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mardi 2 juin 2015

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Consommateur schizophrène et contribuable insatisfait: de la nécessité d’une politique cohérente.
par Bruno Lemaire, Club Idées Nation

En tant que consommateur, nous voudrions payer le moins cher possible nos achats de biens et services, et nous nous soucions donc assez peu de savoir si nous achetons, ou non, français, et si nos achats contribuent, ou non, au déficit commercial de la France. Le contribuable, lui, trouvera le plus souvent qu’il est trop imposé, et que les administrations ne sont pas assez efficaces. L’entrepreneur, enfin, tentera de générer un chiffre d’affaires suffisamment important pour lui permettre de vivre, fut ce au détriment de ses salariés.

En poussant cette situation à l’extrême, imaginons que nos « gouvernants » veuillent privilégier le pouvoir d’achat de leurs administrés. Pour les fonctionnaires, cela paraît facile, il suffirait de les augmenter – quitte à repousser la question du financement de cette mesure éventuelle - mais pour les salariés du privé, ce n’est pas vraiment au pouvoir de nos gouvernants, à une modification du SMIC près. Quant à privilégier les consommateurs, la « demande », la solution la plus simple serait dans ce cas d’ouvrir sans aucune restriction les frontières, afin de permettre aux produits d’importation d’envahir les gondoles de nos magasins. Mais même cette solution ‘simple’ se heurte à un « léger » problème, celui du financement du déséquilibre commercial qui s’ensuivrait.

Bien entendu, aucune de ces remarques de bon sens n’est vraiment nouvelle, même si les experts ès économie, qu’ils se rattachent à l’école classique (celle de Smith, de Ricardo ou de Say) ou des néo-classiques, celle de Walrass ou Tirolle, ultra-dominante actuellement, nient en fait la réalité du problème, ou, plutôt, la rejettent sur des interventions intempestives des « autorités ».

Pour Say, ‘revisité’ par Keynes, l’offre créant sa propre demande – c’est aussi ce que semblent dire les experts de l’INSEE dans leur calcul du PIB – il ne peut y avoir de souci, de gap, entre les revenus distribués et les produits disponibles : allez donc le dire à tous les miséreux, les « sans dents », de plus en plus nombreux, qui se demandent périodiquement comment terminer le mois.

Pour les économistes orthodoxes, « néo-classiques », adeptes de la ‘macronéconomie’, qui hantent les salons de télévision ou les bureaux gouvernementaux, il « suffirait » de déréguler l’économie, c’est-à-dire de laisser faire, pour que l’Offre et la Demande s’équilibrent automatiquement, et que la question des déficits se résorbe automatiquement. Là encore, demandez à nos chômeurs ce qu’ils en pensent ?

Certes, il n’y a pas de méthode miracle pour sortir de la crise actuelle, mais le simple bon sens nous dit, nous hurle même, que ce n’est pas en lassant notre nation ‘enfoncer dans la misère, l’absence de travail, la dette, le déséquilibre commercial, la désindustrialisation qu’elle s’en sortira.

La priorité des priorités, c’est bien sûr de ne pas vivre ou consommer au-dessus de nos moyens, ou plus exactement au-dessus du travail fourni. C’est vrai pour les salariés, qui aimeraient bien travailler utilement, plutôt que de voir leurs emplois partir à l’étranger. C’est vrai pour nos entrepreneurs, qui ne comprennent pas comment les actionnaires peuvent espérer des rendements de 15 à 20% alors que les entreprises concernées ont déjà du mal à avoir un résultat net positif. C’est vrai pour tous ceux qui se sont endettés pour vivre, et parfois pour simplement survivre, en se demandant comment ils pourront rembourser un jour ces créances de plus en plus lourdes à porter.

Faisons donc en sorte que la spéculation boursière ne représente pas l’alpha et l’oméga de l’économie, financiarisée à l’extrême, avec un CAC40 qui dépasse allègrement les 5000 points alors que sa véritable valeur économique serait plus proche de 3500 points.

Faisons surtout en sorte que le travail fourni localement puisse nous permettre de rééquilibrer nos échanges, avec des exportations équivalentes aux importations. C’est ce que le bon sens suggère, c’était aussi la volonté des dirigeants des pays fondateurs de l’ONU, à la sortie de la guerre de 39-45.

Et si l’esprit, de bon sens et d’équité, de la charte de la Havane de 1948 conduit à remettre en question les accords de libre-échange de l’OMC, créée hors ONU en 1995, et bien, peu importe. Ce qui compte, c’est bien de comprendre que le travail, manuel ou intellectuel, est la principale richesse de notre pays, et que s’en passer ne peut qu’approfondir la crise actuelle. Qui peut admettre, en dehors d’idéologues ou de théoriciens aveugles, que l’on puisse avoir en même temps 5 ou 6 millions de chômeurs, et des dizaines de milliards d’euros de déficit commercial.