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vendredi 31 mars 2017

La Suisse à la fois protectionniste et libérale : pourquoi pas nous ?



Par Bruno Lemaire, docteur en Mathématiques, club Idées Nation

De nombreux électeurs s’interrogent sur la faisabilité ou l’efficacité des programmes économiques des candidats aux présidentielles 2017, et ces interrogations se portent en particulier sur celui de Marine Le Pen, et notamment sur la question du protectionnisme, présenté parfois comme un repli sur soi.

Q : le protectionnisme de Marine Le Pen, ce serait la fermeture des frontières, quasiment la Corée du Nord. Est-ce vrai ?
Je ne pense pas que la Suisse puisse être comparée à la Corée du Nord, en dehors peut être de la discrétion ou de la fermeture de ses banques censées contenir de l’argent pas toujours blanc blanc.

Q. La Suisse, que vient-elle faire dans ce débat ?
La Suisse est un petit pays, par sa dimension, et passe souvent pour très libérale. Elle fait pourtant depuis longtemps du protectionnisme, très spécifique, très ciblé, très réactif, ce qui ne l’empêche pas d’avoir un excédent commercial (35 à 40 milliards) que nous aimerions bien avoir. Et elle est donc très loin d’être repliée sur elle-même, et d’avoir des barbelés ou des murs en guise de frontières.

Q. Comment fait-elle ? Un pays peut-il être à la fois libéral et protectionniste. C’est contradictoire, non ?
La Suisse fait confiance à ses entrepreneurs – c’est son côté libéral - mais elle accepte de les protéger contre une concurrence étrangère qui pourrait la déstabiliser – c’est son côté protecteur, ou protectionniste. Pour cela, pour protéger ses entrepreneurs ou ses agriculteurs, elle joue sur deux leviers, un label « swiss made » et une politique de quotas ajustable au contexte.

Q. Un ou deux exemples peut être…
Le « Swiss made » – un peu ce que Marine Le Pen veut faire avec son « fabriquons français » mais qui est très difficile dans le contexte actuel de l’Union Européenne - est un label de qualité que la Suisse a su rendre très attractif, un peu en agitant la fibre nationale, un peu en tablant sur une véritable qualité, en particulier pour tout ce qui concerne la mécanique de précision. Ce label « Swiss made » exige par ailleurs que 60 à 80% des composants du produit concerné soit réellement fabriqué en suisse, ce n’est donc pas un simple assemblage de pièces importées, comme cela peut se faire, hélas, au niveau du « made in U.E. »

Q. Et pour les quotas
C’est sans doute là où le « génie » suisse, à la fois libéral et protecteur, est le plus original. Les quotas se font par secteur d’activité – un peu comme les droits à importer que je défends par ailleurs – mais ce sont les entreprises elles-mêmes qui décident périodiquement – pour les produits maraîchers cela peut être deux fois par semaine – des quotas qu’il faut importer, ou au contraire bloquer : Responsabilité des entrepreneurs, donc vision très libérale – et action des pouvoirs publics, donc protection de l’état
Les filtres ou les écluses commerciales évoqués par Marine Le Pen correspondent justement à ce type de mesures : voilà un protectionnisme véritablement intelligent.

Q. Alors, la fermeture des frontières voulue par Marine Le Pen, c’est pas vrai ?
Hé non, même si nos adversaires, ceux qui ont mené depuis des décennies la France au déclin, disent le contraire. Ce que nous voulons, c’est équilibrer nos échanges, en les développant – comme la Suisse – pas les bloquer. Ne confondons pas écluses et barrages.

Remarque rajoutée (ce n'est pas une blague) le premier avril à 13h30, par B.L.
Le label "swiss made" peut être respecté, car correspond à une réalité. En revanche, les labels "made in France" ou "Fabriqué en côte d'Or" ne correspondent pas à grand chose. Ainsi un pot de "moutarde de Dijon", fabriqué à Dijon, contient des graines de moutarde du Canada et du vinaigre d'alcool 'européen'. Comment faire confiance à l'U.E. après cela?
Un label manipulatoire, car sans consistance

Avec Marine Le Pen, le label "produit français" aura la même valeur qu'un "swiss made", à savoir devra contenir 60 à 80% de produits français, pas 1% (et encore) comme la "moutarde de Dijon" d'un hypermarché apatride.

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