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jeudi 24 septembre 2015

Euro et 35 heures, deux catastrophes, dont il faut sortir différemment



Euro et 35 heures, deux énormes erreurs, qui demandent un traitement différent.

Par Bruno Lemaire, club Idées Nation

On parle parfois, dans le langage de l’entreprise, de « sunk costs », pour  qualifier des erreurs de gestion qui ont conduit à des coûts inutiles, mais sur lesquels on ne peut revenir.

Certains, comme H. Guaino, ont d’ailleurs qualifié ainsi l’euro. Il n’aurait pas fallu instaurer l’euro, monnaie unique, mais maintenant que le mal est fait, il ne faudrait pas revenir dessus, et donc essayer de vivre avec le moins mal possible.

Ce n’est pas notre avis, nous l’avons déjà dit, et le coût de transformer l’euro, monnaie unique, en monnaie commune, tout en ressuscitant des monnaies nationales, serait nettement moins important que de continuer à tenter de véhiculer cette chape de plomb, qui conduit à cette eurostérité dénoncée fort justement par Marine le Pen et le Front National.

Il en va cependant tout autrement pour les 35 heures. Ce fut une erreur de l’instaurer, surtout de façon uniforme, comme si les entreprises de service devaient être traitées comme des entreprises industrielles, ou comme si on pouvait ‘quantifier’ de la même façon chaque métier, chaque travail.

Cela étant, la mise en place, cahin-caha, de cette législation a tellement bouleversé la vie et l’organisation des entreprises et des administrations, en raccourcissant de près de 20% la durée annuelle du travail qu'il nous apparait impossible de revenir en arrière, surtout de façon uniforme. L’erreur a été faite, mais tenter de la corriger par une loi ramenant la durée hebdomadaire ‘normale’ du travail à 39 h conduirait sans doute à plus de dégâts encore.

La seule solution raisonnable, si l’on peut parler ainsi, serait de déverrouiller les heures supplémentaires, en les payant un juste prix, et peut être aussi en permettant à certains secteurs économiques de pouvoir disposer d’un volant, mensuel ou annuel, d’heures supplémentaires (payées comme telles). Ce n’est qu’un pis-aller, certes, mais dans certains cas il est impossible de revenir réellement en arrière. C’est possible et nécessaire pour l’euro, ce n’est pas possible pour les 35 heures.

mercredi 23 septembre 2015

Premières réactions sur l'étude "à charge" de la Fondation concorde



Faiblesse insigne, voire vacuité, des attaques UMPistes contre le programme économique du FN

Par Bruno Lemaire, club Idées Nation

Cette attaque qui se voudrait décisive de l’ex UMP  s’appuie, si l’on peut dire, sur une ‘étude’ de la fondation ultra-libérale Concorde, dont je cite un passage :


Sur l’euro, cette attaque est évidemment stupide, car la moitié du déficit intra européen provient des échanges déséquilibrés avec l’Allemagne, du fait que l’euro ‘germain’ devrait être apprécié d’au moins 25% par rapport à l’euro ‘français’, ce qui est impossible avec une monnaie unique, mais tout à fait envisageable avec une monnaie commune permettant périodiquement, en fonction de critères objectifs, un réajustement des taux de change

Sur le protectionnisme intelligent, leur ‘argumentation’ est au moins aussi faible. Faut-il rappeler une nième fois que nous n’envisageons nullement de fermer nos frontières, mais d’équilibrer nos échanges, conformément à la vision qu’en avait l’OCI (Organisation du commerce International) précisée dans la charte de la Havane. Ce sont des écluses que nous voulons mettre en œuvre, pas des barrages.

Pour cela un mécanisme de droits à importer, liant de façon ciblée le mécanisme des importations à celui des exportations, permettrait de revenir à la situation d’avant 2002, à savoir un solde commercial voisin de zéro. Parler, comme l’UMP, de mesures de rétorsion, alors que c’est la France qui est pénalisée par le déséquilibre de ses échanges extérieurs, est du plus haut comique, puisqu’en cas de blocage – que nous n’envisageons nullement – ce serait évidemment nos importateurs qui seraient pénalisés, donc des pays comme la Chine, avec un solde positif pour ce pays de plus de 20 milliards d’euros.

Les ‘experts’ du système, qui ont conduit la France à la situation actuelle, montrent décidément qu’ils sont aussi nuls sur les questions économiques que sur les questions de société ou de géopolitique, comme la question des flux migratoires.

PIB et croissance, de quoi parle t-on exactement.



Le PIB, cet indicateur qui cumule beaucoup d’espoirs, et de nombreux défauts.

Tribune libre de Bruno Lemaire, club Idées Nation

L’augmentation du PIB est attendue, tel Godot, depuis des années, et plus particulièrement depuis que F. Hollande s’est engagé à « inverser » la courbe du chômage. Il suffit sans doute d’attendre assez longtemps pour que cela se fasse, certes, mais nos chômeurs actuels et futurs auront-ils la patience d’attendre, ce n’est pas si sûr.
Cela étant, nos experts ont décrété que le chômage commencerait à se réduire dès lors que la croissance du PIB dépasserait 1.5%.  Je ne vais pas ici contester ou approuver cette affirmation, mais je vais plutôt m’intéresser à ce fameux PIB, source de toutes les sollicitudes actuelles.
Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par un petit jeu, qui débouchera sur une série de 2 questions, pour tenter de cerner ce fameux PIB, Produit Intérieur Brut, dont la valeur actuelle, telle que déterminée par l’INSEE, est légèrement inférieure à 2100 milliards d’euros, (est. fin juillet). Nous prendrons cette valeur pour notre ‘jeu’.

