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jeudi 13 avril 2017

L'AFP contre les souverainistes? Des arguments fallacieux recyclés encore une fois.



L’AFP agite à nouveau la peur contre ceux qui veulent une monnaie nationale en France
Par Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé d’HEC

Nouveaux arguments, ou argumentation fallacieuse déjà démontée, c’est ce que nous allons voir ci-dessous, mes remarques étant précédées par « B.L. » et présentées en italique.
Remarque préliminaire : l’AFP, ici, fait semblant de débattre avec un économiste connu pour sa position anti euro, Jacques Sapir, mais en dénigrant sa position.

- L'incertitude monétaire
Dans son programme, Marine Le Pen prévoit un nouveau franc qui, à sa création, aurait la même valeur que l'euro. Mais le déficit commercial chronique de l'Hexagone entraînerait rapidement une hausse de la demande de monnaies étrangères, et donc une dépréciation de ce "franc nouveau" sur le marché des devises.
B.L. Cette dépréciation, importante vis-à-vis de l’euro « allemand », devrait se stabiliser aux environs de 5 à 6% vis-à-vis de l’ensemble des monnaies internationales, par exemple le dollar. C’est cette double dépréciation, importante vis-à-vis de l’Allemagne, faible relativement au « reste du monde » qui est recherchée, puisqu’elle va nous permettre d’effacer totalement notre déficit commercial. Rappelons que des études du FMI évaluent à un gain de 1.5% de PIB une dépréciation de 10%. Pour 6% on devrait donc tourner autour de 0.8% de gain de production, ce qui n’est pas négligeable

Pour Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS et partisan d'une sortie de l'euro, cet ajustement du taux de change aux conditions économiques de la France serait "l'un des principaux intérêts" de la nouvelle monnaie. Il permettrait de regagner de la compétitivité et de "relancer les exportations", écrit l'économiste.
B.L. Tout à fait d’accord avec cet économiste, pourtant classé à gauche, mais qui fait passer, comme tout scientifique devrait le faire, faits et connaissances théoriques avant toute idéologie.

Mais cette flexibilité, synonyme de risque pour les entreprises internationalisées, pourrait poser problème en cas d'évolution erratique du taux de change, jugée probable par de nombreux économistes: la dépréciation, selon certaines simulations, pourrait ainsi atteindre 30% en cas de réaction brutale des marchés.
B.L. Qu’il y ait une certaine volatilité, sans doute, volatilité qui pourrait durer quelques semaines, voire quelques mois. Mais des mesures existent pour lutter contre la monnaie spéculative, ou « hot money »

- Le risque financier
Pour nombre de spécialistes, c'est le danger le plus évident. "La perspective d'un retour au franc entraînerait rapidement une sortie de capitaux des investisseurs institutionnels, français et étrangers, ainsi que ceux des particuliers", estime ainsi l'Institut Montaigne, think tank d'obédience libérale.
B.L. Il ne s’agit pas d’« un retour au franc » d’avant l’euro, mais de la renaissance d’une monnaie nationale adaptée à la situation de l’économie française. En ce qui concerne la « sortie de capitaux », comme je l’ai indiqué précédemment, diverses mesures de court terme peuvent être prises à ce sujet, l’histoire économique de la France, en particulier pendant les Trente Glorieuses, ne manque pas d’exemples à ce sujet. Il s’agira, plus particulièrement, de ne pas confondre les mouvements spéculatifs et les investissements de long terme, qui seront encouragés de par le seul fait que notre économie se re-développe enfin, après une décennie de presque stagnation et de désindustrialisation inquiétante.

En cause: le risque de dévaluation, qui pourrait provoquer une panique dans les milieux financiers. Pour éviter que leur "épargne perde une grande partie de (leur) valeur", les investisseurs pourraient chercher à la préserver "dans une monnaie solide", explique Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis AM.
B.L. Argument fallacieux déjà abordé et démonté plus haut. Une monnaie ‘solide’ est une monnaie qui correspond à une économie solide, ce qui n’est pas le cas de l’économie française actuelle. L’euro français, ou franc nouveau, sera solide si l’économie française le redevient. Une dépréciation de 5% ne bouleversera pas le monde. Devons nous rappeler ici  la dévaluation organisée par Pinay, au début du premier mandat de de Gaulle ? Tout dépendra des mesures d’accompagnement. Si le chômage diminue en France, grâce au franc mais aussi à la priorité française (pour l’emploi et les marchés publics) et à nos efforts pour « produire et consommer français » la confiance reviendra, à la fois en interne et en externe.

