Sa « valeur ajoutée », qui va faire partie de ce fameux « PIB », sera donc de 20 euros.

Q ; Et s’il n’arrive pas à revendre ce tissu ?
Hum, ne compliquez pas. Disons que dans ce cas, son stock sera valorisé à quelque chose entre 100 et 120 euros, suivant son optimisme et les conditions du marché.

Q. si je comprends bien, le PIB est mesuré de façon élastique, comme les stères des marchands de bois ?
On pourrait presque dire cela. En principe, cependant, les erreurs se compensent statistiquement, et dans une situation normale, sans mévente ou survente particulière, l’INSEE, qui est chargée pour la France de mesurer tout cela, ne fait pas trop d’erreurs, disons à 0,4 ou 0,5% près.

Q. Si je comprends bien,  la marge d’erreur ne permettrait pas d'évaluer réellement l’évolution du PIB.
Pas exactement : sur une assez longue période, disons 15 à 20 mois, l’évolution moyenne du PIB  signifie réellement quelque chose, mais, bien entendu les mesures sont toujours  « ex post », après un délai de quelques mois. Si on regarde l’évolution du PIB depuis 2007, la tendance est assez facile à évaluer, le PIB, hélas, est resté stationnaire, en dépit de fortes fluctuations pouvant aller jusqu’à 3%.

Mais le chiffre d’un mois particulier est beaucoup plus sujet à caution, et demande, de toute façon, un peu de temps pour être validé. Le PIB de janvier 2013 pourra être évalué à peu près correctement 6 ou 7 mois après, disons en août 2013, mais même dans ce cas la question des stocks « normaux » ou des stocks « invendus » peut poser problème.

Q. Si ces « invendus » finissent par être vendus, cela modifiera donc le PIB ?
Oui et non. Si ces stocks avaient été évalués à leur prix futur de vente, il n’y aura pas de modification. Mais s’ils ont été surévalués (et s’ils donnent lieu à des soldes) ou si, à l’inverse, ils ont été sous-évalués, il faudra corriger le PIB à la baisse ou à la hausse.

Q. Vous nous aviez annoncé un autre exemple, qui ne soit pas celui d’un commerce.
 Prenons le cas d’un produit manufacturé, dont les composantes proviennent par exemple de Chine, et qui serait assemblé en France. Supposons que les composants soient achetés 80, et que, après assemblage, il soit commercialisé 120. La valeur ajoutée sera dans ce cas de 40, avec les mêmes restrictions que dans le cas d’un simple tissu.

Q. Si je comprends bien, ce n’est qu’après la vente effective, et non au moment de la production, ou de la mise sur le marché, que l’on connaîtra vraiment la valeur exacte du PIB.
Effectivement, on peut dire cela. Heureusement, il y a une certaine « inertie » dans les comportements d’achat des ménages et des entreprises. Si le climat des affaires ne change pas, les statistiques permettant de calculer le PIB sont relativement valables, et il n’y a pas de raison de d’en méfier particulièrement.

Q. si je résume votre position, dans un contexte « normal », c’est-à-dire relativement stable, les données permettant d’évaluer le PIB sont valables. Mais que se passe-t-il si le contexte est fluctuant ?
C’est dans ce cas-là qu’il faut se méfier, et faire appel à d’autres indicateurs, certains quantitatifs, d’autres qualitatifs.
Parmi les indicateurs quantitatifs, il y a l’évolution de la population active, l’évolution du pouvoir d’achat – que l’on peut approcher partiellement par la consommation des ménages, en tenant compte d’une éventuelle hausse de prix ou de conditions extra-économiques comme le climat ou la situation internationale – l’évolution du nombre de créations d’entreprises ou de faillites, etc.

Q. Et parmi les indicateurs qualitatifs ?
Il peut y avoir des enquêtes d’opinion, sur l’indice de satisfaction des consommateurs, sur leur éventuel optimisme, sur celui des industriels, etc. Mais toutes ces enquêtes ne sont pas indépendantes les unes des autres, cette opinion fluctuante et volatile fait d’ailleurs partie de ce que Keynes qualifiait d’esprits animaux. La confiance, qui ne se décrète pas, hélas, peut avoir des répercussions sur l’état général de l’économie, et inversement.

Q. De bonnes statistiques, qu’elles soient ou non quelque peu  ‘manipulées’ pourraient donc avoir un impact favorable sur l’optimisme des ménages, et, inversement, ce surplus d’optimisme pourrait avoir un effet sur l’état de l’économie ?
Effectivement, mais faudrait-il encore que les statistiques annoncées soient à peu près crédibles. Sinon le remède peut être pire que le mal.
Par ailleurs, que les chiffres du PIB soient à un moment donné plus ou moins « optimistes », voire « bidonnés », ou non,  je voudrais revenir sur un point essentiel, à savoir que la croissance du PIB n’est pas toujours une bonne chose ?

Q. Comment cela ? Seriez-vous un adepte de la décroissance chère à certains écologistes ?
Pas vraiment. Mais en résumant une définition possible du PIB, qui fait du PIB la somme de l‘Investissement Brut (appelé aussi Formation Brute de Capital Fixe) plus de la variation des Stocks, plus de la Consommation finale, à laquelle il faut ajouter les Exportations, et retrancher les Importations,  je vais maintenant vous poser, et poser au lecteur, trois questions , en partant d’un niveau donné du PIB, par exemple 2 000 milliards d’euros.

a)     Supposons que, par rapport à ce niveau, sans que rien d'autre ne bouge, les importations diminuent, par exemple de 30 milliards: qu'arrive t-il à notre PIB?

b)    Autre scénario, à partir des même hypothèses de départ, nous prêtons 40 milliards aux grecs pour qu'ils achètent français: qu'arrive t-il à notre PIB?

c)     Troisième scénario: cette fois-ci, nos industriels produisent davantage, pour 40 milliards de prix "publics" (espérés) - en consommant pour cela 15 milliards de ressources supplémentaires, mais sans vendre plus, ce qui correspond à une augmentation du PIB. Est-ce une bonne chose ?

Q. Et quelles sont vos réponses ?

Posez-les à notre ministre de l’économie, ce peut être amusant, et instructif, de voir ses réactions …