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lundi 24 avril 2017

Contrôle ou fermeture des frontières : levons toute ambiguïté et autres fantasmes



Oui, on peut contrôler nos frontières, sans les bloquer, et même en les fluidifiant.

Par Bruno Lemaire, économiste, club Idées Nation, ancien responsable recherche et développement chez IBM conseil.

Les adversaires de Marine Le Pen, sans aucun scrupule, prétendent que la candidate patriote aux élections présidentielles veut fermer les frontières. Plus c’est simpliste, plus cela marche, ou semble marcher.

Et pourtant c’est aussi faux que de déclarer que de mettre un péage de type électronique – les voies marquées T sur les postes de contrôle des autoroutes – rendrait la circulation moins fluide, alors que c’est le contraire qui se produit.

Chaque jour on décrit au chaland potentiel les merveilles que nous apporteraient les nouvelles technologies de l’information et des télécommunications, les fameuses TIC et l’ère numérique, et l’on serait incapable de contrôler nos frontières sans les fermer. De qui se moque t-on ? De l’électeur, assurément.

Il ne s’agit évidemment pas de barrer les frontières, ni même de ralentir les flux frontaliers entre l’Allemagne (ou la Belgique) et la France, ou entre l’Italie (ou l’Espagne) et la France, mais de s’assurer que TOUT ce qui traverse la frontière, que ce soit des hommes ou des marchandises, soit en règle et reconnu à chaque passage de frontière.

Une carte électronique, un badge, serait accordé à chaque personne, l’équivalent d’une carte vitale ou d’une carte d’identité munie d’une puce permettant le contrôle à distance – tout à fait comme une carte de télépéage .

Pour les marchandises, qui arrivent le plus souvent en camion porte container, un code barre ou son équivalent plus moderne, et plus facile encore à scanner, contiendrait toutes les informations utiles pour décrire le chargement exact. Là encore, aucune difficulté pour déterminer, sans aucun ralentissement, le type de chargement transporté. La société de transport aurait rempli une fiche préalable, au moment du chargement, et elle aurait reçu la pièce numérisée correspondante. Il n’y aurait ni plus ni moins de contrôle aléatoire pour vérifier que le contenu transporté correspond bien à ce qui a été déclaré. On peut même penser que le flux sera fluidifié, contrairement au scénario catastrophe de madame Morano qui imagine des heures d’attente à chaque frontière.

Non, mesdames et messieurs les experts européistes béats, les filtres que veut mettre en place Marine Le Pen pour mieux contrôler nos frontières ne sont pas des barrages, mais des écluses, et les technologies modernes permettraient à la fois un meilleur contrôle et une plus grande fluidité.

On aurait ainsi à la fois plus de sécurité et plus d’efficacité. Mais cela, nos adversaires ne veulent pas l’entendre. Reconstruire des frontières efficaces n’est pas dans leur idéologie, hélas. Ils ne veulent pas comprendre que l’on puisse être à la fois pour les échanges, aussi équilibrés que possible, et pour un protectionnisme, et une protection, intelligents.

dimanche 23 avril 2017

La France face à son destin : sa disparition dans la mondialisation ou sa renaissance !



Les jeux ne sont pas faits, faut-il encore ne pas se tromper de message

Par Bruno Lemaire, Club Idées Nation

Le tenant de la mondialisation financière et de la submersion migratoire a gagné la première manche, pourquoi le cacher.

Il est évident que les médias mainstream ont joué un rôle essentiel dans la réussite, peut être provisoire de Manuel Macron, puisque aucun de ceux-ci n’a soutenu son adversaire principal, à savoir Marine Le Pen. Mais tel n’est pas notre propos.

Ce que nous voulons montrer ici, c’est que la France et les Français sont face à un choix primordial, qui peut être définitif, même si en politique, on peut penser que rien n’est définitif. Il s’agit en effet d’un choix de civilisation, entre une France redressant la tête, ou bien une France broyée entre deux mondialisations, la mondialisation financière, relayée par la tristement célèbre troïka, le FMI de Washington, le conseil européen de Bruxelles, et la BCE de Francfort, et la mondialisation islamique.

La France peut-elle échapper à cet avenir de soumission ? Avec E. Macron, sûrement pas, puisque Macron est le candidat de la dérégulation d’une loi El Khomri puissance 10 et d’une ignorance totale, voire d’une acceptation des flux de migration qui ont déjà bouleversé depuis 30 ou 40 ans le visage millénaire de la France.