Entrons donc dans ce jeu, si le lecteur le veut bien, avant de répondre à deux "simples" questions.
Un été pluvieux relance la vente d’imperméables, de chandails et de vêtements de pluie, qui bondit de 10 milliards d’euros.
Une catastrophe écologique se produit au large de la Bretagne, on prévoit des dégâts de l’ordre de 10 milliards d’euros.
Une réforme de l’Education nationale impose un recrutement massif de professeurs, de personnel d’encadrement, de personnel de service, pour une dépense budgétaire supplémentaire de 10 milliards d’euros.
Une réforme du code de la route restreint la vitesse dans les agglomérations à 30Km/h, sur les nationales à 60 km/h, sur les autoroutes à 80 km/h. Le temps perdu dans les transports, et non disponible comme temps de travail effectif, est évalué à 10 milliards d’euros.
Sous la pression de la « communauté internationale », les trafics illicites ou à la limite de la légalité (drogue, prostitution) sont intégrés au PIB, pour une valeur estimée de 10 milliards d’euros.
Une centrale nucléaire, d’un coût de 10 milliards d’euros, est enfin achevée, mais sous la pression des écologistes, ne sera pas mise en service.

Deux questions. Pour chacun de ces exemples, précisez de combien le PIB a augmenté – toutes choses égales par ailleurs comme disent les économistes – et comment cette éventuelle croissance a pu être financée (impôts nouveaux, création monétaire, autres moyens)?

Sans déflorer le sujet, ces exemples, qui ne sont caricaturaux que par leur montant, car ce sont des exemples à la fois concrets et réalistes, montrent que l’augmentation éventuelle du PIB peut prendre diverses formes. Et que ce qui peut apparaitre un accroissement de richesses pour certains, peut correspondre à des déchets ou à des encombrements pour d’autres. Sur ce dernier point, si des constructeurs automobiles produisent des milliers de voitures invendables, certains diront que c’est bon pour le PIB – ce qui est exact – d’autres diront que les stocks d’invendus n’augmentent pas vraiment la richesse des constructeurs automobiles, non plus que la richesse du pays concerné, d’ailleurs.

Pour montrer à quelles aberrations peut conduire l’idolâtrie du PIB, et de la « croissance » qui lui serait associée, je vais reprendre un autre exemple très concret lui aussi, celui de chaussures de sport.
Fabriquée en Asie, le coût de production d’une paire de chaussures de bonne qualité est de 5 euros, fabriquée en France, elle coûterait 30 euros. C’est donc de cette somme que devrait s’acquitter un sportif de base, disons que c’est sa valeur intrinsèque.
Il suffit pourtant que cette même paire, de la même qualité, soit labellisée « grande marque », Nile, Asics, Adidas ou autre, pour qu’on se l’arrache à 100 euros. Pour cela, on a ajouté à son coût de revient les salaires de ‘communicants’, internes à l’entreprise ou externes (presse, médias divers), de sportifs (payés une fortune pour servir d’hommes sandwiches) plus une marge conséquente – pensons dans un autre domaine à Apple -  pour que le PIB relatif soit multiplié par plus de 3.
Y a-t-on réellement gagné ? Je laisse le lecteur seul juge.
Le chômage a-t-il régressé ? Celui des communicants, sans doute, celui des sportifs, peut être.
Mais au détriment sans doute de certains consommateurs, qui n’ont sans doute pas la possibilité de mettre 100 euros dans une paire de chaussures, ou qui dépenseront cette somme à leur insu de leur plein gré, plutôt que d’acheter d’autres produits plus ‘primaires’, mais peut être aussi plus utiles. Les hommes de marketing auront bien mérité de leur entreprise, mais de la société en général, pas vraiment.
De plus, d’où va sortir l’argent nécessaire à ce passage de 30 euros à 100 euros. De privations sur d’autres produits ? Cela n’augmenterait pas le sacro-saint PIB, et cela aurait simplement enrichi Nike, ou Asics, ou …, au détriment de vendeurs d’autres produits. Cet argent supplémentaire viendra plus fréquemment d’un surcroit d’endettement des consommateurs – peut être aussi des sociétés qui voudront eux aussi faire de la publicité sur leurs propres produits – souvent déjà fort endettés.
Une croissance du PIB, correspondant à de fausses richesses, obtenue majoritairement par de nouvelles dettes, est-ce cela que nos compatriotes attendent ? Dans ce cas ce n’est plus l’Etat qui va payer – c’est-à-dire les contribuables imposables – mais les générations futures. Il faudra bien rembourser les créanciers, à moins d’avoir recours au jubilé de nos ancêtres, ou d’une restructuration de nos dettes, à la grecque …