Tweeter

Rechercher dans ce blog

mercredi 15 février 2017

Les Banques Centrales oublient leur prétendue indépendance et s'en prennent au protectionnisme



Un bulletin AFP nous dit : « Officiellement, les banques centrales ne font pas de politique. » Mais ajoute aussitôt : « Depuis plusieurs semaines, des banquiers centraux aux quatre coins du monde sortent toutefois de leur réserve, s'inquiétant d'une montée du protectionnisme »

Nous avons déjà commenté à diverses reprises le côté tendancieux, voire complètement mensonger, de divers représentants de ces banques centrales prétendument indépendantes sur les questions monétaires, sur lesquelles elles auraient pourtant dû être spécialement compétentes. La fausseté de leurs affirmations montre déjà que leur indépendance est plus que discutable, car il est difficile de croire que ces dirigeants soient tous incompétents : s’ils mentent ainsi à leur insu de leur plein gré c’est parce qu’ils y voient quelque avantage.

En ce qui concerne le protectionnisme, leur mauvaise foi n’est pas aussi évidente, car ce serait plutôt leur formation qui serait à remettre en cause. Les économistes ont été presque tous soumis pendant leurs études plus ou moins longues au même message : en dehors du libre-échange, du laissez-fairisme aurait dit M. Allais, point de salut, pas facile d’y résister.  Seuls quelques économistes hétérodoxes, presque tous classés, à tort ou pas, à gauche ont pu tenter résister à cette mantra ultra-libérale, comme la défunte J. Robinson ou le regretté M. Allais, pour ne pas citer B. Maris, victime de l’attentat de Charlie Hebdo, ou encore S. Keen ou dans un autre registre J. Sapir, sans oublier bien sûr les économistes marxistes pour lesquels le libéralisme serait par définition diabolique.

On aurait pu penser, cependant, qu’au lendemain de la guerre de 39-45 cette vision binaire : « libre-échange vs. protectionnisme », « bien vs.  mal », se serait transformée, puisque la charte onusienne de la Havane développait justement l’idée que les échanges entre les états-nations devait être équilibrés. C’est sans doute ce passage que nos banquiers centraux ont oublié, et c’est cet esprit de coopération internationale que des organisations internationales telles l’ONU ont elles aussi trahi.

Il est clair en effet que si cette charte de coopération était encore en vigueur, les 250 milliards d’excédent commercial de l’Allemagne, et les 50 milliards de déficit de la France, n’auraient pu se produire, l’esprit de la Havane étant de demander aux pays exportateurs d’aider les pays importateurs à rééquilibrer ces échanges, de tels déséquilibres étant insupportables à court moyen terme. C’est pourtant ces déséquilibres que les banquiers centraux veulent conserver, voire augmenter, au risque qu’ils dégénèrent en des conflits qui ne seraient pas seulement économiques. Et c’est contre cela et ces conséquences éminemment dangereuses que le programme présidentiel de Marine Le Pen veut lutter, en développant un protectionnisme intelligent et en mettant en place des écluses commerciales permettant de retrouver les équilibres que nous possédions encore au moment de l’instauration de l’euro.

Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé à HEC

mardi 14 février 2017

Banque De France, Dettes, et renaissance du franc: du grand n'importe quoi



Encore un expert de plus, Christian Ménanteau, qui prétend cette fois parler au nom de la Banque de France en affirmant : « Le coût global du retour au franc serait proche de 650 milliards d'euros. Le chiffre surprend, mais c’est parce que l’on parle toujours de la dette publique alors qu’il y a aussi une forte dette privée. Pour la première, que l’on pourrait rembourser en franc dévalué de 20 à 30%, la note serait de 30 milliards d'euros par an. »

Rappelons ce que nous avons déjà dit à propos des dettes publiques et de son remboursement. Le fait que ces dettes soient détenues aux 2/3 par des « étrangers » n’a aucune importance juridique, l’important est que les contrats correspondant soient rédigés à plus de 95%, voire 99%, en droit français. La lex monetae s’appliquera donc à 95 à 99% des 2200 milliards de dettes, soit à un montant compris entre 2090 et 2170 milliards d’euros. Le montant à rembourser restera donc inchangé, dès lors que la parité initiale euro ancien/ franc nouveau sera de 1 pour 1.