Mais faut-il encore préciser la France que Marine Le Pen veut proposer, dans une Europe elle aussi profondément modifiée, dans une Europe qui devra offrir concrètement un autre avenir, un avenir de coopération entre Nations, à la fois indépendantes et solidaires. Pour cela, il ne suffit pas de dire que cela est possible, il faut montrer que c’est nécessaire, et donc que c’est indispensable. Oui, la France a besoin d’une toute autre Europe, qui s’appuie sur les nations et les libertés si chères à la tradition de ce que certains qualifiaient naguère de « vieille Europe », et non plus sur des normes et des règles tatillonnes dictées par une Union européenne à bout de souffle. Voilà le défi qu’attend Marine Le Pen si elle veut vraiment combattre la soumission que les premiers résultats électoraux semblent promettre à la France.

Cela va bien au-delà de débats plus ou moins abscons, et donc angoissants, sur la nécessité d’une autre monnaie ou sur le changement complet, sans doute nécessaire, de la politique économique actuelle. Marine doit s’appuyer sur l’esprit d’initiative de ses compatriotes, si malmené actuellement, tout en protégeant les plus faibles d’entre eux.

Ce n’est évidemment pas en ‘ubérisant’ la société qu’elle y parviendra, mais ce n’est pas non plus en pensant que l’État peut tout faire. Équilibre ô combien délicat entre un libéralisme intérieur indispensable et un état protecteur, mais pas trop. Cela ne pourra se faire qu’en redonnant l’espoir au plus grand nombre, et en montrant à des millions de « petits » acteurs économiques que l’on peut, et qu’il faut, remettre la France au travail, qu’il est délétère de paraître vivre mieux lorsque l’on est aidé que lorsque l’on travaille pour gagner sa vie dans un métier que l’on a choisi, et pas que l’on vous impose. C’est ce côté concret que l’on a peut-être oublié dans cette première étape de campagne présidentielle. La France a perdu une première bataille, nous pouvons encore faire qu'elle n'ait pas perdu la guerre.

mardi 18 avril 2017

Le système fait appel à des 'Nobel' contre les souverainistes



Que faut-il répondre à des Prix ‘Nobel’ d’économie qui critiquent pelle-mêle souverainisme et protectionnisme
Par Bruno Lemaire , ancien doyen associé d’HEC, économiste « ricardo-marxo-keynesiano-allaisien »

Les arguments d’autorité n’ont jamais valu démonstration, et la tribune de « Nobels d’économie » n’est pas non plus convaincante per se. Je ne reprendrai ici que trois paragraphes de cette tribune, pour montrer, ou tenter de montrer, qu’ils reposent essentiellement sur des a-prioris idéologiques plutôt que sur un véritable raisonnement : ces trois paragraphes sont les suivants :

Malgré des "positions différentes" sur "l'union monétaire et les politiques de relance", "nos opinions convergent pour condamner cette instrumentalisation de la pensée économique", ajoutent les signataires, qui jugent la construction européenne "capitale" pour maintenir le progrès économique des membres de l'UE.

Parmi ces 25 signataires figurent des économistes d'obédience libérale, et d'autres plus critiques vis-à-vis de la mondialisation et de l'euro, à l'image de l'américain Joseph Stiglitz, prix Nobel en 2011, régulièrement cité par la candidate du Front national.

"Les évolutions proposées par les programmes antieuropéens déstabiliseraient la France et remettraient en cause la coopération entre pays européens, qui assure aujourd'hui une stabilité économique et politique en Europe", écrivent les 25 signataires dans leur tribune.

Avant de ce faire, je tiens à rappeler que les plus grandes avancées en théorie économique – ne parlons pas ici de science, car l’économie, hélas, n’est pas une science même si on peut (et on devrait) l’aborder de façon scientifique – ont rarement été le fait de « Nobel », même s’il y a des exceptions, dont John Nash, l’inventeur de l’application de la théorie des jeux à l’économie.

Citons ainsi Marx pour le côté anti-capitaliste, Fischer, le libéral, Keynes l’interventionniste et sa trop peu connue mais extraordianire disciple, Joan Robinson, plus gauchisante. Le seul Nobel un peu hétérodoxe et donc créatif, en dehors de Nash, fut M. Allais, qui, quoique libéral trouvait aussi certains mérites au protectionnisme, en homme pragmatique et ingénieur qu’il était. Quant aux deux autres « Nobel » Français, le premier, Gérard Debreu, a eu le mérite d’ordre purement mathématique de montrer que l’équilibre général si cher aux fanatiques des marchés que les conditions pour le réaliser étaient telles qu’il ne pouvait sûrement pas se produire concrètement, et que c’était sans doute pas un objectif à rechercher. Quant au second, Jean Tirole, aux recherches financés par des établissements financiers multinationaux, il a démontré ce qu’il fallait démontrer pour satisfaire ses bailleurs de fonds, à savoir qu’il fallait déréguler le marché du travail (en construisant pour cela des hypothèses ad hoc, comme tout néo classique ou néo-néo-classique respectable).

