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vendredi 27 novembre 2015

L’Euro, un échec inéluctable ? Une micro-synthèse



Tribune libre de Bruno Lemaire, Professeur Emérite HEC, co-animateur du colloque organisé par la FENL et par le club Idées Nation
Bruno Lemaire présentant le colloque du 21 novembre
Je n’ai pas la prétention de vouloir synthétiser en quelques lignes les interventions des professeurs Bagnaï, Sapir, Rosa et Werrenbrouck, et de MM Gérard et Holbecq, ni d’en faire un « best of ».
 
Disons que cette « tribune » va simplement évoquer ce qui m’a particulièrement marqué. Ce sera donc une vision partielle et sans nul doute partiale traduisant ce que j’ai retenu du colloque du 21/11, dont l’enregistrement complet figure sur le site du club Idées Nation, sa présentation en ayant été faite précédemment.

Les intervenants faisant tous parti du « Front anti-euro » appelé de ses vœux par le professeur Jacques Sapir, il n’est pas très étonnant qu’ils soient tous tombés d’accord pour déclarer que l’Euro était un échec, même si les arguments pour le dire ont été fort différents.

Plusieurs interventions m’ont spécialement marqué. Le professeur Bagnaï (cf. aussi) a pris l’exemple de l’Italie pour montrer à quel point une union monétaire était déjà très difficile dans un même pays, dès lors que le poids économique des différentes régions, ainsi que leur sociologie, étaient très différents de l’une à l’autre. Alors, pour une zone de 11, 12, 18 pays différents par la culture, par la langue, par leurs traditions, par leur industrie, l’échec était quasiment inévitable.
Un autre intervenant, tout en constatant l’échec de l’Euro, a voulu adoucir le trait, en affirmant que l’Euro aurait pu marcher, en s’y prenant tout autrement, mais que sa disparition était devenue maintenant inévitable.
Le professeur Rosa, en digne libéral, s’est élevé contre le principe des taux de change fixes. Pour lui tout pays devrait avoir sa propre monnaie, pour permettre aux ajustements économiques, et en particulier ceux des échanges de biens et services, de se faire librement, sans contraintes.

En tant qu’animateur je me suis permis de suggérer que pour permettre ces ajustements, jouer sur les prix n’était pas la seule solution, puisque l’on pouvait aussi atteindre ces équilibres en jouant sur les quantités. C’était d’ailleurs ce qu’avait suggéré l’ONU, dans sa charte de la Havane, au moment de la création de l’OIC (Organisation Internationale du commerce), l’ancêtre de l’OMC.
L’esprit de cette charte était d’inciter chaque pays exportateur net à importer davantage, et/ou à diminuer ses exportations, afin d’équilibrer les échanges respectifs entre nations, la variable d’ajustement n’étant pas prioritairement les prix, mais les quantités échangées.

Le professeur Sapir, quant à lui, a pris un autre angle d’attaque. Pour lui, l’euro n’a pas vraiment servi à lutter contre la prédominance du dollar US, même si cela pouvait être l’un des objectifs initiaux de sa création. Bien au contraire, son existence est plutôt une aide pour le dollar, et c’est l’une des deux raisons qui expliquent le soutien de Washington à la zone euro et aux mesures prises par Draghi.
La deuxième raison va au-delà du rôle particulier de l’euro, et concerne le système monétaire mondial, deuxième sujet important du colloque.
Pour Jacques Sapir, il faut refondre entièrement le système monétaire international, moribond depuis près de 45 ans, et qui continue à profiter aux USA. Mais, pour cela, il faudrait que l’euro disparaisse.

C’est au niveau de ce dernier point, nouveau système monétaire international, que les avis des divers intervenants sont les plus divergents, même si beaucoup souhaitent une banque de France libérée de la BCE mais plus docile, voire aux ordres de l’Etat français. C’est ainsi que le professeur Warrebrouck souhaite que la Banque de France puisse émettre des euros français, sans consultation et indépendamment d’éventuelles directives de la BCE.
André Jacques Holbecq, pour sa part, réclame que l’on supprime le droit de « battre monnaie » accordé aux banques commerciales, aux banques de second rang, et que la Banque de France puisse émettre chaque année l’équivalent de 100 milliards d’euros – sous la forme de francs nouveaux – à la fois pour aider l’économie française et pour rembourser les intérêts de la dette publique.  Cette position, qui pourrait faire l’objet d’un nouveau colloque sur ce que certains appellent le « cent pour cent monnaie » est assez loin des positions du professeur Rosa qui, pour sa part, souhaite simplement pouvoir disposer d’une monnaie libérée de toutes entraves et donc fluctuer hors de toute régulation contraignante.
 
Autre divergence remarquée : la façon de sortir de l’Euro, de façon ordonnée ou brutale, reste un point délicat, qui n’a pas vraiment été abordé à fond, même si chaque intervenant est d’accord sur son bien fondé. Sujet trop politique peut être ?

dimanche 22 novembre 2015

Toujours plus de dettes, mais pour quoi faire ?



Billet d’humeur de Bruno Lemaire, Club Idées Nation

La mantra du gouvernement, et même de la quasi-unanimité des économistes, voire des experts de tout poil, est de dire : « vive la croissance », en l’assimilant d’ailleurs à la croissance du  PIB, ce qui est plus que discutable.
Mais acceptons cela, et reparlons donc de cette croissance du PIB, jugée tellement souhaitable.

La croissance du PIB, c’est bon pour le fisc, par le biais de la TVA, puisque 1% de PIB en plus, cela fait 4 milliards de TVA. De quoi financer une demi-centrale nucléaire, ou 80 000 bombes larguées en Syrie ou en Irak.

C’est bon aussi pour les entreprises, qui se sont endettées pour augmenter, qualitativement ou quantitativement, leurs capacités de production, pour produire toujours davantage.

Faut-il encore, bien sûr, que la consommation, et donc le pouvoir d’achat des plus modestes, suive.

Avec le chômage actuel, le travail des actifs ne suffit plus, manifestement à pouvoir acheter  toute la production que voudraient pouvoir écouler les entreprises, et que voudrait pouvoir taxer le fisc.
Face à cette incohérence, la seule solution, que le bon sens condamne mais que la finance encourage, est de s’endetter, de s’endetter toujours plus, avec un taux d’intérêt certes faible, mais qui n’est pas négligeable. Quant à la masse de dettes, on atteint pour la dette publique le niveau du PIB, et la dette privée est proche du double.
Cette potion magique du sur-endettement donne de moins en moins d’effet, et il faut la sur-doser de plus en plus, c’est-à-dire s’endetter toujours davantage.
Il faudra bien payer, un jour. Mais qui va le faire ? Les futures générations, les sur-endettés, les créanciers, une inflation galopante réduisant d’autant le poids des dettes ? Peut-être un peu tous.
Il sera alors grand temps de comprendre que seul le travail peut financer   … le travail. Mais il sera bien tard.