Pour le reste, qui varierait entre 30 et 110 milliards, le surcoût annuel en capital (pour une dépréciation maximale de 20%, qui représente le différentiel de compétitivité monétaire avec l’Allemagne) serait de l’ordre de 3 milliards, et le surcoût d’intérêt à 2 ou 3 milliards, soit un total annuel de 5 à 6 milliards, bien loin des 30 milliards annoncés fallacieusement par notre « expert ». Pas très cher payé pour retrouver notre souveraineté monétaire et une balance commerciale en équilibre (au lieu du déficit actuel de 50 milliards)

En ce qui concerne les dettes privées, certains experts, comme Jacques Sapir, pensent au contraire qu’une dépréciation du franc français de 21% par rapport à « l’euro germanique, ou au nouveau mark », et de 6à 10% par rapport à d’autres monnaies internationales serait plutôt un gain qu’une perte.

Enfin, s’il est exact que la France a dévalué sa monnaie plusieurs fois depuis la guerre, l’histoire, là encore, a montré que cela n’avait pas nui à sa puissance économique, puisque avant l’instauration de l’euro la France avait dépassé l’Angleterre et était sur le point de rattraper l’Allemagne, ce qui est très loin, hélas, de la situation actuelle.

Voilà ce qui réduit une fois de plus à néant les critiques de ces soi-disant experts téléguidés par les système actuel, qui a pourtant montré son côté nuisible – pour le bien commun en tout cas – depuis des décennies.
(Bruno Lemaire, économiste, ancien doyen associé d'HEC)

lundi 13 février 2017

La renaissance d'une monnaie nationale française, des avantages qui l'emportent largement sur ses éventuels inconvénients



Décidément, la victoire de Marine Le Pen doit apparaître de plus en plus possible, sinon probable, pour que les «experts» se déchaînent ainsi. Voilà par exemple ce qu’écrit Christine Kerdellant dans Usine Nouvelle : « Le retour du franc, suivi d’une dévaluation (c’est ce que signifie « adaptée à notre économie »), conduirait automatiquement à une inflation massive sur les produits importés, mais aussi à la spoliation des propriétaires d’assurance-vie et des autres épargnants. Quant à la dette, elle verrait ses taux d’intérêts exploser définitivement. Avec, en vue, le scénario argentin : inflation, incapacité de rembourser la dette, mesures de rétorsion, augmentation des impôts, récession, appauvrissement, chaos politique… et impossibilité de s’extraire de ce cercle mortifère. »

Sans doute C. Kerdellant pense qu’en répétant des arguments éculés, et faux, elle persuadera nos compatriotes que la renaissance d’une monnaie nationale, le franc français 2017 (FFR2017) serait une hérésie.
Sans avoir besoin de faire référence à des économistes aussi influents que Stiglitz, ou dans le cadre hexagonal, à J. Sapir, ou à d’autres sources, je vais rappeler 2 ou 3 principes élémentaires reposant sur des faits.

En 2003, les balances commerciales de l’Allemagne et de la France étaient à peu près au même niveau, à savoir proches de zéro. En 2016, l’excédent allemand est 5 fois plus élevé que le déficit français, à savoir plus 250 milliards contre moins 50 milliards. Un consensus semble se dégager pour convenir qu’il faudrait que la monnaie française soit dépréciée de 21% par rapport à celle de l’Allemagne, ce qui est impossible avec une monnaie unique qui n’est justement pas « adaptée à notre économie »

La dépréciation du FFR2017 vis-à-vis du nouveau mark semble donc être une excellente solution, contrairement aux affirmations de C. Kerdellant. Et ce qu’elle écrit sur le renchérissement des produits importés passe simplement sous silence le fait que nos exportations, elles, s’en porteraient elles aussi beaucoup mieux.

Autre allégation dépourvue de valeur ou de sérieux : la spoliation des épargnants. Que n’a-t-elle protesté lorsque l’euro a perdu plus de 30% de sa valeur vis-à-vis du dollar ou d’autres monnaies internationales, alors que, là encore, il semble qu’il y ait consensus autour d’une valeur d’un FFR2017 pour un dollar, soit une dépréciation inférieure à 10%. De plus, la meilleure façon de garantir la solidité d’une épargne n’est-elle pas d’avoir une économie en bon état, ce qui n’est évidemment pas le cas du contexte actuel, et alors que les mesures proposées par Marine Le Pen ont justement pour objet de relancer notre économie.

En ce qui concerne la dette, enfin, nous avons montré par ailleurs, en se référant simplement à une loi internationale, la lex monetae, que le surcoût annuel de passage à une monnaie nationale serait au maximum, pour le principal de la dette, de 3 milliards, et de 2 ou 3 milliards pour les éventuelles hausses de taux d’intérêt. On est donc bien loin du scénario catastrophique évoqué par Madame Kerdellant. Comparé au trou béant de notre commerce international, que nous pourrons ainsi combler en quelques mois, ces 5 ou 6 milliards semblent être bien peu de chose.