J’avoue pour ma part que, sur le plan scientifique, je préfère les travaux de l’australien S. Keen, ou, en France, ceux de J. Sapir, voire de J. Généreux, même si ces deux derniers sont, ou ont été, conseillers de J.L. Mélenchon.

Mais revenons à notre « disputatio ».

1.Tout d’abord, nos « Nobel » semblent irrités qu’on utilise leurs travaux pour soutenir une position politique qu’ils ne partagent pas nécessairement. Si leurs travaux sont réellement scientifiques, cela ne devrait pas les gêner : si 2  + 2 cela fait 4, que PolPot, Hitler, Staline, Chavez ou Macron utilisent ce résultat ne devrait pas les affecter. Mais, justement, les trouvailles de ces Nobel sont-elles purement scientifiques et a-politiques? On peut en douter, vu leurs réactions (et vu aussi, techniquement, que les thèses néoclassiques ont été battues en brèche et démontées par un S. Keen ou par d’autres économistes hétérodoxes)

Les « Nobel » de cette tribune disent par ailleurs qu’ils sont attachés à la construction européenne actuelle. Grand bien leur fasse, même s’ils ne disent nullement pourquoi cette construction est vitale pour le progrès économique de l’Europe, qu’ils semblent confondre avec l’Union Européenne. Le dit progrès économique ne semble exister, par ailleurs, que dans leurs rêves, ou peut-être dans le coffre en banque de certains rares privilégiés, ceux qui profitent de la mondialisation heureuse. Un déni de réalité qui aurait dû les contraindre, par simple décence, à se taire, face aux millions de chômeurs et de travailleurs pauvres qui hantent, non seulement la France, mais une bonne partie de l’U.E.
  
2.Le deuxième paragraphe cité précédemment décrit assez justement l’appartenance à tel ou tel courant de pensée des « Nobel » en insistant sur Stiglitz, cité effectivement par certains experts du Front National. Vu le cheminement de Stiglitz et ses changements de pied fréquents, tant politiques qu’économiques, cela ne saurait m’étonner, et pour ma part je ne me suis jamais réfugié derrière son aura, qu’elle soit ou non justifiée. Pour moi, Maurice Allais avait quand même une autre envergure. Et avoir pour seule excuse, comme ces « Nobel » exhibés pour contrer la montée inexorable du souverainisme, que l’euro était sans doute une mauvaise idée, mais qu’il est trop tard pour changer, montre là encore le peu de sérieux de ces « Nobel ». Toute construction humaine, si elle s’avère néfaste, peut être abandonnée. C’est ce que disent, à juste titre, bon nombre de candidats aux présidentielles, ceux du moins qui ont compris tout le mal que cette monnaie unique, et inique, apporte à la majorité de nos compatriotes. Bien entendu, il en va bien différemment pour les allemands, qui sont très heureux de la faiblesse actuelle de l’euro, et des américains, qui ont beaucoup à perdre de l’abandon de l’euro.

3.Venons-en enfin au dernier point, là encore non argumenté, et qui fait aussi l’amalgame entre Europe et Union Européenne. Les « Nobel » de la tribune de l’AFP ont raison de dire que l’Union européenne actuelle sera chamboulée, tous les souverainistes le disent aussi. Mais ce chamboulement se fera pour que la nouvelle Europe soit plus forte, grâce aux liens qu’elle saura retisser entre des Nations Libres, Souveraines et Indépendantes.

On comprend que cela inquiète les milieux financiers américains et les tenants de la mondialisation faite sous l’égide des USA et à leur profit presque exclusif. Quant à Jean Tirole, je l’ai déjà dit, on sait qui le finance. Ce n’est pas une attaque ad personam, c’est une simple constatation. On peut d’ailleurs déplorer que si peu de ressources, publiques ou privées, soient consacrées à la recherche en France. Elle serait peut-être plus indépendante.

Une dernière remarque : si le système éprouve ainsi le besoin de faire appel à des « sommités économiques » c’est sans doute bon signe. Cela signifie que les souverainistes ne sont pas loin du succès.