Dans un tel cas de figure, les banques se retrouveraient rapidement à court de liquidités, et à la peine pour se refinancer. "Il y aurait sans doute des faillites", s'inquiète Mathieu Plane, chercheur à l'OFCE, pour qui la sortie de l'euro pourrait "faire éclater l'ensemble du système bancaire". 
B.L. Mathieu Plane, à qui j’ai déjà répondu précédemment, semble s’intéresser plus aux banques qu’au sort de millions de ses compatriotes, chômeurs ou travailleurs pauvres. Cela étant, la reprise en main de la Banque de France, soit dans sa situation d’avant la loi de 1973 soit dans un autre contexte, nous permettra de suppléer à ce risque éventuel de liquidités. Si la BCE peut injecter 900 milliards par an dans le système bancaire européen, qui peut empêcher la Banque de France d’injecter 110 ou 120 milliards dans le système bancaire français, et, mieux encore, dans l’économie réelle ? Le système bancaire français, aussi troublé soit-il, devra s’adapter.
- Le problème de la dette
Avec la dépréciation de la nouvelle monnaie, un autre problème devrait être réglé: celui de la dette publique, libellée en euros. Serait-il possible, pour éviter que les montants à rembourser ne s'envolent, de la payer en francs? Oui, assure Jacques Sapir, qui évoque "une longue jurisprudence" favorable, la "lex monetae".
B.L. La loi est dure, mais c’est la loi. C’est vrai aussi pour la « lex monetae » et l’argumentation du Professeur Sapir est sans failles. Les « étrangers » qui ont prêté aux pays européens n’ont pas invoqué une autre loi lorsque l’euro est passé de 1.50 dollar à 1.06 dollar, ils ont pourtant perdu potentiellement beaucoup d’argent. Lorsque l’euro était remonté, précédemment de 0.88 dollar à 1.50 dollar ils n’ont pas non plus protesté, puisque cette fois c’était en leur faveur. Les « experts » qui disent le contraire sont donc, au mieux, des incompétents, au pire des falsificateurs « à leur insu de leur plein gré ».

Peu de chances toutefois que les créanciers acceptent cet état de fait, la dette publique française étant détenue à 60% par des non-résidents. Pour ces créanciers internationaux, "une dépréciation de l'ordre de 25% signifierait qu'ils toucheraient 25% en moins, ce qui est énorme", souligne Mathieu Plane.
B.L. C’est peut être énorme pour notre expert Mathieu Plane, mais c’est ainsi. Ces « créanciers internationaux » pourront toujours espérer que le franc nouveau, ou euro français, remonte, ce qui est fort possible d’ailleurs, si l’économie française est relancée grâce aux mesures annoncées par Marine Le Pen.

Un contentieux s'ouvrirait alors, avec un risque de voir le remboursement en francs jugé contraire au droit de propriété, et donc anticonstitutionnel. Les agences de notation ont d'ailleurs annoncé qu'elles considéreraient une telle "redénomination" unilatérale de la dette comme un défaut de paiement.
B.L. Il ne peut y avoir aucun contentieux, la loi est claire à ce sujet, les contrats en droit français – qui représentent 98% des contrats de dettes publiques - resteront en droit français, on comprend que cela gêne les anglo-saxons. Les agences de notation ne pourront d’ailleurs pas considérer que c’est un défaut de paiement, puisque la loi s’appliquera, ces agences agiraient donc illégalement. Ce défaut ne se produirait qu’avec le plan Mélenchon, ce dernier ayant déclaré officiellement qu’il ne rembourserait pas les dettes.

Indépendamment de cela, le retour à une monnaie nationale pourrait entraîner une hausse sensible des taux d'intérêt payés par la France, dont le profil deviendrait plus risqué. Selon le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, rembourser la dette coûterait ainsi 30 milliards d'euros supplémentaires par an.
B.L. Là encore j’ai déjà démonté par ailleurs cette position du gouverneur de la Banque de France. Une hausse de 100 points du taux d’intérêt, c’est-à-dire de 1%, ou même de 150 points, ne coûterait à la France qu’entre 2 et 3 milliards annuels. Quelle honte de voir un très haut fonctionnaire mentir ainsi par pure idéologie.

- Le risque inflationniste
A moyen terme, une dépréciation du franc pourrait certes doper la compétitivité des produits français, qui deviendraient proportionnellement moins chers pour les acheteurs étrangers. Mais elle aurait également des effets négatifs, puisqu'elle favoriserait l'inflation via les importations.
B.L. Oui, il y aura des effets à la fois négatifs et positifs. A court-moyen terme (18-24 mois) les effets seront nécessairement positifs. A plus long terme, il faudra avoir réussi à relancer notre économie, notre agriculture, notre puissance industrielle. C’est à cela que serviront à la fois le protectionnisme intelligent, qui se concrétisera par des écluses commerciales, du type de celles utilisées par la Suisse, et la priorité nationale, pour les marchés publics et les emplois. L’inflation importée peut être évalué à 2%, au grand maximum (6% de dépréciation sur des importations inférieures à 30%)

"Nous avons besoin de pétrole, d'uranium, de métaux rares, et nous ne pouvons pas les remplacer par une production nationale", rappelle l'Institut Montaigne. Les entreprises françaises, en cas de sortie de l'euro, devraient donc encaisser un "choc", en payant plus cher les matières premières et composants importés.
B.L. Une évidence, mais à laquelle j’ai déjà répondu. Il y aura des effets négatifs, mais les effets positifs l’emporteront. Nos importations représentent un peu moins de 30% du PIB, les exportations un peu plus de 25%. Le fait de rééquilibrer nos échanges ne peut être que positif, moins d’importations, même si le prix unitaire est plus élevé, plus d’exportations, même si le prix unitaire est plus bas. C’est aussi l’esprit de la charte onusienne, la charte de la Havane, que nous respectons ainsi : un développement équilibrés, sans perdants.

Même phénomène pour les particuliers, qui verraient leur pouvoir d'achat sérieusement entamé: selon Terra Nova, think tank classé à gauche, "la facture pourrait se situer entre 1.500 et 1.800 euros par ménage et par an", avec un impact plus fort sur les ménages modestes.
B.L. Le pouvoir d’achat des exclus ou des plus faibles (6 millions de chômeurs, 9 millions de travailleurs pauvres) est beaucoup plus en péril dans la situation actuelle que si grâce aux mesures annoncées, monnaie nationale adaptée, priorité nationale, protectionnisme intelligent – plus une revalorisation des petites rémunérations (retraités et petits salaires) l’emploi redémarre enfin de façon notable.

- Le risque de récession
Quel serait in fine l'impact d'une sortie de l'euro sur la croissance? Le FN évoque un cercle vertueux, avec regain d'activité et créations d'emplois. De nombreux économistes penchent au contraire pour un effet récessif, quoique difficile à quantifier.
D'après l'Institut Montaigne, la récession pourrait atteindre 2,3% la première année, et 9% à terme, avec pas moins de 500.000 emplois détruits. "L'inflexion conjoncturelle" pourrait être "significative", abonde de son côté Philippe Waechter. 
B.L. Un effet récessif difficile à quantifier. ? Oui, ces experts n’osent pas s’avancer, car ils savent bien qu’il n’y aura pas d’effet récessif, bien au contraire. Un million d’emplois créé en 24 mois, plus d’autres encore lorsque le plan de Marine Le Pen sera complètement opérationnel.

Des projections rejetées par le FN. "Il faut sortir de cette stratégie de la peur. Avec le Brexit, on nous prédisait la catastrophe, ce n'est pas arrivé", a martelé Marine Le Pen, en rappelant que Londres avait relevé sa prévision de croissance de 1,4% à 2% pour 2017.
Reste que le Brexit n'est pas encore effectif. Et la situation du Royaume-Uni, qui n'utilise pas l'euro, n'est pas comparable à celle de la France. "Le problème, si la France quitte la monnaie unique, c'est que l'ensemble de la zone euro pourrait disparaître", prévient Mathieu Plane... qui prédit alors "une crise sans précédent".
B.L. Le Brexit n’est certes pas effectif, même si les « experts » avaient tous prédit que la catastrophe arriverait juste après le referendum, pas neuf mois après.
Mais le seul point ou Mathieu Plane a sans doute raison est le suivant : si la France retrouve sa monnaie nationale, il est fort probable que la zone euro éclate. On comprend pourquoi Bruxelles et Francfort, et tous les experts qui vivent à nos dépens, sont inquiets. L’Allemagne est la grande bénéficiaire de cette monnaie unique, trop faible pour l’économie « germanique », trop forte pour la nôtre et celles de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal. Si la France quitte l’eurozone, beaucoup d’autres pays voudront eux aussi retrouver leur liberté.

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